[Essai] « La Rom-com à tout prix » : quelle comédie romantique en 2026 ?

Longtemps moquée pour ses clichés et son académisme, la comédie romantique est en quête de renouveau, à l’heure où nos vies sentimentales se redéfinissent en profondeur. En s’intéressant à une nouvelle génération de cinéastes français, La Rom-com à tout prix pose une question stimulante, sans toujours parvenir à y répondre pleinement : que peut encore raconter la rom com en 2026 ?

Rom Com Image MEA
Mary à tout prix – © 1998 Twentieth Century Fox Film Corporation

Longtemps reléguée au rang de plaisir coupable, voire de « cinéma pour les filles » à l’époque où c’était un défaut, la comédie romantique, depuis renommée « rom com”, traîne derrière elle une réputation de cinéma paresseux, formaté, interchangeable, presque de caricature d’un certain cinéma hollywoodien pour les « boomers » : désormais dépassée, basée sur un cahier des charges que les années 90, période du triomphe populaire du genre, ont contribué à fixer, puis à ringardiser, elle ne semble plus faire rêver, et a peu à peu déserté la liste des grands succès populaires de l’année. Pourtant, même si on se moque ou si on critique le « genre », on adore tous au moins UNE comédie romantique : l’une des merveilles réalisées à l’époque des « screwball comedies » des années 30 si l’on est un cinéphile « classique » (L’impossible Monsieur Bébé ?), une histoire romantique pleine d’humour british et avec le jeune Hugh Grant si l’on est anglophile (Quatre mariages et un enterrement ?), un délire loufoque lorsqu’une nouvelle vague US a dynamité ces fameux codes si l’on a l’esprit potache (Mary à tout prix ?), voire une déclinaison « arty » pour les cinéphiles « modernes » (Lost in Translation ?)…

Couv-La-Rom-com-a-tout-prix

Le postulat qui est au cœur de La Rom-com à tout prix, le nouvel essai de la collection « Face B », un an après leur passionnant Un genre à soi (sur le cinéma de genre) c’est que, surprise, surprise, « en France, une vague de jeunes cinéastes s’empare de la rom-com« . Sandra Onana a composé la partie réflexive et « théorique » ouvrant comme toujours brillamment  l’ouvrage, tandis que Lucas Aubry et Quentin Mével ont conduit les interviews des réalisateurs qui suivent, le trio ayant identifié sept films français, sortis plus ou moins récemment, susceptibles d’être étiquetés, au moins partiellement (puisque le mélange de genres est l’une des grandes caractéristiques du cinéma actuel), comme des rom-coms : Le beau rôle de Victor Rodenbach, L’amour c’est surcoté de Mourad Winter, Partir un jour d’Amélie Bonnin, Des preuves d’amour d’Alice Douard, L’âme idéale d’Alice Vial, Baise-en-ville de Martin Jauvat, et La poupée de Sophie Beaulieu… Sept films finalement assez singuliers, puisque, pour la plupart, ils n’ont pas le profil du « film d’auteur » tel que défini depuis la Nouvelle Vague, mais ne rentrent pas non plus dans les schémas de la « comédie populaire » bien de chez nous.

La limite de l’approche des auteurs (un problème qui ne se posait pas avec l’ouvrage précédent), c’est que la « rom com » n’est, pour aucun d’entre eux, le genre ouvertement « déclaré » de leur film… à moins de le faire rentrer littéralement « au chausse-pied » dans la définition de ce genre. Et que, du coup, au cours des interviews, on parle relativement peu ici de « l’actualisation » de la rom com : on a envie de comprendre ce que de jeunes auteurs pensent de la manière dont, à l’époque du « swipe à droite », du « ghosting », du « situationship », du « micro-cheating », le cinéma pourrait relever le défi de raconter des vies sentimentales devenues beaucoup plus floues, de filmer de « grandes histoires d’amour » alors que l’amour se consomme souvent en 2026 par intermittence.

D’où une petite déception en refermant ce livre, qui reste néanmoins passionnant de la première à la dernière page, celle de n’avoir réellement qu’effleuré le grand sujet qu’on espérait, nous lecteurs / cinéphiles, voir abordé ici : à mesure que nos vies sentimentales deviennent plus floues, comment éviter que la comédie romantique, ne reste pas figée dans ses schémas d’un autre âge, perdant sa pertinence et donc, logiquement, sa popularité ?

Peut-être que l’une des leçons les plus cruelles que l’on peut tirer de ce livre, c’est que ce n’est pas le cinéma français qui est le plus à même d’apporter des réponses à cette question…

Eric Debarnot

La Rom-com à tout prix
Essai / Entretiens de Sandra Onana, Lucas Aubry et Quentin Mével
Editeur : Playlist Society – Collection : Face B
128 pages – 12 €
Date de publication : 12 mars 2026

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.