Florent Oiseau promène son héros noctambule dans le Paris des troquets et des anonymes, mêlant humour fantasque et poésie du quotidien. Une balade tendre et drôle où l’ivresse n’est jamais qu’un prétexte pour observer, avec tendresse ceux qui passent sans être vus.

Quelle belle idée de trinquer à la mauvaise santé du Dry January avec Florent Oiseau. Pourquoi vouloir gâcher l’élan des fêtes ? Autant faire le singe en hiver. Avant même de commencer cette lecture, je savais que j’allais visiter dans ce livre plus de troquets que de salles de sport. Tant pis, moi qui voulais bizuter mon legging qui moule si bien mes plis.
Il faut dire que les personnages des romans de cet auteur, et j’en suis au quatrième cul sec, ont quelques ressemblances. Comme Donald, s’ils vont un jour ou inuit au Groenland, ce n’est pas pour sucer des glaçons. Ils mènent en général une existence en orbite de la société et tournent un peu en rond autour de l’existence. Allo Houston, il n’y en a pas un qui bosse.
Après l’acteur raté, l’écrivain largué, le jeune qui procrastine ou le couchettiste du train de nuit, il ne faut pas changer une équipe qui perd. Voici donc l’alcoolique nocturne qui se fait rattraper par ses devoirs de père et de mari.
Le bonhomme adore boire et errer dans le Paris populaire, dans le 20e arrondissement, à priori bon spot de bistrots, de la Porte de Bagnolet au cimetière de Charonne. Certains diront qu’il fait des reconnaissances. Il a perdu son boulot, n’essaye pas de le retrouver et l’homme traficote de la prothèse angulaire pour participer aux frais du ménage et financer ses beuveries nocturnes. Ce n’est pas pour se faire gratter le dos, activité pourtant fort agréable. Il n’est pas verni.
Sa fille s’appelle Lune et on se doute que c’est lui qui a choisi le prénom. Il soupçonne sa femme Almeria de le tromper, mais il ne lui en veut pas vraiment car il est conscient de sa déchéance.
Qu’est-ce qui peut le sauver de lui-même ? le spectacle organisé dans l’école de sa fille dans lequel il doit interpréter le rôle improbable… d’une fée ? Sa curiosité pour l’identité d’un pensionnaire du cimetière surnommé Magloire ? L’amour des siens et l’humour des autres ?
L’histoire est plus sobre que son narrateur. Il ne faut pas faire souffler l’intrigue dans le ballon pour mesurer la qualité du roman. Je lis et apprécie Florent Oiseau pour son écriture fantasque, son humour détaché comme pH de la poésie du quotidien. Et si l’alcool du héros était le reflet du comique de l’auteur dans l’art de diluer ses sentiments ? le nez rouge du clown.
Les dialogues ne manquent pas de réparties, les bons mots font la queue pour meubler mon carnet de citations, et les personnages qui croisent le narrateur ne font pas que des intermittents transparents.
Ma Gloire est pour moi une des meilleures cuvées de l’auteur. Je ne dis pas cela uniquement parce que j’ai reçu l’ouvrage gentiment dédicacé et que je n’ai aucune éthique, mais parce que ce récit de ceux qui marchent dans la Ville, tous seuls et anonymes…, est construit comme un conte, plus intime et moins gratuit que ses deux derniers romans. Il m’a autant parlé qu’amusé.
Il parait que « La gloire, c’est être connu de gens qu’on ne connaît pas. »
(Nicolas Chamfort, pas Alain qui cherche toujours Manureva). Florent Oiseau ne s’intéresse qu’à ceux-là.
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Olivier de Bouty
