Percutante et surprenante, la petite série d’Arte sur une retraitée faisant sa loi chez ses voisins problématiques vaut le détour. Ne serait-ce que pour son cadre original : l’Islande, ses mœurs et ses paysages urbains. Et pour son ton si particulier.

Peu de séries à ce jour sont une production islandaise, avec pour cadre Reykjavik et ses alentours. Benedikt Erlingsson propose un regard un peu différent sur son pays actuel, loin de la carte postale, un regard immersif surtout dans les banlieues de capitale et ses immeubles neufs et sans âme – comme un peu partout en Europe finalement. Sauf que le propos a ce petit quelque chose de distancié, de chaud-et-froid permanent, avec des scènes aussi décalées et absurdes que soudainement violentes, un savoir-faire que l’on retrouve assez souvent, justement, dans les productions scandinaves.
Par contre, La Voisine Danoise ne cache pas son dessein premier : faire rire froidement, manier le corrosif comme le tendre avec maestria, pour toujours susciter l’attention du téléspectateur. Pour ce faire, une grande actrice : Trine Dyrholm, déjà remarquée dans le film Festen, qui excelle dans ce rôle aussi physique que complexe de cette nouvelle arrivée dans un immeuble, une « étrangère » puisqu’elle vient du pays « voisin », le Danemark, et qu’elle va s’immiscer dans chaque vie du voisinage de palier pour régler des problèmes, gérer des conflits ou trouver des compromis sur des situations complexes. Et à sa manière, donc la manière forte.
La première scène est éloquente : Ditte, cette voisine fraîchement débarquée, fait son jardin et potager devant l’immeuble. Un chat vient piétiner ses fleurs, elle le zigouille, direct dans les poubelles communes. Quelques plans plus tard, des gamines éplorées errent dans le quartier pour distribuer des avis de recherche de leur chat, et la vieille voisine, bienveillante, décide illico de les aider à donner les flyers. Cynique ? oui. Drôle ? aussi. Et cela donne le ton de la mini-série, qui n’hésite pas à flirter avec l’humour noir, très noir même parfois.
Si le choix des thèmes traités semble parfois être un catalogue des névroses humaines contemporaines et des faits sociétaux majeurs (violence conjugale, alcoolisme, emprise, addictions aux écrans, drogue…) et si la cause des accès de violence de l’héroïne reste un peu facile (post-trauma d’un passé militaire dans les services secrets danois), c’est dans l’original et l’inattendu que se nichent les réjouissantes qualités de cette série franchement attachante. D’abord, des génériques de début et de fin d’épisodes sous la forme de clips irrésistibles où les actrices et acteurs chantent et dansent sur des morceaux qu’on devine des hits islandais (on y reconnaît d’ailleurs une version classe du Human Behaviour de Björk). Ensuite, la manière dont Ditte s’impose au sein déboires de ses voisins, tente de régler les soucis personnels de chacun par la violence sourde ou la douceur pédagogique, tout cela est tour-à-tour malaisant ou fascinant : on sent bien cette envie d’empathie et cette volonté d’amitié d’une femme qui n’a jamais vraiment connu les codes et les règles de la vie en copropriété… Enfin, difficile de parfois saisir les subtils sous-entendus des dialogues concernant le rapport entre le Danemark et l’Islande (on n’est pas expert en géopolitique d’Europe du Nord), mais on sent bien que les créateurs ont eu envie d’en découdre dans les rapports inter-scandinaves, vu certaines scènes grinçantes et violentes à la fois quant à l’origine géographiques des protagonistes…
Six épisodes vifs, mordants et souvent absurdes : malgré une fin un peu bâclée à mon sens, un vrai petit bonheur, éloigné des productions habituelles qui commencent un peu à lasser ; on ne va donc pas bouder ce plaisir de début d’année !
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Jean-françois Lahorgue
