« Knight Club, tome 1 », d’Arthur de Pins : les sept samouraïs en balade

Arthur de Pins propose une nouvelle série. Le scénario n’est pas du tout original puisqu’il reprend celui des Sept Samouraïs de Kurosawa. Alors quel intérêt d’exhumer une œuvre qui l’a déjà été ? C’est ce que nous allons démontrer ici…

Knight Club T1 - Arthur de Pins
© 2025 De Pins / Dupuis

Knight Club, c’est l’histoire d’une bande de mercenaires déglingués qui vont décider, pour x raisons, de venir en aide à un petit village menacé par des guerriers croisés sanguinaires, et tout ça pour pas un rond. Le scénario, on le connait par cœur puisque c’est trait pour trait celui élaboré par Akira Kurosawa, Shinubo Hashimoto et Hideo Oguni pour le film mythique Les Sept Samouraïs, scénario lui-même déjà repris six ans plus tard par John Sturges pour Les Sept Mercenaires. Arthur de Pins transpose cette histoire en Terre Sainte, et nous propulse au XIIe siècle, en pleine Croisade. On pourrait croire à un petit coup de mou d’un auteur en mal d’inspiration, ou pire : à un pillage en règle. Qu’on se détrompe : Knight club, au-delà de son rythme haletant et de l’humour ravageur disséminé dans les quelques 180 pages de ce premier tome, est bel et bien une œuvre qui mérite plus que de la curiosité.

Knight Club T1 - Arthur de PinsAvant toute chose, un mot sur le dessin. Le style de l’auteur est parfaitement identifiable, et cellezéceux qui le connaissent ne seront donc pas surpris. C’est propre, net, sans bavure, et les couleurs sont magnifiques. Mais pour faire une bonne histoire, il faut aussi de bons personnages. Là encore, point de lézard. De Pins sait y faire. Chacun d’eux est un petit poème en soi. Dès les premières pages, on fait connaissance avec celle qui sera la cheville ouvrière de cette aventure rocambolesque : Séraphine, une jeune femme, forgeronne de son état, et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Cette amorce nous plonge de suite dans l’histoire. L’humour est irrésistible, passant à la fois par des dialogues concis et des expressions bien croquées. En moins de quinze pages, l’histoire est lancée, et son rythme ne faiblira pas jusqu’à la fin. Quant aux autres protagonistes, le mieux reste de les découvrir. Pour ma part, je ne saurais dire qui a ma préférence.

Mais pourquoi reprendre un canevas archi connu et presque vieux de trois quarts de siècle (purée déjà !) ? D’abord, je crois que cette histoire contient des valeurs fortes et humaines dont on a cruellement besoin aujourd’hui. Arthur de Pins parvient à fédérer cette bande de joyeux drilles malgré leurs origines culturelles diverses et variées, au-delà des intégrismes religieux de tout poil dont les médias s’évertuent à agiter quotidiennement la peur. En effet, dans ce monde nouveau et peu désirable, doux euphémisme, où l’on fait partout la promotion de l’individualisme et du profit, un monde où toute tentative de pensée collective est perçue comme de l’extrémisme, l’idéal portée dans cette aventure apparaît comme une nécessité absolue et vitale. Tout se passe comme si le repli culturel était inévitable et salutaire ! Sauf que, en ce moment, désolé mais il est permis de se sentir infiniment plus proche du peuple iranien, par exemple, que de ceux qui, chez nous, nous entrainent vers le chaos, que ce soit par conviction, opportunisme ou manque cruel d’imagination. Ainsi, situer l’action de Knight Club sur la terre qui fut et demeure celle de conflits religieux incessants ne saurait être le fait du hasard. Avec ce premier tome, De Pins ripoline ce qui apparaît presque comme une fable, un archétype, en lui apportant une perspective profondément actuelle.

Fichtre ! Le chroniqueur s’est égaré ! Que nenni ! Au pire, il s’exalte. Mais Knight Club contient tout cela, mine de rien, et le porte avec le sourire aux lèvres. Et putain, ça fait un bien fou !

Arnaud Proudhon

Knight Club, tome 1 (série prévue en 2 tomes)
Scénario & dessin : Arthur de Pins
Editeur : Dupuis
192 pages – 23,50 €
Parution : 5 décembre 2025

Knight Club — Extrait :

Knight Club T1 - Arthur de Pins
© 2025 De Pins / Dupuis

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