Entre quête des origines et fantômes de l’Histoire, László Nemes plonge un adolescent dans le Budapest post-insurrection. Un film dense et virtuose, malgré quelques longueurs.

Cruelle destinée que celle du cinéaste hongrois László Nemes : le choc de son premier film Le Fils de Saul (2015) semblait le destiner à une carrière prestigieuse, alors que ses films sortent pour le moment dans une relative indifférence. Le réalisateur n’a pourtant rien perdu de son talent, notamment associé au travail du chef opérateur Mátyás Erdély, et sa virtuosité est restée vivace sur Sunset tout comme sur ce nouvel opus, qui suit le récit initiatique d’un jeune garçon dans le Budapest de 1957 où la révolte contre les soviétique a été contenue. Le contexte, toujours aussi dense sur le plan de l’Histoire, génère une quête des origines dans une destinée abîmée par le nazisme passé et étouffée par le communisme contemporain.
Nemes, c’est vrai, ne semble pas tirer de leçon sur ce qui avait pu rebuter dans Sunset : un certain goût pour la redondance et une longueur (2h15) qui n’est pas forcément justifiée. Le récit patine par instants, et les échanges violents d’Andor avec sa mère ou son beau père peuvent un peu lasser, parce qu’ils n’avancent pas dans ce qu’ils cherchent à démontrer, d’autant que les adultes s’échinent à rester mystérieux face à ses questions sans qu’on comprenne véritablement pourquoi. De la même manière, certains ressorts scénaristiques, dont un fusil de Tchékhov un peu trop insistant, viennent empeser une trajectoire qui n’en demandait pas tant.
Mais ce serait faire injustice au cinéaste que de s’arrêter sur ces scories. La vigueur de sa mise en scène alliée au travail de reconstitution construit un parcours assez fascinant, où les personnages doivent chercher qui ils sont dans une ville en ruine, gangrenée par la surveillance des autorités. L’échappée initiale promise par le cinéma n’est qu’un leurre : il faudra se confronter au réel, et descendre dans les entrailles de la cité pour tenter de revenir aux sources du mal, jusqu’à un final d’une belle ambivalence où la possibilité d’un retour à l’enfance (la fête foraine, toute en lumières) se fait par le leurre (un lieu désert, ouvert à la faveur de connivences un peu douteuses) et une confrontation (avec Gadebois, très impressionnant) qui pourra mener à la reconnaissance ou au renoncement.
De quoi saluer le parcours d’un artiste qui creuse avec conviction son sillon, et dont on attend le prochain film avec impatience, puisqu’il s’agira d’un biopic français consacré à Jean Moulin avec Gilles Lellouche, possible ébauche d’une évolution, voire d’une reconnaissance un peu plus ample de son talent.
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Sergent Pepper
