Teenage Bed – Pause printemps : Let’s go !

Avec Pause printemps, son 3e album, Teenage Bed prouve qu’on peut faire un excellent et singulier disque lo-fi en français en se nourrissant du meilleur folk américain indie (Sparklehorse, Big Thief, Bon Iver) avec un petit goût de Belin.

Alors que Bertrand Belin, avec son dernier opus Watt, n’a pas été assez « imprudent » pour produire le disque qui l’aurait hissé au niveau de qui on sait, se complaisant dans une muzak électro sans relief, Nathan Leproust aka Teenage Bed qui partage les mêmes intonations vocales que son ainé nous offre avec Pause Printemps le magnifique disque français lo-fi que nous n’attendions plus, ringardisant de fait toute la jeune chanson française qui se réclame de Ferré, Barbara, Sanson et d’autres illustres estampillés qualité France.

TEENAGE-BED-pause-printempsA l’opposé de tous ceux-là, Teenage Bed semble avoir infusé les disques qui ont compté ces trente dernières années dans le folk américain indie et plus remarquable encore, il parvient à en tirer une vraie singularité. La liste de ses influences (David Berman, Big Thief, Alex G.), est longue…mais n’est-ce pas ainsi que se regénère la création musicale?

Décembre qui ouvre Pause printemps nous saisit d’émotion avec les premières mesures d’un synthé malade nappé d’une scie musicale trafiquée (Mercury Rev) et puis la voix du monsieur entre et là…waouh…. On y reconnait la fragilité et le savoir-faire mélodique d’un Mark Linkous de Sparklehorse, une production minimum mais douillette, une élégante guitare grunge et des chœurs nonchalants. Bref tout pour plaire.

Pour poursuivre ce rêve musical éveillé, Trompe l’œil débute par « Je me souviens le sommeil – Y avait ton nom sur la scène – Là, à ne vouloir dire – À ne savoir taire – Y avait ta main en trompe l’œil – Et puis ton trait sur ma feuille – Là, à ne pouvoir décrire – À ne savoir défaire – Cette même rengaine. Le précipice – Le goût du sel. L’odeur du vice. ». Spleenifique.

Des guitares pendulaires qui doivent à Thurston Moore nous tirent de notre douce langueur dans Moindre effort mais n’ayez crainte, on est toujours dans une douce léthargie enivrante.

Récifs, ses guitares carillonnantes, sa syncope et sa belle harmonie a un sérieux gout de revenez-y, c’est d’ailleurs le single (et le clip).

Le rythme des marées, est une chanson que Belin aurait oublié de composer, une musique oscillant entre Philip Glass, Young Marble Giants et son refrain ad lib « La cavale du succès – Le rythme des marées », parfait.

Une fois écouté cette 1ère face, il est grand temps de se renseigner sur Teenage Bed, Pause printemps est le 3ème album de Nathan Leproust, il semble qu’on peut écouter ce hobo lors de concerts chez l’habitant ou dans des petites structures (disquaire, librairie), il promène ainsi une guitare et un lecteur K7 pour nous restituer sa pop artisanale. Espérons que Pause printemps remarqué ici où là par des critiques élogieuses ouvrira des scènes plus larges, on s’inquiétait à une époque de la capacité de Bon Iver à restituer la beauté de ces disques sur scène, gageons que Teenage Bed saura faire de même sur des scènes plus importantes.

La 2ème face s’ouvre avec un instrumental psalmodique entêtant qui donne le titre à l’album Pause printemps. Hormis ce morceau, tous les textes « écrits dans l’urgence et la retenue » sont extrêmement cohérents avec la pop lo-fi de Teenage bed, tirant souvent sur la brièveté d’un haiku, ils sont souvent percutants et sensibles ainsi dans Naufrage les très beaux « Je suis dans la ville – Je fuis pour longtemps – Mes amis d’avril – Le soleil, le vent – Je pourrais toujours – Plier mes bagages – Je pourrais toujours – Refaire le naufrage ». Eliott Smith aurait aussi pu faire sien ces beaux vers.

S’il fallait encore convaincre les réfractaires prétextant de l’intérêt d’écouter un disque qui se nourrit de tant d’influences (dont j’ai sans doute abusé), la déclaration d’intention de Nathan Leproust à propos de Pause printemps devrait balayer toutes leurs réserves : « Je crois que pour faire un bon disque il faut d’abord satisfaire l’auditeur que l’on a en soi. Le mien avait depuis longtemps envie de savoir si la langue française pouvait cohabiter avec cette scène américaine qui me fascine tant. » Je peux affirmer que ce pari est largement dépassé, nous n’avons pas affaire ici à une pale resucée lo-fi mais à un très bon disque tout simplement. Bref chaudement recommandé.

Éric ATTIC

Teenage Bed – Pause printemps
Label : Howlin’ banana / Figures Libres / Pales figures
Date de Sortie : 23 janvier 2026

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