À l’extrême sud du monde, un jeune prêtre en disgrâce devient l’apprenti d’un exorciste aux méthodes troubles. Sur une île où les démons semblent impossibles à vaincre, foi, morale et ténèbres s’entrechoquent dans un récit d’horreur mystique aussi intense que troublant.

Après Le Dernier Jour de Howard Phillips Lovecraft, Judas et Origines, 404 Éditions propose un quatrième ouvrage fantastique, toujours aussi beau, dessiné par le talentueux Jakub Rebelka.
Le jeune Père Barrera est un prêtre en danger. N’a-t-il pas laissé se noyer l’enfant qu’il baptisait ? Un cardinal vient le tirer de sa geôle pour l’envoyer en pénitence sur l’île de Puerto Cristina, à la pointe sud de l’Amérique du Sud, afin de devenir l’apprenti du Père Stygian. Si les méthodes de cet exorciste sont contestées, son dernier élève s’est suicidé et les autres ont fui, elles sont efficaces et le prélat ne souhaiterait pas qu’elles se perdent.
Méfiants, les deux prêtres s’observent. Barrera assiste à une scène d’une rare violence, un garçon envouté, un mort qui ressuscite, un démon qui surgit des entrailles d’une jument. L’île serait perdue, d’antiques forces démoniaques s’y cacheraient. Or Stygian avoue avoir repris à son compte des pratiques locales ancestrales, plus anciennes que l’Église catholique. « Est-ce bien raisonnable ? », ne peut s’empêcher de penser Barrera.
Le scénario du romancier Gus Moreno nous plonge dans une histoire qui associe habilement religiosité et fantastique. Ainsi, nous avons droit à de très classiques scènes de combat contre le mal, de grands exorcismes, des retours de morts et à des esprits frappeurs. Les relations entre les deux hommes, puis entre eux et Manu, la gouvernante du curé, sont bien écrites. Progressivement, ils passent de la défiance à une forme de courageuse camaraderie.
Pour qui aime l’inventivité, le travail de Jakub Rebelka est, comme à l’accoutumé, extraordinaire. Jouant avec les conventions du surréalisme et de l’horreur, ses grandes vignettes laissent toute leur place à ses personnages semi-réalistes, anguleux et cabossés à souhait. Ses aplats, ses décors, ses visages émaciés et sombres rappellent la peinture de Bernard Buffet. La colorisation brune et ocre accentue la mélancolie et l’angoisse régnant sur cette de île du bout du monde. Ses décors sont particulièrement soignés. L’angoisse, ou la terreur, sont souvent précédées d’une subtile distorsion des règles de la perspective. Un conseil, méfiez-vous quand l’arrière-plan bouge !
Implicitement, Gus Moreno pose une question : que faire des démons vaincus ? Il est dit que Jésus les enferma dans un cochon, mais que faire si le cochon refuse de se jeter dans la mer ? Stygian sait lutter contre les démons, mais se reconnait incapable de les tuer. Il ne parvient qu’à les maintenir à distance. La situation paraissait sans issue quand Moreno ose une échappée surprenante avec l’introduction d’une âme sacrifiable. Devra-t-elle mourir pour sauver tous les autres ? La fin justifierait-elle les moyens ? En bon catholique, Barrera se rebelle. Cette ouverture ouvre des possibilités infinies. Or, l’auteur semble soudain comme embarrassé par la présence de son « bouc émissaire », la fin déçoit un peu. Juste un peu.

Stéphane de Boysson
Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous
Scénario : Gus Moreno
Dessin : Jakub Rebelka
Éditeur : 404 Éditions
168 pages – 24,95 €
Date de parution : 29 janvier 2026
Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous — Extrait :

