[Live Review] Belle and Sebastian et Sofie Royer au Grand Rex (Paris) : impossible de se sentir sinistre !

Second jour de fête au Grand Rex pour les « vrais fans » et même les moins fans de Belle and Sebastian : on célébrait If You’re Feeling Sinister, et personne, non personne dans la salle n’a pu se sentir sinistre !

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Belle and Sebastian au Grand Rex – Photo : Eric Debarnot

Je connais pas mal de gens pour qui Belle and Sebastian est un groupe « essentiel » : ce que je veux dire par là, c’est que, alors qu’ils avaient plus ou moins vingt ans en 1996, la parution, coup sur coup, des deux OVNIs que furent Tiger Milk et If You’re Feeling Sinister définit largement leur amour de la musique pour le reste de leur existence. Pour tous ces gens-là, il était impensable de ne pas assister aux deux concerts consécutifs offerts (enfin, façon de parler, les places étant loin d’être données…) par les Ecossais au Grand Rex, puisque le premier incluait une interprétation intégrale de Tiger Milk, alors que If You’re Feeling Sinister était au cœur du second. Pour moi, qui ne suis pas un « vrai fan » du groupe, et a été surtout enchanté par le deuxième album – qui reste de l’avis général, trente ans après, le meilleur de leur carrière -, le samedi était la soirée à ne pas manquer.

2026 02 28 Sofie Royer Grand Rex (7)20h00 : la salle du Grand Rex est encore quasiment à moitié vide quand Sofie Royer entame son set de première partie. Sofie Royer est une artiste (musicienne et plasticienne) américaine, mais d’origine autrichienne et iranienne : d’un côté, on m’en a dit du bien, et, d’un autre, sa prestation de la veille n’a pas été appréciée par les « fans de Belle and Sebastian » qui m’ont débriefé de la soirée du vendredi.  Je suis donc là à l’écouter sans préjugés, ni favorables, ni défavorables. Le bilan de ces trente minutes, qui s’avéreront assez tièdes, sera à l’image des opinions que j’avais entendues : mitigées. Du côté positif, Sofie a une belle présence scénique, une belle voix, et propose une musique qui est tout sauf « élitiste » – ce qu’on aurait pu craindre de la part d’une « artiste » -, mais plutôt pop et pas dans le mauvais sens du terme : pour marquer son passage à Paris, elle reprendra par exemple une chanson de Lio, Sage comme une image. Du côté négatif, ses chansons manquent de caractère, ont un côté un peu passe-partout qui n’éveille pas particulièrement l’attention, tandis que le fait qu’elle est accompagnée par un « groupe de rock », et en particulier un batteur au style pachydermique, n’aide pas ces chansons, qui sont sans doute plus subtiles que la manière dont elles sont interprétées. Le son, comme toujours très moyen, du Grand Rex – avec cet effet de caisse de résonnance qu’on connaît bien et redoute – ne joue pas non plus en la faveur de Sofie. Bref, il faudra la revoir dans une plus petite salle et dans de meilleures conditions.

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21h00 : On attaque les choses sérieuses avec le « nonette » (pour le plaisir d’utiliser un mot inhabituel) qu’est aujourd’hui Belle and Sebastian, après une introduction vidéo un peu longue – vu son accent écossais à couper au couteau qui ne facilite pas la compréhension générale – de la jeune femme figurant sur la pochette de If You’re Feeling Sinister, racontant des anecdotes sur la création de l’album. The Stars of Track & Field et Seeing Other People servent d’échauffement, aussi bien du côté du groupe que du public (qui, remarquablement, n’est pas composé que de quinquagénaires, mais aussi de sexa… Non, je plaisante, mais aussi de gens bien plus jeunes). Il faut attendre Me and The Major pour que toute le monde se rencontre, et que le public Rex se lève en masse et se rue dans les rangées et devant la scène. A priori, on a battu le record de la veille ! On a été aidés aussi par l’absence de l’habituel service d’ordre bien lourd de la salle qui essaie de faire rasseoir le public…

