Born Bad Records – WIZZZZ French Psychorama vol.5 – 1966/1979 : un ragoût psychédélique

Avec son cinquième volume, Wizzzz atteint une forme de maturité explosive, révélant des titres gravés pour durer, portés par une ambition artistique rare et une radicalité anti-yéyé assumée. Une plongée dans une scène française psychédélique et insoumise, à la veille des secousses de Mai 68.

French psychorama - 1967/1979 - Volume 5

Après avoir déterré des 45-tours pour la plupart oubliés, passés en dehors des radars sonores, c’est en lisant le livret contenu dans ce cinquième volume que Born Bad bat encore des records, par le choix des artistes compilés comme par les détails apportés sur la discographie de chaque prétendant. Au-delà d’un esthétisme soigné, évoquant les dessins pop art de Guy Peellaert, cette compilation reflète la maestria de producteurs et d’ingénieurs du son longtemps restés dans l’ombre.

WIZZZZ French Psychorama vol.5Les invectives de masse du camp de l’obscurantisme et des réactionnaires ont vite été dépassées par le phénomène anti-yéyé. Quel bonheur d’écouter Spauv Georges (futur Jim Larriaga), signataire du très critique Je suis l’État, ou Le Chien fidèle de Robert Pico, gavés de fuzz et de paroles corrosives.

L’idée que la musique ne soit destinée à rien d’autre qu’à une consommation immédiate a toujours été un problème pour les vedettes de la musique francophone, vouées à être ingérées par un jukebox, puis remplacées par le tube suivant. Les titres de ce Wizzzz ont été gravés pour rester dans le temps.

Les précédents volumes avaient permis de redécouvrir Évariste, Les Papyvores et toute une flopée de noms suscitant la curiosité et contribuant à façonner la musique de la décennie suivante (communément appelée pre-prog). Les anecdotes confèrent souvent à ces trajectoires des allures de parcours du combattant, car à l’époque, percer les murs épais de l’ORTF nécessitait l’appui des ténors du petit écran.

On pourrait prétendre que toute analyse de fond serait superflue et qu’au final seul l’outsider serait considéré comme un loser, magnifique perdant en marge de toutes les tendances, dont la résignation résiste aux tentations les plus abordables. Ce serait trop facile. L’histoire avance, tourne en rond ou recule. Peu importe : elle n’avance pas vraiment. Mais ces œuvres dépassent le mythe et portent les oriflammes de la passion.

Considérés comme des artistes en marge par rapport à leurs contemporains, les mods avaient débarqué sur la capitale. Ronnie Bird appartenait à cette nouvelle mouvance dont l’engouement pour ces sonorités sauvages se répandait comme une traînée de poudre explosive, un choc de générations que viendront sceller les événements de Mai 68.

Après Ils sont fous ces Gaulois — série dévastatrice de garage rock francophone déclinée en quatre volumes, retraçant l’âge d’or du rock et incluant Les Homards Violets, précurseurs du mouvement punk — nombreux sont les artistes qui ne se reconnaissent pas dans l’enchaînement de rimes absurdes. Une chanson doit contenir une pensée, le germe d’une idée poussée vers sa réalisation.

C’est en cela que cette compilation revisite le cinéma, d’Erotissimo (Annie Girardot a enregistré une série de chansons très pop art) jusqu’à l’éclosion du premier film musical garage, Les Idoles, avec un plateau de premier choix (Bulle Ogier, Kalfon, Pierre Clémenti).

Wizzzz, volume 5, se glisse dans cet interstice qu’est la mort des idoles afin de libérer les masses dociles de leur joug. Recontextualisé dans son époque, chaque titre incarne l’idée du dépassement des cadres, de la libération des mœurs et l’évocation de paradis perdus.

Franck Irle

Born Bad Records – WIZZZZ French Psychorama vol.5 – 1966/1979
Label : Born Bad Records
Date de sortie : 9 janvier 2026

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