[Interview] Marta del Grandi : « il est essentiel de ne pas sombrer dans le désespoir ! »

Marta del Grandi : retenez bien ce nom, car la jeune artiste italienne vient de sortir un second album impressionnant d’assurance mélodique et de créativité sonore, Dream Life, qui la distingue de la concurrence. En attendant son retour sur scène à Paris début juin, nous lui avons posé quelques questions…

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Photo : Claudia Ferri

Depuis quelques temps, le nom de Marta del Grandi commence à évoquer quelque chose aux oreilles des mélomanes français, amoureux des musiques « alternatives ». L’artiste italienne, qui vient du jazz et officie désormais dans une pop généralement qualifiée « d’atmosphérique », construit au fil du temps un univers singuler, et joliment « habité », puisqu’il s’agit de faire dialoguer l’intime avec un monde extérieur… qui est tout sauf doux.Le 30 janvier dernier, elle a sorti son second disque, Dream Life, plus ample et plus affirmé que comme il se doit, mais prenant également en compte les tensions de notre époque. De quoi oublier le genre « atmosphérique » trop convenu, et reconnaître qu’elle cherche aussi à réinventer la pop avec talent : rester dans une certaine épure, certes, mais proposer une musicalité différente, qui « accroche » et surprenne. Ecoutez le morceau Neon Lights, par exemple, et vous verrez que l’on est nullement dans un genre musical prévisible et tranquille ! Bref, Dream Life confirme que Marta est déjà une voix « reconnaissable » entre toutes.

Elle vient d’offrir à ses fans une très belle session aux Balades Sonores, et doit revenir le 5 juin prochain jouer au Pop Up! En attendant, elle a accepté de répondre à nos questions…

Benzine : Ta musique semble souvent évoluer dans un espace situé entre plusieurs genres plutôt que dans un style bien défini. Est-ce une manière consciente de résister aux catégorisations, ou cela reflète-t-il simplement qui tu es en tant qu’artiste ?

Marta : Je pense que cela reflète beaucoup la personne que je suis ! Je suis du signe des Poissons, et il y a chez moi une forme de dualité permanente, un conflit intérieur qui demande une recherche constante et subtile d’équilibre. Cela fait que je peux être à la fois assez drôle et volontiers dans l’auto-dérision, tout en ayant une manière assez profonde de percevoir et d’interagir avec les situations que je rencontre.

Benzine : L’Italie possède un héritage musical extrêmement riche, mais ta musique semble très « internationale ». Comment entretiens-tu le lien avec tes racines culturelles tout en construisant une identité musicale qui dépasse les frontières ?

Marta : Je suis très attachée aux grands auteurs-compositeurs italiens comme Lucio Battisti, Lucio Dalla ou Franco Battiato, ainsi qu’à des voix extraordinaires comme Mina, Ornella Vanoni ou Patty Pravo. Leurs chansons, leurs textes et leurs arrangements m’ont énormément appris sur ce qu’est une grande chanson. Je pense encore aujourd’hui qu’il est presque impossible d’atteindre ce niveau : cette époque portait une forme de magie, et nous avons la chance d’en avoir hérité.

Je suis aussi une enfant des années 90, une enfant de MTV. Être influencée par la scène internationale s’est donc fait très naturellement, dès mon plus jeune âge. Il m’a fallu de nombreuses années d’études musicales pour me sentir réellement libre de naviguer entre toutes ces influences et trouver ma propre voix ; mais cette recherche se poursuit, et me pousse sans cesse à me remettre en question.

 

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Photo : Claudia Ferri

Benzine : Dream Life donne à la fois une impression d’intimité et d’ouverture sur le monde. À quel moment as-tu compris que tu travaillais sur un véritable album plutôt que sur une simple collection de chansons ?