2026 02 28 Belle and Sebastian Grand Rex (23)Les deux merveilles que sont Like Dylan in the Movies et surtout The Fox In The Snow passent crème… mais je ne peux pas ne pas remarquer que la fragilité, la timidité et l’inexpérience touchantes de l’album « original » ont été – et c’est logique – remplacée par un professionnalisme respectable de musiciens qui maîtrisent totalement leur sujet, du point de vue technique, et une belle assurance de la part d’un Stuart Murdoch, qui aime avant tout communiquer de manière généreuse et décomplexée avec son public. Bref, de mon côté, il est clair que je ne sentirai guère de magie ce soir, simplement du pur plaisir. Ce qui est loin d’être mal, convenons-en. La première partie de la soirée se clôt, au-delà du joli sommet d’énergie qu’aura constitué Get Me Away From Here, I’m Dying, par un amusant Judy and The Dream Horses, avec un Stuart portant un étonnant masque de cheval !

2026 02 28 Belle and Sebastian Grand Rex (29)Cinq courtes minutes de pause, et on est repartis avec la seconde partie de la soirée, une sélection de morceaux choisis par les fans : tout étant bien organisé, Stuart pourra régulièrement vérifier que les fans ayant demandé un titre sont bien dans la salle, ce qui est évidemment très sympathique pour mettre de l’ambiance. Finalement, même si nous aurons droit à un enchaînement de chansons impeccables, très plaisantes, peut-être que le souvenir le plus marquant de la soirée restera la pétulance de Murdoch dans son rôle de Monsieur Loyal : il sera ainsi l’un des rares musiciens que j’aurai vu (mais je ne suis pas un fidèle de la salle) utiliser la topographie singulière du Grand Rex pour chanter près de la mezzanine, à partir de l’une de ces curieuses « loges » perçant le mur de la salle !

2026 02 28 Belle and Sebastian Grand Rex (7)Evidemment, comme c’est inévitable avec ce genre d’exercice, chacun dans la salle se réjouira de la présence de certains de ses titres favoris et déplorera inévitablement l’absence d’autres, puisque, en trente ans d’existence, Belle and Sebastian ont quand même écrit un bon nombre de très grandes chansons ! Pour moi, je me délecterai avec Dog on Wheels, Piazza, New York Catcher, et l’entraînant et baroque Step Into My Office, Baby, trois joyaux que je chéris. On retrouve ensuite le rituel habituel des concerts du groupe avec l’envahissement de la scène organisé sur The Boy With The Arab Strap

Et puis il y a le rappel, original, de deux titres, enchaînant le raffiné et émouvant Lord Anthony – sur le harcèlement scolaire -, un titre que Neil Hannon pourrait interpréter, et une version ultra-discoïde de The Party Line, qui nous rappelle que Belle and Sebastian pourrait être un excellent – et joyeux – groupe pour nos soirées dansantes.

Bref, les « vrais fans » sortiront du Grand Rex avec des larmes d’émotion plein les yeux, ce qui était, quelque part, le but. Moi, je me sens plutôt joyeux, satisfait d’une soirée passée avec un groupe qui est, avant tout, généreux et sympathique.

Sofie Royer :
Belle and Sebastian :

Eric Debarnot

Belle and Sebastian et Sophie Royer au Grand Rex (Paris)
Production : Super !
Date : le samedi 28 février 2026

Leurs albums :

2026 02 28 Belle and Sebastian Grand Rex AlbumBelle and SebastianIf You’re Feeling Sinister
Label : Jeepster Recordings Ltd
Date de parution : 18 novembre 1996

 

 

 

 

 

2026 02 28 Sofie Royer Grand Rex AlbumSofie RoyerYoung-Girl Forever
Label : Stones Throw Records
Date de parution : 15 novembre 2024

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