Un homme découvre que sa femme le trompe avec un marchand d’art cubain. Il décide de suivre l’amant de sa femme, jusqu’au jour où ce dernier est retrouvé mort. Hélène Couturier brosse le portrait de cet homme, qui tente de donner du sens à ce qu’il traverse et qui rame de plus en plus lorsqu’il voit sa vie se fissurer.

Orso Orsini est comptable, il a la cinquantaine et il se rend compte que sa femme le trompe. Il décide de suivre l’homme en question, un certain Ernesto Diaz, un marchand d’art cubain. La filature se met en place dans Paris sans qu’il en parle à sa femme, jusqu’au jour où ce fameux Ernesto Diaz est assassiné dans des circonstances troubles. Orso est alors un suspect de choix pour la police et pour la capitaine de police Blandine Blanco. Une femme qui ne lâche rien, redoutable dans son travail et qui aime utiliser des expressions à l’ancienne, un brin désuet. Enfin il y a Montse, la femme d’Orso qui elle est copiste et qui reproduit des œuvres connues, notamment cubaines.
L’histoire débute dans des circonstances qui pourraient apparaître banales avec cet adultère et petit à petit on se rend compte que la mort d’Ernesto cache des ramifications bien plus complexes. On découvre la personnalité d’Orso au fil du roman, un personnage ambivalent qui décide de suivre l’homme qui le trompe, comme un acte cathartique. Comme un acte qui lui permettrait d’oublier que son fils est parti en Somalie pour une mission humanitaire et que ce dernier lui manque terriblement. Une paternité qu’il a quelques difficultés à négocier. Orso Orsini est Corse et cache d’ailleurs plus d’un tour dans son sac lorsque le lecteur découvre sa famille et son enfance.
Hélène Couturier écrit un roman noir singulier comme ses précédents. Le personnage d’Orso peut dérouter le lecteur et en même temps donne tout de suite de l’épaisseur à l’histoire. Il enchaîne les galères avec l’adultère et des pépins de santé. Et dans le même temps il questionne le sens de sa relation avec sa femme, ce qui fait ciment ou non dans leur relation, pour quelles raisons il ressent le besoin de suivre cet homme qui est pourtant responsable du chamboulement dans sa vie. D’un côté Orso semble sûr de lui et explique très bien ses réactions et de l’autre on sent bien qu’il est dépassé par les évènements et que la relation entre cet homme et sa femme fait éclater pas mal de certitudes chez lui.
C’est surprenant avec quelle facilité l’autrice manipule l’intrigue et le lecteur peut parfois avoir la sensation de se perdre, notamment lorsqu’il est question des œuvres d’art au cœur de l’affaire. Mais quelque temps plus tard l’intrigue se resserre et d’un coup on comprend pas mal de choses. Une construction singulière donc, qui peut dérouter et qui en même n’est pas si commune dans le roman noir. Lire Hélène Couturier c’est aussi saisir une partie de la complexité des sentiments humains, notamment amoureux. Et je n’ai pas croisé souvent cette lucidité derrière des personnages, lorsqu’il est question de ce qui se joue dans un couple ou lorsqu’il est question des normes qui nous régissent (comme au sujet de la beauté par exemple dans ce dernier roman).
Un homme raisonnable est un roman noir qui se déploie comme un jeu de piste. Habilement construit, il dresse le portrait d’un personnage masculin complexe et tiraillé, que ce soit par rapport à ses sentiments amoureux ou par rapport à ses sentiments paternels. La vie n’est jamais simple et une fois encore, on peut compter sur Hélène Couturier pour en saisir toutes les aspérités et les nuances.
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Sébastien PALEY
