« Coutures » : Alice Winocour dans les coulisses de la Fashion Week parisienne

Alice Winocour met en scène les destins croisés de femmes saisies à un moment-clé de leur existence et tiraillées entre des exigences et des aspirations contradictoires.  Exaltation de la sororité, Coutures offre un rôle taillé sur mesure à Angelina Jolie mais s’enlise dans les clichés et les artifices.

Coutures : Photo Angelina Jolie
Copyright Pathé Films

Elles s’appellent Maxine, Ada et Angèle. Maxine Walker est une réalisatrice américaine, spécialisée dans les films d’horreur. Ada, mannequin débutante d’origine sud-soudanaise, arrive du Kenya. Angèle elle est maquilleuse de défilé. Christine est une petite main dont le talent commence à être reconnu. Toutes les quatre sont à Paris pour participer à la Fashion Week, la grand-messe de la haute couture, et, partant, vivre un moment peut-être décisif pour leur carrière. L’occasion pour Alice Winicour, dont c’est le cinquième long-métrage, de montrer plusieurs destins de femmes, fort différentes mais réunies par un même événement.

Coutures : AfficheCoutures : le titre annonce la couleur mais le pluriel intrigue. Il joue sur le rapport entre le sens propre et le sens figuré du mot. Même si, comme le dit Alice Winocour, le monde de la mode n’est pas au coeur de son film, Coutures s’attarde sur la matérialité du travail des petites mains comme Christine (Garance Marillier), la minutie et l’amour avec lesquels elles caressent les tissus, les assemblent, les épinglent, les cousent, puis les ajustent sur les corps. Ces scènes dans l’atelier sont d’ailleurs les plus intéressantes du film. Mais les coutures, ce sont aussi celles par lesquelles Maxine, Ada, Angèle et Christine tentent de réunir voire de concilier les différentes exigences de leur vie. Elles sont, en effet, tiraillées entre des impératifs et des désirs plus ou moins compatibles. Pour Maxine (Angelina Jolie), il s’agit de faire face au cancer tout en ne sacrifiant pas sa carrière de réalisatrice, et d’être une bonne mère alors qu’elle passe peu de temps avec sa fille. Pour Ada (Anyier Anei), d’entamer une carrière de mannequin en Europe à l’insu de son père sans avoir le sentiment de trahir ou d’abandonner les siens, restés au pays. Pour Angèle (Ella Rumpf), de mener de front plusieurs engagements professionnels tout en trouvant le temps d’écrire le roman nourri de son métier de maquilleuse qu’elle espère faire publier. Pour Christine, il s’agit tout simplement , de ne pas « craquer » face à la quantité de travail nécessaire et de ne jamais sacrifier la qualité à l’urgence.

Que nous propose Alice Winicour ? De pénétrer dans les coulisses d’un monde qui peut faire rêver, celui des podiums où défilent des mannequins boudeuses et étiques. Mettre au jour le contraste entre l’image glamour de la haute couture et des dessous qui le sont moins, révélant la violence du monde du travail. Son film a ainsi un aspect documentaire qui, pourtant, ne nous apprend rien de très neuf sur ce monde où les hommes tirent les ficelles et où les femmes ont intérêt à se serrer les coudes. Alice Winocour dit avoir voulu raconter « une histoire de femmes et de résilience ». Certes, les femmes sont mises à l’honneur dans ce film où les seuls hommes marquants sont le sympathique docteur Hensen qui s’occupe de Maxine (Vincent Lindon) et Anton, le gentil chef-opérateur de son court-métrage (Louis Garrel). Les femmes brillent par la solidarité qui les unit : Maxine, Ada, Angèle et Christine sont tournées vers les autres, vers leur famille, leur entourage professionnel. Les personnages féminins secondaires semblent n’exister que pour mettre eux aussi en avant l’idée de sonorité chère à Alice Winocour, comme la mannequin ukrainienne qui sympathise avec Ada ou la patiente qui partage ses inquiétudes avec Maxine à l’hôpital. De Coutures ne ressort hélas qu’un sentiment d’artificialité, de superficialité et de dispersion : c’est un film qui manque singulièrement de… coutures, où, tel un patchwork, les scènes se succèdent sans réussir à créer un quelconque effet d’écho entre les vies de Maxine, Ada, Angèle et Christine qui d’ailleurs, ne feront que se croiser.

Coutures laisse un sentiment de vide. En tant que documentaire, il ne va pas au-delà des clichés. Quant à la fiction qui concentre l’intrigue autour de Maxine, elle n’a pas grand intérêt et met en scène des personnages stéréotypés. Le film, présenté comme choral, semble pourtant avoir été fait pour dérouler le tapis rouge à sa vedette, Angelina Jolie – qui le produit et occupe à elle seule l’affiche – dans une sorte de mise en abyme où le cinéma n’a rien à gagner. Que la fiction repose sur son vécu et celui de ses comédiennes paraissait essentiel à Alice Winocour. Hélas, le vécu ne saurait servir de caution à l’art, Coutures en est l’illustration.

Anne Randon

Coutures
Film français d’Alice Winocour
Avec Angelina Jolie, Ella Rumpf, Anyier Anei, Garance Marillier, Louis Garrel, Vincent Lindon
Genre : drame
Durée : 1h36
Date de sortie : le 18 février 2026

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