[HBO Max] « A Knight of the Seven Kingdoms » : Westeros vu d’en bas

C’est un étonnant retour à Westeros que propose le nouveau spin-off the Game of Thrones : en prenant le contre-pied systématique de ses grands thèmes comme de ses choix formels, A Knight of the Seven Kingdoms prend le beau risque de désorienter les fans. Mais séduira sans doute les réfractaires.

A Knight
Copyright HBO Max

Game of Thrones a été une anomalie, certes superbe par beaucoup d’aspects, mais une anomalie quand même dans l’histoire des séries TV : immensément populaire lors de sa diffusion, avec un impact culturel global unique, elle a finalement échoué à marquer durablement les esprits, et ne figurera que rarement dans les sélections des « grandes séries du XXIe siècle ». Alors que son premier spin off, House of Dragons, peine à passionner les fans de l’univers GOT, HBO vient de nous offrir un A Knight of the Seven Kingdoms qui a l’immense mérite de… tout changer par rapport à ce qu’on sait et ce qu’on attend de GOT à la télévision. Explications…

A Knight afficheCette nouvelle et brève série – 6 épisodes d’une demi-heure chacun – est adaptée d’un roman également assez court de G.R.R. Martin, The Hedge Knight, le premier des trois aventures du « chevalier errant » Dunk et de son écuyer Egg publiées à date. On est à peu près un siècle avant les événements relatés dans Game of Thrones, et on y voit la rencontre entre un (prétendu) chevalier, Ser Duncan the Tall (Peter Claffey), qui cherche à être reconnu comme tel à l’occasion d’un tournoi auquel il rêve de participer, et un étonnant jeune garçon à la tête rasée (Dexter Sol Ansell), qui va se révéler ne pas être ce qu’il prétend. Et, bien entendu, rien ne se déroulera comme dans les rêves de gloire de Dunk…

Mais ce qui est saisissant dans le travail de G.R.R. Martin et du showrunner Ira Parker, au delà de la briéveté de cette première saison, c’est le choix – qui touche parfois à la provocation – de prendre le contrepied systématique de tout ce qui constitue la « franchise GOT« . Peu de personnages, une unité de lieu, de temps et de récit (au delà de quelques flashbacks explicatifs sur les origines de Dunk). Plus d’heroic fantasy (pas de magie ni de dragons…), mais un récit classiquement médiéval, qui n’a pas besoin d’un contexte uchronique pour fonctionner. On est très loin de la grande « fresque baroque » réfléchissant sur (et célébrant) les abus du pouvoir quand il est exercé sans contrôle, on a droit cette fois à une chronique au ras du peuple de Westeros, parlant de dignité, de réputation, de morale individuelle. Contrairement à GOT qui « déconstruisait » la chevalerie, on nous montre un héros simple, moral, aux principes et au comportement décalés par rapport à ceux de la « noblesse » de son temps. A Knight of the Seven Kingdoms pose sérieusement la question : et si l’idéal chevaleresque méritait encore d’exister ? La réponse à cette question est loin, bien loin, d’être évidente… Car, bien entendu, on reste dans la noirceur caractéristique de l’oeuvre de G.R.R. Martin. Et bien entendu, car c’est important, il subsiste de l’ADN de GOT ce magnifique réalisme des combats, brutaux et jamais édulcorés comme il est de mise dans le cinéma hollywoodien…

Série « anti-blockbuster », qui aurait d’ailleurs fait un excellent film de 2h30 en coupant quelques passages inutiles, A Knight of the Seven Kingdoms nous repose du spectaculaire habituel au genre, en nous offrant un récit d’apprentissage ultra-classique (même si celui qui « apprend » n’est pas forcément celui que l’on imagine), en adoptant le point de vue de « ceux qui ne comptent pas », loin des riches et des puissants. Evidemment, il est tentant de voir cette nouvelle série comme une réaction au désintérêt des fans vis à vis de House of the Dragon : puisqu’il semble impossible de combler leurs attentes, changeons d’échelle, offrons leur une série volontairement modeste, avec un anti-héros beaucoup plus « moderne » que les titans monstrueux et légendaires qui s’affrontaient dans GOT.

On entend çà et là des critiques s’élever contre la « simplicité » de l’histoire, à l’absence de rebondissements, à la… banalité de la série, son manque de spectaculaire. C’est bien là la preuve que Martin et Parker ont parfaitement réussi leur pari de jouer, cette fois, la modestie, l’émotion, la « fraîcheur ». Et alors que se profile la perspective d’une seconde saison où Egg et Dunk erreront sur les routes de Westeros, on suggérera aux créateurs de ne pas revenir à la Fantasy, et de creuser plutôt la piste du western humaniste, voire du chambara à la Lone Wolf and The Cub. Voilà qui secouerait encore plus le cocotier !

Eric Debarnot

A Knight of the Seven Kingdoms
Série TV US de George R. R. Martin et Ira Parker
Avec : Peter Claffey, Dexter Sol Ansell, Daniel Ings, Finn Bennett…
Genre : aventure, drame
6 épisodes de 35 minutes mis en ligne (HBO Max) de janvier à février 2026

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