Si l’Île de Garde, au cœur du lac du même nom, semble être un endroit calme et serein, tel n’est pas le cas de « Rage Blossom », le six titres de ÎLE DE GARDE.

« Rage Blossom » crépite d’une urgence intime, vibre de la nécessité absolue de se libérer de ses émotions, d’exorciser ses démons. Le trio féminin convoque une synth-wave dense et dansante, rythmée par la discrète batterie de Morgane et portée par les claviers entêtants de Cécile, comme s’ils semblaient viser l’hypnose, voire la transe (« To death », hymne au lâcher prise puisque, peu importe, « You know you’re gonna die »). Les Nantaises lorgnent parfois vers une pop cynique ; telle est la ritournelle nihiliste, féministe et faussement lascive « Birthday Girl », qui s’achève sur une explosion jouissive. Ce titre est partagé avec Kuntessa, qui vient de sortir son premier EP, le très recommandable « Pussy Pitstop ».
Sur ces nappes enveloppantes se pose la voix de Klara qui, plus narratrice que chanteuse, opte souvent pour le spoken word, forme idéale pour raconter des histoires de rupture (« Boy ») ou d’assassinat sur le formidable et bipolaire « Homicide volontaire » qui alterne entre froide description et colère furieuse. Les filles marchent sur un fil éclectique, errent dans des paysages fantomatiques, où les ombres dessinent des rêves qui se muent en cauchemars.
A l’image de la pochette kaléidoscopique, signée Clothilde Carton, qui illustre en une logique moyenâgeuse – coucou Hildegarde, clin d’œil au nom de la formation – les chansons de cet excellent EP, ÎLE DE GARDE crée un univers aux ambiances variées mais cohérent, que l’on a maintenant très envie de découvrir en live. Pour nous aussi, chasser les spectres qui nous hantent…
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Christophe Grès
