[Disney+] « Wonder Man » : parodique et « méta » à la fois

Curieuse série TV d’essence méta, Wonder Man est une jolie preuve que Marvel tente de sortir de l’impasse, en ne se contentant plus de raconter des histoires de super-héros, mais en commençant à réfléchir à sa propre existence.

Wonder Man
© MARVEL 2026

Depuis quelques années, le MCU ressemble de plus en plus à une gigantesque machine industrielle tournant sur elle-même, en surchauffe, mais également à la dérive : séries, films, spin-offs, les super-héros semblent désormais produits à la chaîne, et le public de moins en moins intéressé. Soyons clairs, nous n’avions, nous non plus, guère envie de regarder une nouvelle série TV signée Marvel nous racontant les aventures d’un autre superhéros. La présence au générique de l’excellent acteur britannique Ben Kingsley était déjà surprenante en soit, mais la nouvelle que Wonder Man était en fait une comédie sur un acteur raté tentant d’être choisi par un studio hollywoodien pour jouer le rôle de sa vie, celui du superhéros Wonder Man, nous a convaincus de donner sa chance à la série d’Andrew Guest et Destin Daniel Cretton (On pouvait d’ailleurs ajouter le fait que Cretton, qui a déjà dirigé pour Marvel Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings, est un nouvel exemple de cinéaste venu du cinéma indépendant – connu pour Short Term 12 (2013) – se retrouvant à travailler pour Marvel).

Wonder Man affiche

Simon (Yahya Abdul-Mateen II, plutôt convaincant dans un rôle ambigu et complexe) est un adulte à problèmes, après avoir été un ado à problème, : il rêve de devenir acteur mais il se trouve systématiquement rejeté du fait de son comportement difficile. Il va trouver enfin la voie du succès en rencontrant Trevor Slattery (Kingsley, qui cabotine à mort, mais prend un plaisir tellement visible qu’on ne peut lui en vouloir), un acteur professionnel, qui va le coacher… et devenir son meilleur ami. Mais aussi bien Simon que Trevor cachent de bien sombres secrets… On n’en dira pas plus, car, bien que la série ne soit aucunement un thriller, il est très plaisant de se laisser guider, d’épisode en épisode, à travers la découverte du passé des deux hommes, un passé qu’ils tentent tous deux d’oublier pour atteindre leurs rêves.

Le fait que le rôle que Simon ambitionne de jouer à Hollywood, sous la direction d’un réalisateur prestigieux – Von Kovak, sorte de caricature de « l’auteur européen » vu par les Américains -, soit celui de Wonder Man, un super héros qui ne rentre pas dans les codes Marvel habituels, est évidemment au cœur de la réflexion « méta » proposée par la série : ce personnage de comic books a eu une trajectoire très particulière, puisque, outre un super-héros, il était aussi acteur et cascadeur à Hollywood, et représenté comme une figure plutôt tragique et introspective, faisant directement écho au parcours « dans la vie réelle » de Simon. Narcissiques, fragiles, en quête de reconnaissance, Wonder Man et Simon sont tous deux une critique du besoin de célébrité, comme du star-system au cœur de l’illusion hollywoodienne (Ce « W » de l’affiche – très belle, très réussie – de la série, qui est à la fois l’initiale de Wonder Man et l’une des lettres de « l’enseigne Hollywood » surplombant Los Angeles).

Quand on voit – et qu’on rit devant – les mésaventures de Simon et Trevor soumis aux aléas de la course d’obstacles à la célébrité, qui constituent clairement la partie la plus passionnante de la série, il est difficile de ne pas songer à The Player, le célèbre film de Robert Altman, qui traite de sujets similaires : le cynisme de l’industrie cinématographique, la fabrication artificielle de la fiction, l’ego démesuré de tout ce petit monde… Mais pourquoi ne pas ajouter encore un « tour de vis » à cette approche « méta », et ne pas imaginer que, au delà de Hollywood, la série ne traite pas également de la propre histoire du MCU, qui est devenu, avec ses succès et ses échecs colossaux, une sorte de « nouvel Hollywood » pour le XXIe siècle ?

Wonder Man est donc non seulement un divertissement plaisant, mais c’est aussi un objet sériel fascinant, qu’on était loin d’attendre de la part des Studios Marvel.

Eric Debarnot

Wonder Man
Série TV US de Andrew Guest et Destin Daniel Cretton
Avec : Yahya Abdul-Mateen II, Ben Kingsley, Arian Moayed, Zlatko Buric…
Genre : comedie, aventure
8 episodes de 30 minutes mis en ligne (Disney+) le 27 janvier 2026

 

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