Avant d’être abandonnée et donc laissée sans conclusion, la série d’espionnage The Old Man nous avait offert une seconde saison bien plus irrégulière que la première, dans laquelle l’espionnage avait laissé la place au drame psychologique et aux questions sur la paternité et la filiation.
On avait bien apprécié la première saison de la série FX The Old Man, sortie en France sur Disney+ fin 2022, en particulier du fait d’une distribution « haut de gamme » où Jeff Bridges et John Lithgow – deux acteurs exceptionnels – confirmaient que l’âge qui avance (ce qui était d’ailleurs le sujet de la série) ne les avait pas privé de leurs compétences ni de leur talent. Curieusement, peut-être parce que Disney+ n’était pas une plateforme très qualitative, on était passé à côté de la seconde saison de la série, mise en ligne deux ans plus tard. Alors que l’on sait que The Old Man a été annulée, en dépit de la promesse du dernier épisode de cette seconde saison, il était intéressant de se payer un petit flashback et de faire le point sur The Old Man, comme un « objet sériel » désormais bouclé. Et sur ces 8 épisodes (numérotés de VIII à XV) qui seront définitivement les derniers…

L’histoire démarre cette fois en Afghanistan où Chase (Bridges) et Harper (Lithgow) s’infiltrent clandestinement pour sauver leur « fille commune », retenue prisonnière par son « vrai père », le seigneur de la guerre local Faraz (Navid Negahban, acteur d’origine iranienne, que les fans de séries reconnaîtront depuis son apparition dans Homeland). On notera l’affiche totalement ridicule, façon western contemporain, de cette saison, qui ne laisse présager rien de bon. Et de fait, si l’on excepte la performance des deux stars vieillissantes – que l’on peut d’ailleurs considérer comme « sous-utilisées » cette fois -, il n’y a pas grand chose de remarquable à sauver. Car ce retour révèle surtout que The Old Man n’a jamais été vraiment une série d’espionnage : c’est avant tout une « série d’action paradoxale », le paradoxe pas toujours défendable étant que les « vieux » sont capables, même quand il s’agit d’affrontement physique, de dérouiller bien plus jeune qu’eux.
Et c’est aussi une histoire « lourdement psychologique », une sorte de « drame familial » ancré de manière anecdotique sur de grands sujets géopolitiques, puisqu’on parle et reparle – sans vraiment avancer – sur ce qu’est la filiation. Pour Emily (telle qu’elle est dénommée par sa famille adoptive, les Chase) / Angela (son identité, sa « légende » au FBI construite par son « mentor » Harold Harper) / Parwana (son nom originel en Afghanistan), se pose dans ces épisodes la question du choix de l’allégeance à l’un de ses trois « pères » – le biologique, celui qui l’a élevé, celui qui a fait d’elle une professionnelle de l’espionnage… S’il est a priori intéressant d’avoir un personnage qui change littéralement de nom selon la figure paternelle ou le monde dans lequel il évolue, on a le sentiment que les scénaristes ne savent pas trop quoi en faire, sans doute parce que la grande limite de The Old Man est de n’avoir pas placé Emily / Angela / Parwana en son centre, préférant se concentrer, assez piteusement et lâchement sur des personnages plus « sûrs » de vieux hommes blancs ! Sur ce point, il est significatif que, alors que la fin de cette saison constitue LE moment où elle prend la main dans la fiction, les investisseurs aient jeté l’éponge. Il ne devait pas être question de faire de The Old Man une série féminine / féministe (d’autant que l’ultime « bad guy » se révélait aussi, in extremis, être une femme !).
Cette question de qui est le « bad guy » est d’ailleurs l’un des principaux points faibles de ces 8 épisodes, puisque les scénaristes ont cru malin d’en changer tous les deux épisodes : on passe donc du méchant taliban au méchant agent russe, en passant par le méchant grand chef des services secrets US, pour finir avec la méchante espionne britannique passée au service de la Chine. N’en jetez plus, si c’est bon pour les cliffhangers, ce n’est vraiment pas sérieux, et cela prouve à quel point la série de Robert Levine et Jonathan E Steinberg se refuse à la moindre rigueur quand il s’agit de traiter son sujet « d’espionnage ». Ce qui est dommage car il y aurait eu beaucoup de choses à dire sur la culpabilité – ou non – des USA vis à vis de l’Afghanistan, comme sur l’enjeu que représente la main mise sur les régions productrices de « terres rares », qui s’avère ici un piètre McGuffin.
Finalement, on en revient à ce qu’on pensait dès le début : s’il y a un plaisir à tirer de The Old Man, c’est juste celui de regarder Bridges et Lithgow « faire leur métier », en ne se préoccupant pas du manque de cohérence de toute cette histoire. Et encore, The Old Man ne fera pas partie des sommets de la filmographie, ni de l’un, ni de l’autre…
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Eric Debarnot

