« Pavement Crooked Rain Crooked Rain » par Laurent Queyssi : Une offrande pour les fans d’indie-rock

Un petit livre totalement dédié au fantastique deuxième album de Pavement, c’est la garantie de passer un bon moment. Et de comprendre pourquoi ce disque bricolé reste 30 ans après sa sortie un fleuron et un symbole du rock indépendant des années 90.

Pavement Grand Rex Malkmus
Pavement au Grand Rex – Photo : Cédric Rizzo

Nous vous avions dit il y a peu tout le bien qu’il fallait penser de la collection Discogonie à travers une critique sur le livre consacré au premier album du Velvet Underground. La collection s’est agrandie depuis avec le Marquee Moon de Television et nous avions eu droit auparavant au Closer de Joy Division ou The Idiot. Soient 4 chefs d’œuvres intemporels qui ont marqué des générations de fans de rock et au delà. Comment situer le Crooked Rain, Crooked Rain de Pavement parmi ces sorties, alors que vient de sortir le livre de Laurent Queyssi ? Pour la majorité du public adepte du classic rock, évidemment en dessous de ces monuments. Mais pour les nombreux adeptes de l’indie rock des années 90’s, Pavement restera l’un des groupes majeurs et sa présence dans cette collection est plus que méritée. Nous ne lancerons pas ici le débat de savoir si ce deuxième album est le meilleur du groupe : On peut lui préférer Slanted And Enchanted qui l’a précédé, ou le coté foutraque de Wozee Zowee qui a suivi, le fait est que Crooked Rain, Crooked Rain est celui qui aurait pu les amener vers un succès massif qu’ils ont manifestement refusé. C’est aussi un des disques que j’ai les plus écoutés, et qui est encore régulièrement sur la platine plus de 30 ans après sa sortie. Le disque doudou ultime que l’on ressort quand on a un peu de blues. La lecture du livre fait remonter beaucoup de souvenirs, depuis la présence de Range Life sur la compilation de trucs cools que j’ai adressée à ma future femme pour lui montrer que j’avais des goûts sympa, le blind test de Bernard Lenoir qui avait tenté de nous les faire deviner en passant le jazzy 5-4 Unity (J’avoue que je n’avais pas trouvé) ou les larmes de joie avec l’interprétation de Gold Soundz à l’Elysée Montmartre pour le festival Big Cat en juin 1994, le jour où j’ai eu la révélation que ce gang de slackers serait un groupe pour la vie (Lien pour les accros :   Lotion – Crowsdell – Blumfeld – Mercury Rev – Pavement, Festival Bigcat, Elysée Montmartre, 19950614 : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive )

Pavement Crooked Rain Crooked RainAprès avoir rappelé le contexte d’enregistrement de l’album, marqué notamment par la sortie de batteur Gary Young devenu par trop ingérable, Laurent Queyssi s’attarde sur cette pochette faite de collages qui ont donné lieu à beaucoup d’interprétations et de questionnements (Pourquoi écrire Silence Kit au lieu de Silence Kid, c’est quoi cet aigle au verso ?). Il n’y a à priori pas de sens à chercher, et de fait on s’en doutait un peu, elle témoigne surtout d’un état d’esprit indépendant qu’on retrouve évidemment dans leur musique.

En ce qui concerne l’analyse des chansons, Laurent Queyssi ne peut bien entendu pas s’appuyer sur beaucoup d’anecdotes sur l’enregistrement en lui-même. Le groupe vit bien mieux et plus sainement que le Velvet Underground, et il y a peu de conflits à reporter. Le livre va donc se concentrer sur les compositions, revenir sur les accords en la majeur caractéristiques du son du groupe et développer l’analyse des titres les plus emblématiques. Nous sommes pour notre part aller directement aux pages sur Range Life, le célèbre morceau sur lequel Stephen Malkmus égratigne ses pairs Stone Temple Pilots et surtout Smashing Pumpkins. Que lui est-il donc passé par la tête ? La vive réaction de Billy Corgan était t-elle justifiée ? Ne déflorons rien et laissons le lecteur aller lire ce passage, mais il est possible de faire un lien avec Unfair et la rivalité revendiquée entre la Californie de Nord où le groupe réside et celle du Sud et des paillettes. Malkmus peut être cryptique, il l’est régulièrement sur ce disque, mais ce qui ressort souvent de ses textes est sa soif d’authenticité qui explique également bien entendu la trajectoire du groupe, ainsi que les limites mises par nature à son succès massif.

Nous allons apprendre également en quoi Stop Breathin est en partie une chanson sur le tennis (Là, j’étais passé complètement à côté malgré les centaines d’écoutes !) et une tentative d’explication de l’intro bizarre de l’album de Silence Kid : Son interprétation possible par le passage entre la folie de l’époque Gary Young et le nouveau Pavement est très savoureuse. Nous aurons aussi la confirmation que nous ne sommes pas les seuls à penser que Hit The Plane Down n’est pas le morceau le plus sympa du disque et que cela l’empêche d’avoir ses 5 étoiles haut la main pour certains.

Tout ceci pour dire que le livre est peut-être plus destiné aux fans du groupe que d’autres titres de la collection qui ont une vocation plus large, mais que pour ces mordus, il s’avère être totalement indispensable.

Laurent Fegly

Pavement Crooked Rain Crooked Rain
Essai de Laurent Queyssi
Editeur : Densité
80 pages – 12,90€
Parution : 12 février 2026

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