Marta : J’ai toujours du mal à faire suffisamment confiance à mes chansons pour croire qu’elles pourront coexister et former un véritable album. Cette fois-ci, la vision sonore et la direction de production étaient très claires, ce qui nous a permis d’assumer une écriture assez éclectique, quelque chose de très caractéristique chez moi. Travailler pour la seconde fois avec le producteur Bert Vliegen a été déterminant : c’est l’un des producteurs les plus bienveillants, ouverts et intelligents avec lesquels on puisse collaborer. Sa manière de se mettre au service de la musique, à mes côtés, est remarquable.

Benzine : Cet album est-il né d’une période précise de ta vie, ou plutôt d’une accumulation d’expériences au fil du temps ?

Marta : Il est profondément ancré dans les deux dernières années que j’ai vécues dans le monde occidental. L’escalade des tensions politiques et la brutalité des injustices sociales étaient impossibles à ignorer. Tout en restant fidèle à mon univers sonore et à mon inspiration, je n’ai pas pu m’empêcher d’écrire sur ces thèmes.

Benzine : Y a-t-il des artistes, écrivains ou cinéastes – pas nécessairement musiciens – qui ont influencé l’atmosphère ou la philosophie de cet album ?

Marta : Oui, absolument. L’album Saya de Saya Gray m’a encouragée à assumer pleinement mon éclectisme. Et la série Tales From The Loop, créée par Nathaniel Halpern, m’a profondément inspirée par son atmosphère à la fois mélancolique et onirique.

Benzine : Comment le processus de production a-t-il façonné l’identité finale du disque ? Y a-t-il eu des moments où le travail en studio a fait évoluer certaines chansons dans une direction inattendue ?

Marta : Travailler avec un producteur et des musiciens réserve toujours des surprises. Mais Dream Life est sans doute l’album pour lequel j’ai réalisé la préproduction la plus détaillée, en écrivant moi-même les lignes de basse, les riffs ou encore les arrangements de cuivres. J’ai la chance de collaborer avec des musiciens incroyables, capables d’apporter quelque chose de nouveau à ma vision. La chanson la plus surprenante pour moi reste Neon Lights : nous avons vraiment poussé les choses à l’extrême… et j’espère que ça a fonctionné ! (rires)

 

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Marta Del Grandi aux Balades Sonores – Photo : Laurence Buisson

Benzine : Maintenant que Dream Life est sorti, qu’aimerais-tu que les auditeurs en retiennent, émotionnellement ou intellectuellement ?

Marta : J’espère que l’album pourra alléger un peu le poids des temps difficiles, politiquement, que nous traversons. Il est important de se soucier du monde et d’essayer d’agir pour faire évoluer les choses, mais il est tout aussi essentiel de ne pas sombrer dans le désespoir.

 

Benzine : En tant qu’artiste indépendante aujourd’hui, qu’est-ce qui te semble le plus difficile : créer la musique elle-même ou lui trouver un espace pour être entendue ?

Marta : Écrire de la musique est la partie la plus gratifiante de ce métier, et je suis heureuse de pouvoir dire, après un long chemin, que cela ne m’effraie plus du tout : j’y prends énormément de plaisir. En revanche, c’est probablement l’une des périodes les plus difficiles pour être musicien professionnel : tourner et construire un public fidèle est devenu très compliqué. Je suis reconnaissante envers mon label Fire Records, qui croit en moi depuis le début et porte une vision à long terme de ma carrière.

Benzine : Quelle importance a la dimension live dans ta musique ? Tes chansons se transforment-elles sur scène ?

Marta : Oui. J’ai une formation jazz, et ce que j’en retiens avant tout, c’est une approche libre des arrangements et de l’interprétation. La tournée réinventera les morceaux pour qu’ils existent pleinement en live. Aucun concert ne sera jamais identique à un autre !

Benzine : C’est pour nous une excellente nouvelle, et nous serons au Pop Up! pour voir si tu tiens tes promesses ! (rires)

Propos recueillis par Eric Debarnot

Son dernier album :

Dream LifeMarta del GrandiDream Life
Label : Fire Records
Date de parution : 30 janvier 2026

 

 

 

 

 

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