Les éditions Densité poursuivent leur sans-faute avec la mise à l’honneur du premier album du Velvet Underground, l’un des disques qui ont le plus influencé les musiciens des décennies suivantes.
Sébastien Bismuth a plutôt bon gout : après s’être attaqué aux Smiths avec The Queen is Dead, il s’est penché dans la même collection, Discogonie, sur un monstre absolu : le premier album du Velvet Underground, le fameux « album à la banane » sorti en 1967, et qui est l’un des disques les plus importants de l’histoire du rock, tout en s’étant vendu très peu au moment de sa sortie (30.000 faméliques exemplaires les cinq premières années après sa sortie). Aujourd’hui, bien sûr, ce disque est devenu un produit de consommation courante, et on peut le trouver dans les supermarchés… Mais le passionnant livre de Sébastien Bismuth en montre bien le côté expérimental et radical, en opposition frontale avec les canons hippie de l’époque, ou le Sergent Pepper des Beatles sorti a la même époque.
Nous allons tout savoir de la réunion du groupe par Andy Warhol, avoir le détail des sessions d’enregistrements de l’album, mais également découvrir la liste des instruments utilisés par les musiciens, de la Gretsch de Lou Reed au fameux Alto de John Cale. Bien entendu, la mythique pochette est disséquée, et aucun détail de sa conception et de sa fabrication n’a été omis. Objet de fascination au même titre que celle de Sticky Fingers, également l’œuvre de Warhol, elle est l’une des plus célèbres de l’histoire du rock, et est rentrée dans la culture populaire, générant par là même de nombreux produits dérivés. Sans rentrer dans les détails, ceux qui trouvent une version pelable mais non pelée dans le grenier de leur grand-père, peuvent peut-être prévoir d’aller consulter un gestionnaire de fortune ! On apprend que les autocollants étaient initialement placés à la main avant que la maison de disque ne revienne à des considérations plus bassement économiques.
Mais comme toujours dans cette collection, ce qui va être le plus passionnant est le corps du livre, c’est à dire la description titre par titre, avec détails et anecdotes sidérantes. Sébastien Bismuth rentre systématiquement dans l’aspect technique de l’interprétation des morceaux, ce qui va mettre en joie les musiciens avides d’en savoir plus sur le solo de Sterling Morrison dans There She Goes Again, ou le célesta de John Cale dans Sunday Morning. Le livre montre bien l’inventivité permanente des musiciens dont les caractéristiques de jeu sont disséquées de façon très précise.

On y apprendra aussi que Nico devait initialement chanter Heroin (!) et Sunday Morning, avant que Lou Reed ne préfère se mettre en avant sur ce qui pouvait être un tube. De façon opposée, il va préférer de façon perverse laisser Nico chanter les paroles ambivalentes de Femme Fatale, titre mythique s’il en est. On se jettera bien entendu sur les pages relatives aux morceaux les plus emblématiques, Heroin par exemple, ce titre composé par Lou Reed à 21 ans et qui pour beaucoup symbolise encore maintenant l’album à la banane… Mais le plaisir est le même pour un joyau comme There She Goes Again qu’une écoute trop rapide pourrait confondre avec une respiration pop sympathique. Les paroles de I’m Waiting For The Man vous donneront instantanément envie d’aller à Harlem découvrir le célèbre croisement où le narrateur attend sa drogue. La genèse du sidérant European Son qui clôture le disque est expliquée, tout comme son côté précurseur qui sera par la suite développé avec Sister Ray sur White Light White Heat. On mesure tout au long du livre le caractère venimeux et le cynisme des paroles de Lou Reed, ainsi que la soif d’expérimentation de John Cale, le tout mis en contexte.
La relation tumultueuse de Cale et Reed est le cœur du réacteur du groupe dans lequel Nico peine à trouver sa place (Elle la perdra bien entendu juste après, même si le fidèle John Cale sera encore à ses coté pour la production de ses albums solo). Morrison et Tucker sont également bien présents, musiciens plus classiques mais indispensables au son du groupe.
Le livre est un régal, très bien écrit et passionnant du début à la fin. Ce n’est pas si simple d’écrire sur un disque aussi connu qui parle à tout fan de rock, et que l’on imagine connaître par cœur. Sébastien Bismuth réussit son pari haut la main.
On saluera également la collaboration avec l’artiste Invader pour l’illustration de la couverture ultra cool et l’autocollant gratuit, une première chez Densité et sa collection Discogonie, une nouvelle fois irréprochable.
![]()

