On n’attendait pas vraiment une suite aux Gouttes de Dieu, et encore moins une saison qui choisisse de tourner le dos à son principe fondateur. En troquant la compétition pour l’introspection, la série gagne un peu en profondeur… mais perd beaucoup en intensité.

On n’imaginait pas voir un jour une seconde saison des Gouttes de Dieu, mais on comprend bien que la bonne réception de la mini série inspirée du célèbre manga de Tadashi Agi et Shu Okimoto pouvait justifier de poursuivre l’aventure : à partir des bases déjà posées – l’héritage toxique d’un père œnologue « star », et la manière dont ses deux enfants, mis en compétition, ont géré cet héritage et l’ont intégré, ou pas, à leur trajectoire professionnelle et personnelle -, il s’agit cette fois de lancer Camille et Issei sur la piste d’un vin exceptionnel mais mystérieux. Si l’énigme est résolue assez rapidement par nos deux fins limiers grâce à leurs talents bien sûr exceptionnels d’œnologues (l’héritage génétique de papa ?), les conséquences de cette enquête seront désastreuses pour l’un comme l’autre…

Bien entendu, le passage d’un « duel » entre Camille et Issei – le « mécanisme » imaginé dans le manga qui est le ressort narratif de la première saison – à une sorte de dérive introspective de chacun d’eux modifie assez profondément la nature de la série. Camille, en partant littéralement en guerre pour retrouver ce fameux vin que leur père les a défiés de découvrir (puis de faire connaître au monde), doit se poser des questions existentielles sur sa relation avec Thomas et l’importance réelle que revêt le projet Chassangres pour elle, tandis qu’Issei affronte un traumatisme de son enfance et essaie de comprendre le manque d’affection que lui témoigne sa mère.
C’est là un vrai pari que fait le showrunner Quoc Dang Tran, puisqu’on ne parle plus de « jeu », d’affrontement entre frère et sœur, mais surtout d’introspection, c’est un changement de nature de la série, ainsi qu’un changement de rythme et de niveau de tension. Et il faut bien reconnaître que cette seconde saison manque parfois d’élan, sinon d’intérêt, et que les montées en puissance sont relativement peu nombreuses : les moments forts de ces huit nouveaux épisodes se concentrent autour de « l’affrontement » entre Camille et Davit en Géorgie, et les retournements de situation dans leurs rapports de force. Et puis il y a surtout l’épisode 7 – le meilleur de la saison -, celui du concours vinicole, avec un joli titre, Pyrrhus, qui spoile quand même son issue… Pour le reste, le téléspectateur pourra trouver que les problèmes d’Issei avec la plongée sous-marine et avec sa mère sont peu excitants, et que Camille n’est peut-être pas un personnage assez aimable (ce qui constitue d’ailleurs l’un des aspects les plus intéressants de la série), pour qu’on s’attriste des épreuves qu’elle doit traverser.
Il ne reste donc souvent qu’à admirer l’esthétique soignée de la série, son ambition thématique (on reste très éloignés du tout-venant de la série TV actuelle), et l’indiscutable solidité de l’interprétation… mais en se demandant si cela suffit encore à en faire une « grande série ». La réponse à cette question déterminera probablement s’il y aura une troisième saison, après un dernier épisode laissant beaucoup de choses en suspens.
![]()
Eric Debarnot
