Quentin Rigaud et Élodie Portela Vidal mêlent un futur postapocalyptique et des chimères fantastiques à une réflexion, dérangeante, sur la forme que pourrait prendre une obsolescence humaine.

Sur un Terre alternative, qui nous projette dans ce qui pourrait être la fin du Moyen Âge, après la chute d’une comète, notre monde s’est effondré, la nature s’est déréglée. De gigantesques chimères, animales ou végétales, sont apparues, écrasant les rares humains survivants, qui ont trouvé refuge, en petites communautés, dans des grottes.
Certaines rescapées ont développé des pouvoirs surnaturels. Elles animent des armures métalliques, seules capables de les protéger des monstres. Il faut trois femmes – « un cœur pour la faire bouger, un sang pour nous défendre et une peau pour la fortifier » – pour animer chacun de ces titans de fer. Ces armures semblent tirées du Réveil de Toar de Will et Rosy, un vieil album de Tif et Tondu, la ressemblance ne va pas plus loin.
Lassées de fuir et surmontant leurs appréhensions, trois mutantes et un jeune éclaireur se décident à rejoindre le point d’impact de la comète afin de tenter de comprendre, sur place, le fonctionnement de ces mutations. Si la plus âgée des héroïnes, la seule à s’en souvenir, regrette la vie d’entant, elle ne pleure pas son ancien statut de femmes soumises, pas que les inégalités sociales et les interdits.
L’album surprend par ses choix artistiques. Les auteurs, Quentin Rigaud et Élodie Portela Vidal, se sont partagés le scénario et le dessin. Le premier dessine les personnages et les structures humaines, la seconde peint les altérations de la nature et de la faune. Par de très belles séquences muettes et des couleurs irréelles, elle parvient à créer un monde de chimères troublant, évanescent, presque hypnotique. Plus nous approchons des restes de la comète, plus nous perdons pied…
Nos quatre héros pénètrent dans un monde enchanté, apparemment hostile, mais objectivement non humain. Tels les Stalkers de Pique-nique au bord du chemin des frères Strougatski, ou, plus récemment, les personnages du très bel album Anzuelo d’Emma Rios, l’humanité est confrontée à de nouvelles limites, qui se révèlent, à nos esprits, incompréhensibles. L’orgueil humain en prend un coup. Si la fin était prévisible, avouons qu’elle ne répond guère à nos questions. Le mystère demeure. L’homme est-il frappé d’obsolescence ?

Stéphane de Boysson
Le Tombeau de la comète
Scénario et dessin : Quentin Rigaud et Élodie Portela Vidal
Éditeur : Dargaud
Collection : Combo
216 pages – 21,50 €
Parution : 9 janvier 2026
Le Tombeau de la comète — Extrait :

