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Avec Buzzcocks 1976-1981 – Une Brève Eternité, Nicolas Sauvage raconte avec une précision d’orfèvre la première vie des Buzzcocks, celle où le groupe fut décisif pour le Rock anglais en plein Punk.

Les Buzzcocks au Festival Cropredy, le 13 août 2009. Source : Wikimedia Creative Commons.

Avec Buzzcocks 1976-1981 – Une Brève Eternité, Nicolas Sauvage choisit de se focaliser sur la première vie du groupe, celle qui l’établit parmi les figures majeures du Rock anglais de la fin des années 1970. Il est précédé (outre la préface de Steve Diggle) d’une préface de Matthieu Grunfeld valant pour deux raisons. La première, c’est la description d’un moment essentiel pour beaucoup d’amateurs/amatrices de Rock : celui de la rencontre avec un groupe/un ou une artiste au bon endroit, au bon moment, celui où il est susceptible de parler drectement à son auditeur/auditrice.

L’autre, c’est le parallèle immédiatement dressé par le préfacier avec sa rencontre avec les Smiths. Un parallèle semblant annoncer un des angles d’attaque de Sauvage, celui du lien entre ces deux groupes majeurs. Deux groupes dits mancuniens, quand bien même Sauvage rappelle que les Buzzcocks sont en fait de Bolton, à 15 kilomètres de la ville de Joy Division. Morrissey a repris sur scène You say you don’t love me. John Maher a pris le nom de scène de Johnny Marr pour éviter l’homonymie avec le batteur des Buzzcocks. Le même Marr évoque le groupe comme une inspiration de l’éthique artistique des Smiths. Linder Sterling, artiste amie de Morrissey, a de son côté fourni le collage de la pochette du génial single Orgasm Addict.

On pourrait ajouter l’adoration avouée d’un Mike Joyce finissant par occuper la batterie du groupe lors de la reformation. Sauvage évoque bien sûr comme lien le brouillage des identités de sexe et la manière de narrer les souffrances adolescentes, l’écart entre les rêves et les désillusion du réel (la chanson Real World) irrguant les deux oeuvres.

Justement, si pour Mike Joyce un groupe est une île, ce n’est certainement pas le cas pour Sauvage. Un groupe existe forcément au milieu d’une scène, d’un lieu, d’une époque et des courants musicaux de son temps. Les Buzzcocks débutent ainsi en même temps que le Punk, « autour » du moment où les Sex Pistols donnent un concert mythique à Manchester d’ailleurs organisé par Howard Devoto et Pete Shelley. Un même Punk que les Majors aspireront d’une manière supersonique.

Mais le groupe semble esquisser les pistes du lendemain du Punk. Les goûts de ses musiciens incluent ce Krautrock qui inspire aussi le Bowie de la trilogie berlinoise, celui qui ouvre la route pour le Post-Punk. Sauvage rappelle justement que le classique d’Orange Juice Rip it up citait directement Boredom des Buzzcocks. Ou que Martin Hannett, producteur de certains titres du groupe, est intimement lié à la Factory naissante, label mancunien phare du Post-Punk.

La combinaison entre l’énergie du Punk et le sens de la mélodie pop accrocheuse des meilleurs titres du groupe pose aussi les bases de la New Wave. Dans ce qui place le groupe « dans le cadre de son époque », on pourrait ajouter le contrepied des clichés rocknrolliens, vu entre autres chez un Elvis Costello. Fast Cars tire par exemple à bout portant sur la glamourisation d’époque de la vitesse automobile. Just Lust parle quant à lui du plaisir sexuel mécanique.

S’il est inspiré par le thème vieux comme le Rock de l’amour non partagé, Ever Fallen in Love (With Someone You Shouldn’t’ve) a alors pour singularité de s’adresser à l’auditeur/auditrice ayant vécu cette situation, indépendamment de son sexe. Sauvage documente l’évolution des pochettes des disques du groupe, de sa popularité et de sa réception critique ainsi que le moment où la dynamique de groupe laisse sa place à une somme d’individualités amenant à la séparation.

Le chef d’œuvre discographique du groupe est peut-être Singles Going Steady, compilation conçue au départ pour le marché américain et distribuée aux Etats-Unis par le label qui hébergera R.E.M. à ses débuts (I.R.S.). Un album que Pitchfork citera en 2004 parmi ses meilleurs albums des années 1970. Ce qui place les Buzzcocks parmi les grands groupes britanniques de singles au même titre que les Beatles ou… les Smiths. Cela valait bien le travail de précision de Sauvage pour narrer le bref et intense grand moment créatif du groupe.

Ordell Robbie

Buzzcocks 1976-1981 – Une Brève Eternité
Essai de Nicolas Sauvage
Editeur : Le Boulon
320 pages –  27,00 €
Parution : 26 mars 2026

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