« Le Poing armé de Dieu » de Hubert Prolongeau : le prophète et son garde du corps

Le Poing armé de Dieu se veut un roman historique, un drame et un western à la fois. Il n’est pas sûr que Prolongeau arrive à bien gérer autant d’ambitions, et on sera parfois frustré par le mélange de genres ainsi que par la brièveté d’un livre qui traite finalement des sujets très complexes en peu de pages. Résultat : on attend et on espère une suite !

Prolongeau Hubert ©D.R. (photo personnelle couleur)
©D.R.

Finalement, ce qu’on sait en France de l’histoire de la naissance et du développement de l’Eglise Mormone reste souvent limité à des généralités plus ou moins exactes. Des clichés choquants ou exotiques, comme cette fameuse injonction divine de la polygamie. On ne sait pas toujours que cette apparition d’une « foi nouvelle » au plein milieu de la conquête de l’Ouest a provoqué des torrents de violence. Que l’on peut comparer avec les massacres de la Saint Barthélémy, ou, pour s’intéresser à des phénomènes tout aussi barbares mais contemporains, aux violences entre chiites et sunnites.

Le poing armé de DieuNe serait-ce que pour nous « éduquer », voire nous « édifier », car la réalité historique dépasse facilement la fiction dans ce cas-là aussi, la lecture du Poing armé de Dieu, le dernier roman d’Hubert Prolongeau, s’avère passionnante. Car l’idée brillante, mais pas forcément facile à mener à terme, de l’auteur, c’est de nous livrer une chronique historique – basée sur des faits plus ou moins avérés, même si, sur certains points, des zones d’ombres demeurent – et de la mêler à un drame humain plus ou moins fictionnel. Ecrire un « page turner » qui ne rebute jamais un lecteur qui s’instruit en même temps.

Bien entendu, c’est là un défi, et pendant une bonne partie du livre, on a le sentiment que le récit de la vie (bien réelle)  d’Orrin Porter Rockwell, garde du corps de Joseph Smith, le « prophète » dont les visions ont servi de base à la religion mormone, passe au second plan derrière la narration historique des persécutions subies par les premiers Mormons. Qui plus est, le Poing armé de Dieu est souvent déséquilibré par sa « bicéphalité » : si faire raconter la « grande histoire » par un personnage secondaire, comme l’a été le « tueur » Orrin, est une idée forte, on sent bien que le véritable mystère, celui qui fascine Prolongeau, est celui de Joseph Smith. S’il est hors de question dans le livre de questionner la véracité des visions du prophète – ce qui ne manque pas d’audace, en fait -, Smith reste un « trou noir » fictionnel que le livre n’essaie pas vraiment de comprendre, et encore moins de combler : le conflit interne créé par les idées polygames de Smith n’est finalement qu’effleuré, alors qu’il y avait certainement là un sujet bien plus fort que la description de la fidélité assez bornée d’un homme de main, analphabète, et qui ne connaît que la violence pour résoudre les problèmes.

Le Poing armé de Dieu est également marketé comme un « western », soit un genre littéraire qui a quasiment disparu de nos jours, et qui intrigue. C’est d’ailleurs quand Prolongeau adopte franchement les codes du genre, quand il en utilise le « langage », comme dans la première partie et, surtout, dans les remarquables chapitres sur la fuite d’Orrin après qu’il ait tenté d’assassiner l’un des principaux ennemis des Mormons, que le livre décolle réellement.

En refermant le Poing armé de Dieu, un roman qui se lit rapidement et avec beaucoup de plaisir, on ne peut s’empêcher de penser que le projet était sans doute trop ambitieux pour être complètement traité en 300 pages. Que Prolongeau a voulu trop en faire : en témoignent par exemple les drôles de chapitres insérés dans le flux de l’histoire, où l’on passe à une narration différente, représentant la « voix de la femme » dans ce monde brutalement masculin, la voix de l’épouse d’Orrin ; des passages pertinents, mais très insuffisants pour traiter sérieusement de la perspective des « épouses » au sein de la religion mormone.

Mais le plus important sans doute, c’est qu’on soit surtout frustré d’en rester là, au moment-clé où Orrin va devenir ce tueur « mythique » de l’Ouest, un tueur qui a même eu droit à sa statue. Cela prouve bien que, en dépit de ces quelques réserves, le livre nous a passionnés. Et qu’on en attend maintenant la suite !

Eric Debarnot

Le Poing armé de Dieu
Roman d’Hubert Prolongeau
Éditeur : Seuil / Cadre Noir
320 pages – 19,90 euros
Date de parution : 16 janvier 2026

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