« Heureux comme jamais » de Guillaume Chamanadjian : lutte des classes dans l’espace

Guillaume Chamanadjian imagine un vaisseau où de riches privilégiés ont fui une Terre devenue invivable. Mais tout se dérègle, notamment pour deux ingénieurs chargés de l’entretien. Un court roman qui fait écho à une actualité troublante.

guillaume chamandjian
© Patrick Cockpit

Noah vient d’avoir ses diplômes d’ingénieur et elle est amenée à remplacer son père dans ses fonctions, lui-même ingénieur sur un vaisseau spatial, le Space Dragon. Un vaisseau dans lequel des ultras riches ont quitté la terre, une planète qui est devenue invivable. Des ultras riches qui ont tout fait pour puiser dans les ressources de la Terre en la détruisant et qui décident ensuite de partir tranquillement, une fois que ça sent trop le roussi.

heureux comme jamaisC’est à ce moment-là que l’on rencontre Noah et son père qui semblent être les derniers représentants d’une classe sociale précaire dans ce vaisseau, à côté de tous ces riches privilégiés qui ont pu fuir la planète. Noah écoute de la musique (et c’est un régal de suivre la bande son de ce roman, de Rage Against the Machine au Wu-Tang Clan) et échange avec son intelligence artificielle BINS-42, et elle travaille en essayant de ne pas penser à sa condition, mais lorsque son père tombe malade elle va être amenée à côtoyer ces riches résidents.

Et c’est à la faveur d’une réunion avec les dirigeants du vaisseau que Noah va mettre les pieds dans les galères. Elle visionne une vidéo provenant de la terre qui précise que le réchauffement climatique a été vaincu et que l’humanité n’est pas si décimée que cela. Une nouvelle qui va mettre un sacré boxon au sein du Space Dragon. Noah a grandi en vase clos en pensant que ce vaisseau constitue une idée de génie pour préserver l’humanité, mais avec l’arrivée de cette vidéo elle commence à douter.

Guillaume Chamanadjian s’embarque dans un roman déjanté, après son travail dans le genre de la fantasy et sa trilogie de la tour de Garde. Il y a pas mal de similitudes dans Heureux comme jamais même si le genre change. L’auteur suit des marginaux et des personnes qui luttent contre les injustices. Le duo père/fille au cœur de ce court roman illustre très bien cela. Et lorsque les dirigeants découvrent la vidéo et le possible retour d’une humanité sur terre, les choses s’accélèrent. On sent que l’auteur s’est fait plaisir avec un humour noir bien présent tout comme les touches de cynisme (notamment derrière la voix de l’IA BINS-42).

Guillaume Chamanadjian reprend en sous-texte dans Heureux comme jamais des comportements que l’on retrouve dans nos sociétés actuelles, avec des dirigeants à l’influence importante. Et à partir de là il imagine un retour de bâton pour ces ultras riches, qui jusqu’alors pouvaient avoir un sentiment de toute-puissance voire d’impunité. Comme le dit très bien Warren Buffet dans une citation en exergue du roman : « Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de gagner. »

On a de l’empathie pour les personnages et malgré une intrigue qui n’est pas forcément des plus originales, on se régale à suivre les tensions qui naissent dans ce vaisseau et les complications qui s’annoncent pour ces riches privilégiés. Il y a aussi des thèmes actuels traités avec justesse sur le fond, comme lorsqu’il question de l’intelligence artificielle, avec celle qui accompagne Noah au quotidien et qui ne fonctionne pas comme attendu à plus d’une reprise.

Ajoutez à cela quelques références bien senties, que ce soit des comparaisons avec des personnages publics réels (notamment certains politiques) ou des références musicales savoureuses comme cité précédemment. Guillaume Chamanadjian est toujours un excellent conteur et ce dernier roman le montre très bien.

Sébastien PALEY

Heureux comme jamais
Roman de Guillaume Chamanadjian
Éditeur : Aux forges de vulcain
192 pages – 18 euros
Date de parution : 13 mars 2026

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