Brigitte Calls Me Baby – Irreversible… et irrésistible

Entre nostalgie et revisite intelligente, Brigitte Calls Me Baby nous propose un road trip en Delorean sur les routes d’une indie pop toute aussi élégante et efficace que celle de leurs illustres aïeux.

Brigitte Calls Me Baby
Brigitte Calls Me Baby © Scarlet Page/ATO

Au-delà des goûts prononcés des Américains de Brigitte Calls Me Baby pour la pop des années 80 et pour les actrices françaises iconiques, ces derniers choisissent de faire leur come-back sur nos platines dans la foulée d’un autre retour très marquant, celui d’un de leurs modèles assumés, Morrissey. Ceci étant dit, le groupe ayant l’an passé assuré ses premières parties (fait rare pour ce dernier que de partager la scène avec un véritable groupe, habitué à offrir des séances jukebox à base de scopitones), cela tend beaucoup de perches à celles et ceux qui cherchent inévitablement à transformer Wes Leavins en réincarnation d’un Morrissey d’une époque maintenant révolue.

cover Brigitte Calls Me Baby - IrreversibleNous ne discuterons donc pas l’influence The Smiths véritablement assumée, et la raison en est simple : le registre que nous propose Brigitte Calls Me Baby est pratiqué de main de maître, toutes les sensations qu’ont connues les jeunes générations en ce début des années 80 quand elles découvrirent les plumes inspirées et le rock lui-même influencé des années 60 des Smiths ou d’Echo & The Bunnymen, pour ne citer qu’eux, étant aujourd’hui présentes à leur écoute.

Le groupe, basé à Chicago, nous revient avec son second album, Irreversible. Onze morceaux qui empruntent beaucoup de codes à cette décennie, mais sans jamais la singer bêtement. Passé la première écoute qui va faire tomber de leur chaise les plus « anciens » d’entre nous, on se laisse très facilement prendre par le chant ensorcelant de Wes, les guitares racées aux riffs impeccables dans cette ambiance cotonneuse, avec basse entêtante et multitudes de nappes de claviers, qui plonge l’auditeur dans un monde qui se situe à des années lumières des carcans post punk qui continuent de dominer actuellement chez les groupes de cette même génération.

Les morceaux les plus bluffant sont évidemment les plus lents : fan invétéré comme l’étaient ses modèles, on sent les bienfaits pour Wes de s’être nourri des véritables crooners d’antan. Un morceau tel I Can’t Have You All To Myself est une petite pépite intemporelle : le chanteur de charme s’y exprime en force, et c’est un genre qui a toujours existé, toute décennie confondue. Le timbre profond et la petite mélodie presque cheap du refrain, avec cette couche généreuse de trémolos au clavier remportent le pari fou de ne pas tomber dans la parodie, ce qui dans un tel contexte paraissait inévitable. Send Those Memories qui clôture l’album, plus légère au niveau des claviers, mais qui réussit à faire larmoyer ses guitares, représente « la » chanson d’amour parfaite, et une fois encore, permet à Leavins de nous faire une démonstration de sa grande maitrise vocale.

Les singles les plus dynamiques permettent de rappeler que ces musiciens sont bien le fruit de ce début de XXIe siècle. On retrouve dans des morceaux comme Slumber Party ou I Can’t Take The Sun Out Of The Sky la fougue encore un brin juvénile de formations telles Inhaler ou Blossoms. Se rapprochant alors d’un style plus pop rock, destiné à des publics moins aguerris à l’indie pop des 80s, Brigitte Calls Me Baby ont bien compris tout l’intérêt de plaire à leurs contemporains.

Les titres sont tous construits autour du chant de Wes Leavins, et c’est peut-être ce que l’on pourrait reprocher à l’album. Musicalement parlant, on y trouve peu de variations et même si le résultat est rondement mené, le disque aurait gagné à sortir du cadre « ritournelle », parfois un peu simpliste que l’on trouve sur une bonne majorité des morceaux. Et pourtant, quel que soit notre âge, nous nous laissons envoûter par cette voix qui nous redonne foi en l’être humain. Est-il possible de chanter aussi bien et d’être une mauvaise personne ? En voilà une question qui peut faire écho aux interrogations que l’on se poserait, surtout à propos de celui qui semble avoir nourri l’identité vocale et musicale de Brigitte Calls Me Baby. Car cette formation, qui se met en avant avec des looks de garçons coiffeurs, vêtus de tenues sombres et la mine toujours pensante, pour ne pas dire torturée, devient en elle-même un personnage, décriée comme pantomime par les uns, déjà hissé sur un piédestal par les autres.

Le résultat de cet Irreversible est un album d’indie pop « façon 80s » magistralement orchestré, et lorsque l’on a aimé le contrepied pris au tout début de cette décennie-là par des groupes comme The Cure, The Smiths ou And Also The Trees (pour les plus pointilleux), qui eux même s’étaient nourris du punk et du classic rock qui les ont précédés, quel mal peut-on trouver à perpétrer ce style, qualifié comme majeur dans l’histoire du rock moderne ?

Pour confirmer notre enthousiasme, rendez-vous nous est donné en France à Paris le 31 mars prochain au Trabendo et à Nîmes dans le cadre du festival This Is Not A Love Song le 5 juin.

Laetitia Mavrel

Brigitte Calls Me Baby – Irreversible
Label : ATO Records / PIAS
Date de parution : 13 mars 2026

 

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