Jolie soirée aux couleurs de l’Irlande (mais aussi de la Bretagne et de l’Ouest de la France) hier au Café de la Danse, avec les trop méconnus The Celtic Social Club, et leur invitée LARAbEL. Du pur plaisir…

La musique celte n’a pas forcément bonne presse auprès du public Rock actuel, qui associe facilement ses rythmes et sonorités aux « clubs de danse celtique » qui prolifèrent outre-Manche, mais ont également du succès en France. Nous, qui sommes d’une autre génération, nous souvenons en revanche avec beaucoup de tendresse des incroyables concerts donnés par les Pogues dans les années de gloire de Shane MacGowan. Dans les deux cas, cela n’aide pas The Celtic Social Club, groupe franco-irlandais formé en 2014, pour donner suite à un premier concert organisé au Festival des Vieilles Charrues : car il ne s’agit pour eux ni de faire danser les couples vieillissants à la recherche d’une distraction, ni de jouer de la musique celte comme le faisaient les punks du début des années 80. Entre ces deux « extrêmes », ils ont trouvé une place, assez unique, mais qui semble peiner à convaincre… puisque le Café de la Danse ne sera pas sold out pour leur passage annuel à Paris, plus ou moins à l’occasion de la Saint Patrick (le 17 mars, cette année). Pourtant, voilà un groupe qui a des arguments forts, en live, pour convaincre les réticents.
20h15 : la soirée démarre avec une invitée, et amie du groupe et en particulier de son chanteur, Taylor : elle s’appelle LARAbEL, vient de Dublin, mais est originaire du comté de Donegal, dans le nord de l’Irlande, une région où elle nous explique que la langue gaélique est toujours vivace. La musique qu’elle nous interprète, seule avec sa très belle voix, et deux guitares acoustiques empruntées à Taylor, n’est pas pour autant d’essence folklorique (et Féileacán, « papillon » en gaélique, sera le seul titre où nous repérerons l’usage d’une autre langue que l’anglais) : on a plutôt affaire à un indie folk / indie rock contemplatif, plein d’émotions intimes, et de réflexions personnelles sur l’existence et les sentiments. Le titre le plus fort ce soir sera Pigeon Song, que le public chantera (timidement) avec LARAbEL. Le dernier morceau interprété, Degeneration Nation, pas encore sorti, montre une approche moins intimiste, et des interrogations pertinentes sur le monde. On aimerait la revoir sur scène en format « groupe », comme sur son dernier EP, Squiggle…
20h55 : C’est sur Imbolc, un instrumental atmosphérique extrait de leur nouvel album, You Should Know, que les sept musiciens de The Celtic Social Club s’installent sur la scène du Café de la Danse. A l’arrière-plan, Pierre et Céline, les deux violonistes, sur une estrade, Mathieu avec son washboard sur une autre, et Manu, le batteur mais aussi directeur artistique du groupe, derrière ses fûts. Au premier plan, Goulven – guitariste rock par excellence, tout de noir vêtu, aux poses spectaculaires -, le chanteur – et seul Irlandais de la bande – Taylor, au micro et aux guitares acoustiques, et Richard, toujours souriant, à la basse. Les lumières sont très belles – une rareté, désormais, merci au Café de la Danse –, le son excellent, et on est partis pour une heure quinze minutes de pur plaisir !
Le set débute avec une belle ardeur sur les deux premiers titres du nouvel album, You Should Know (assez irrésistible) et Love Is a Madness, dans un ordre inversé. Très vite, on comprendra le principe de la setlist de ce soir : il s’agit d’interpréter la totalité de l’album dans l’ordre (mis à part cette exception initiale), avec des interruptions consacrées à des titres « classiques » du répertoire du groupe… Des titres qui seront d’ailleurs les morceaux les plus « traditionnellement folkloriques » de la soirée, comme la gigue funèbre mais joyeuse de Pauper’s Funeral (peut-être le moment qui rappellera le plus les Pogues) ou l’instrumental It’s Morning John. L’occasion de se rendre compte de visu que l’orientation actuelle du groupe est plus indie rock/folk finalement que pure musique celtique. Ce qui nous garantit une belle palette d’atmosphères variées, et par là même un set qui ne sera pas ennuyeux une minute, même si on se dit parfois que le groupe manque un peu de « grands morceaux incontournables ». Sur scène, il y a perpétuellement du mouvement, de l’enthousiasme, de la passion (et même un peu d’ironie bienvenue de la part de Taylor), et le public suit sans retenue.
On appréciera particulièrement l’hommage à ce cher Joe, Remember Joe Strummer, et ses légers échos reggae, et un For Real presque britpop avec son énergie mélodique. La conclusion de Winter’s Nearly Done, avec son beau crescendo émotionnel, montrera que le groupe en a sous la pédale, et peut évoluer vers un rock plus « classique », avant que l’esprit de la fête ne reprenne ses droits avec le traditionnel Rose In The Heather, qui donne le signal de la fin de la soirée, et l’autorisation aux buveurs de bière, forcément nombreux, d’aller rejoindre le bar. Car la musique celte, ça donne soif.
Une belle soirée de concert, sans prise de tête, où des gens qui aiment ça ont joué du Rock qui n’oublie pas ses racines, en y prenant un plaisir visible. Que demander de plus ?
LARAbEL : ![]()
The Celtic Social Club : ![]()
Eric Debarnot
The Celtic Social Club et LARAbEL au Café de la Danse
Production : Keltik Live
Date : le jeudi 12 mars 2026
Leur derniers disques :
LARAbEL – Squiggle
Label : Beo Records
Date de parution : 7 août 2025
The Celtic Social Club – You Should Know
Label : Aztec Music / PIAS
Date de parution : 24 octobre 2025
