Composée par Daniel « Oneohtrix Point Never » Lopatin, la BO de Marty Supreme souhaite autant refléter l’univers du Ping Pong que revisiter la musique des années 1980, au cinéma ou ailleurs.

Situé dans les années 1950, Marty Supreme devait à l’origine s‘achever dans les années 1980 lors d’un concert de Tears for Fears, au son de Everybody wants to rule the world. La musique des années 1980 est revenue dans le film par une autre porte. En testant du Peter Gabriel sur une scène, Josh Safdie finit par inclure des morceaux de la période signés New Order, The Korgis… dans la partie non originale de la BO.
Une partie non originale qui comportera aussi des morceaux d’époque. Pour Josh Safdie, il était naturel de rassembler des morceaux composés pendant l’ère Reagan et des morceaux de cette décennie 1950 qui obséda les Républicains pendant les années 1980. La fin avortée a aussi inspiré à Daniel Lopatin, qui a déjà travaillé pour les frères Safdie (Good Time, Uncut Gems), une partie originale de la BO influencée par les auteurs du mégatube Shout.
L’approche sonore de Lopatin semble effectivement raccord de morceaux utilisés par le film tels que Change de Tears for Fears ou I have the touch de Peter Gabriel. La BO est également autant influencée par la musique des années 1980 qu’elle est une BO « sur » les BO du cinéma de la période. Avec ses notes évoquant le rebond d’une balle, The Call, Marty’s Dream et Endo’s Game sont proches de certaines BO atmosphériques et synthétiques du cinéma hollywoodien des années 1980.
The Apple colle du New Age sur le moment où Marty tente une première approche téléphonique avec l’ancienne gloire du cinéma Kay. Pour habiller un flash back concernant l’Holocauste, Holocaust Honey prend un style plus classique, voire viennois. Le bref Motherstone fait penser à certains passages synthétiques du score de Pino Donaggio pour Body Double.
La partie rythmique de The Scape aurait pu figurer sur un Peter Gabriel des débuts. Tub Falls mêle une basse de synthétiseurs très Depeche Mode à une nappe de synthétiseurs très Tangerine Dream et un rythme agressif. Avec l’ombre du pongiste nippon Endo et un final au pays du Soleil Levant, la BO est également traversée d’éléments japonisants. Les chœurs semblent quant à eux parfois vouloir donner une dimension opératique (comme sur Shootout ou I love you, Tokyo).
Il y aurait quelque chose de conceptuel, d’abstrait dans cette BO : évoquer par la musique le Ping Pong (l’Asie, le rebond de la balle, le coup de raquette) en faisant un détour par le recyclage des années 1980. Mais l’album m’a semblé plus fonctionner de manière séparée qu’avec les images du film. Le choix de l’anachronisme pour une BO est un choix risqué et dans le cas présent il ne m’a pas semblé apporter de valeur ajoutée émotionnelle au film.
Cela pose une question qui n’intéressera que les cinéphiles : une BO avec synthétiseurs façon score du Solitaire aurait-elle fonctionné sur des Michael Mann d’époque tels que Le Dernier des Mohicans ou Public Enemies ?
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Ordell Robbie
