Avec La Grazia, Paolo Sorrentino délaisse partiellement ses effets baroques pour un récit plus crépusculaire. Entre sobriété inattendue, ironie malicieuse et tics esthétiques persistants, ce film de (et sur la) maturité oscille entre gravité politique et légère désacralisation du pouvoir.

Sorrentino tourne trop : il aurait été de bon ton d’attendre deux, voire trois ans, entre deux films. Le temps qu’on digère, qu’on passe à autre chose, et qu’il puisse nous laisser croire qu’on se resservirait bien une tranche de son cinéma à la napolitaine. Mais voilà que dix mois après la sortie de Parthenope, La Grazia s’impose au spectateur.
Certains arguments pourront cependant motiver les cinéphiles fatigués par ses motifs et ses effets de manche : dans ce film crépusculaire sur les six derniers mois de pouvoir du président de la république, le cinéaste se montre plus sobre, moins baroque, et aborde des thèmes qui l’éloignent un peu des vanités qui lui sont coutumières. Un film de la maturité, en somme, ou plutôt sur elle : Toni Servilo joue un homme à la fin de sa carrière, et qui a fait de l’immobilisme sa force tranquille. A l’heure des bilans, il est temps de prendre position, pour marquer avec panache le départ, en confrontant ses aptitudes de juriste à des cas épineux : la grâce de deux meurtriers, et une loi sur l’euthanasie.
Sorrentino s’aventure sur des terres presque almodovariennes, et ménage un récit assez prometteur, où l’individu doit enfin trancher sans se retrancher derrière l’alibi de la réflexion dilatoire. Les échanges avec les personnages secondaires (sa fille, toute en action, son carrossier, bras droit loyal, son amie de toujours, pétulante et provocante) occasionnent les scènes les plus savoureuses, servies par des comédien(ne)s de talent, lorsqu’il s’agit de malmener la figure d’autorité et fissurer le glacis de la fonction présidentielle.
Sorrentino reste évidemment fidèle à ses principes esthétiques, même s’il les met quelque peu en sourdine : séquences musicales, ralenti baroque sur une visite protocolaire sous des trombes d’eau, et cadrage à la lenteur solennelle sur les intérieurs cossus du palais présidentiel. La pesanteur des effets est encore plus manifeste lorsqu’il pense pertinent de filmer l’arrivée dans une prison en caméra à l’épaule, pour marquer le cadre populaire et déclassé du lieu, idée qu’on déconseillerait à un collégien sur son premier court métrage.
Mais on saura gré au réalisateur scénariste de savoir intégrer une ironie malicieuse à son récit, dans lequel les obsessions du protagoniste pour une infidélité largement prescrite le rendent aussi risible que faillible, dans un film qui assouplit ses prétentions sous le charme de la farce.
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Sergent Pepper
