Ni récit fantastique traditionnel, ni bande dessinée narrative : Le chemin derrière la maison est une traversée onirique où chaque image agit comme une porte ouverte sur l’imaginaire et les mythes enfouis.

Quand on ouvre Le chemin derrière la maison, cette silhouette fantomatique et disproportionnée – dominant une maison minuscule engloutie dans une nature géante – nous prépare à entrer dans un univers fantastique. Peut-être à nous délecter de lugubres contes et légendes, comme ceux qui bercèrent l’enfance des plus « vieux » d’entre nous, de ces histoires mythiques peuplées de créatures que l’on dit surnaturelles, mais qui sont en fait l’expression la plus profonde de « Dame Nature »…

Mais ce que nous offre Jérémie Gasparutto dans ce grand (format 25 cm x 34 cm) et très beau livre, ce n’est pas tout à fait ça. Enfin, c’est quand même plutôt ça, tout en étant à la fois beaucoup moins et beaucoup plus.
Beaucoup moins parce qu’il n’y a pas ici d' »histoires » traditionnelles, à proprement parler : juste des chapitres distincts, qui n’ont à première vue pas grand-chose à voir les uns avec les autres, et dans chaque chapitre pas de narration véritable, sinon celle, intuitive, que les images font naître dans notre imagination (puisque la partie « logique » de notre cerveau cherche un sens, que l’on sent « devoir exister » dans un « format BD »).
Beaucoup plus, parce que, si le lecteur accepte de jouer le jeu que propose Gasparutto, il est facile de se laisser emporter, engloutir même parfois, voire « dissoudre » dans cet univers où l’être humain est confronté à des mutations impensables de la réalité naturelle, puis de son propre corps. Chaque image est forte, fait naître une multitude de sensations presque physiques, mais aussi de sentiments puissants : ce que l’on voit peut séduire, amuser, exciter, surprendre, effrayer, dégoûter même.
Le chemin derrière la maison relève de l’hallucination individuelle, du cheminement personnel dans un univers mental, tantôt apaisant, tantôt traumatisant. C’est une confrontation – allant de l’intime à l’épique – avec des mythes que Gasparutto anime pour nous, qu’il réinvente, sans pourtant perdre dans le processus leur vérité existentielle, leurs fondations culturelles.
Certaines pages sont très belles, d’autres un peu moins, car la surcharge et la complexité excessive menacent parfois l’équilibre esthétique du livre, comme l’accumulation de sens et de symboles trop lourde pour une lecture intégrale du livre en une seule fois. Il vaut mieux le déguster, « un rêve à la fois », et de ne rechercher un sens « supérieur » qu’une fois la dernière page tournée, le dernier rêve (ou cauchemar) vécu.
Tentez l’expérience, et partez dans ce voyage inhabituel.
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Eric Debarnot
Le chemin derrière la maison
Scénario, dessins et couleurs : Jérémie Gasparutto
Editeur : Rue de Sèvres – Label 619
148 pages – 27,90 €
Date de parution : le 21 janvier 2026
Le chemin derrière la maison — Extrait :

