Avec la belle Helen, la petite-fille d’Othan le Conquérant, Tom King et Bilquis Evely nous offrent une véritable épopée guerrière, complexe, et au final jubilatoire.

Helen est la fille C. K. Cole, le créateur de Othan le Conquérant… Cole est mort jeune, probablement suicidé, au milieu des années 1930, alcoolique, errant et ruiné. Or, cinquante plus tard, Othan a conservé une large communauté de fans. L’orpheline a été recueillie par Barnabas, son grand-père, à l’âge de 16 ans, alors qu’abandonnée à elle-même, elle buvait, fumait et fréquentait les bars louches du Texas. Elle est confiée à Lilith Appleton, une gouvernante à l’ancienne, digne, guindée, mais courageuse.
Objectivement magnifique, le travail de Bilquis Evely est parfaitement mis en valeur par la colorisation, lumineuse et désuète, de Matheus Lopes. Evely associe un tracé fin et classique, proche de ceux des illustrateurs et graveurs du XIXe siècle et des décors art nouveau, évoquant Alfons Mucha, à des découpages et des scènes d’action contemporaines à la cruauté assumée. Helen va se découvrir être un véritable guerrière, une barbare au doux visage mélancolique.
Le scénario de Tom King est aussi brillant que, au final, complexe. Il mêle un hommage évident à Robert E. Howard à une réflexion vertigineuse sur l’imaginaire, la création littéraire, la fuite du réel et le deuil. Il parvient à nous immerger dans un monde épique, sans véritable adversaire ni même quête. Le père de Conan le Barbare était dépressif, introverti et perfectionniste. Howard se donna la mort la veille du décès de sa mère. Or sa créature est restée et elle continue à faire vibrer des générations de fans. Othan est, à l’image du musculeux cimmérien, sauvage, viril et invincible.
Un amateur de pulps interviewe la gouvernante à la fin de sa vie. Il enregistre les conversations sur des bandes magnétiques. Lilith y décrit la vie d’Helen, de son grand-père et de Joseph, l’austère majordome, dans le fabuleux manoir texan de Wyndhorn. Les notes et les bandes passent de main en main. Chaque chapitre est introduit par un fan différent qui, à son tour, entretient et magnifie la légende d’Othan. Le dispositif accroit la distanciation avec l’histoire et notre sentiment d’étrangéité.
Barnabas vit terré dans sa chambre. Mais, où va-t-il quand il part durant des semaines… Chaque nuit, Helen aperçoit dans le parc des créatures fantastiques et familières, elles semblent tirées des romans de son père. De quoi a-t-elle peur ? Pourra-t-elle résister aux appels des démons de l’aventure ? Car, manifestement un autre univers existe derrière les grilles du parc, celui de Conan et d’Othan, le monde décrit par C. K. Cole. Enfin, elle franchit les portes et cet univers s’offre à nous, heureux lecteurs. J’y retourne.

Stéphane de Boysson
Helen de Wyndhorn
Scénario : Tom King
Dessin : Bilquis Evely
Éditeur : Glénat
168 pages – 23 €
Parution : 1er octobre 2025
Helen de Wyndhorn — Extrait :

