Sur disque, Brigitte Calls Me Baby divise. Sur scène, dans un Trabendo bondé, les Chicagoans ont une réponse simple et définitive à tous leurs détracteurs : ils jouent.

A peine sortis de l’anonymat, et devant une accélération de leur renommée après avoir assuré la première partie de Morrissey au cours de sa récente tournée, les Chicagois de Brigitte Calls Me Baby se trouvent dans une situation épineuse : leur chanteur Wes Leavins (par ailleurs admirateur de notre BB nationale avec laquelle il a correspondu) a été visiblement élu par les fans de l’ex-chanteur des Smiths comme le successeur idéal du Moz… Tandis que le reste du monde semble décidé à les ignorer, voire à se moquer d’eux en traitant Wes de « pastiche » de Morrissey ! Il faut reconnaître que le groupe a imprudemment tendu le bâton pour se faire battre : There Always, le premier titre de leur second album, Irreversible, est bien une copie conforme du style des Smiths ! Ce que n’est pas – ou au moins pas à ce niveau – le reste du disque… Les discussions vont bon train chez les mélomanes, et il nous a semblé qu’il fallait aller voir de quoi il retournait « en vrai ». C’est-à-dire sur la scène du Trabendo pour leur premier passage en tête d’affiche à Paris (ils ont déjà joué au Supersonic, ce qui a été quand même plus discret). Un Trabendo qui affiche complet, ce qui est bien signe que le groupe intéresse, ou au moins interroge, alors qu’il est encore au rayon « espoirs ».
A 20 heures, c’est un groupe parisien qui attaque la soirée, alors que le Trabendo commence déjà à être bien rempli : Héroïnes, qui vient défendre un premier album plutôt intéressant, L’argent du cœur, sorti à la fin de l’année dernière. Visuellement, le groupe a une belle classe, et les deux premiers morceaux qu’ils nous envoient nous font dresser l’oreille, en particulier grâce au jeu de guitare flamboyant et original du soliste. Belle est dégueulasse est une bonne chanson, et le texte en français est un « plus » indiscutable, à l’heure où quasiment tous les groupes de l’Hexagone chantent en anglais. Malheureusement, le guitariste casse une corde, ce qui déstabilise le groupe. Malheureusement aussi, le chanteur se met régulièrement à brailler, et les vocaux dérapent vers une « fausseté » excessive… Et pénible, comme sur LOLA et sur Il est où ?, deux morceaux où on grince des dents tant ça chante mal. Et puis, il y a ça et là des échos à la Noir Désir qui ne nous font pas particulièrement plaisir. Mais bon, on retiendra ce démarrage de set assez bluffant, et on mettra le reste sur un manque d’expérience, logique, d’un groupe qui a encore pas mal de travail devant lui.
Nous sommes entourés dans la fosse de jeunes hommes bardés de t-shirts The Smiths ou Morrissey, ce qui est assez irritant. D’ailleurs, l’attitude de certains d’entre eux, au premier rang, pendant le set de Brigitte Calls Me Baby, sera totalement ridicule. On sait bien que Morrissey est maintenant hors course, mais pourquoi vouloir à tout prix reproduire les mêmes rituels devant un nouveau jeune homme à la banane glorieuse et à la voix splendide ? Bon, n’en parlons plus, et profitons plutôt de la décharge de rock’n’roll teinté de new wave que nous offre le groupe. L’ouverture, sur le puissant Truth is Stranger Than Fiction, de toute manière, montre que le groupe joue sur un territoire qui lui est propre : si les références vocales de Wes Leavins sont évidentes, elles sont variées, d’Elvis (Eddie My Love…) à Roy Orbison (le final de cette même chanson…), en passant bien entendu par Morrissey. Et musicalement, comme sur These Acts of Which We’re Designed, on est dans une certaine emphase synthétique qui évoque plus Heaven 17 que The Smiths. Pour revenir ensuite, lorsque le rythme s’accélère et que le ton se durcit, sur un terrain proche de celui des Strokes de la première époque.
On atteint en tout cas un premier sommet d’intensité – et de beauté – sur Palm of Your Hand, le genre de chansons qu’il faut absolument faire écouter à ceux qui ne prennent pas encore le groupe au sérieux. Et puis si les deux albums ne manquent pas d’allant, on voit que le groupe trouve plus clairement son style sur scène, et n’hésite pas à « cogner », comme sur le remarquable Slumber Party en (presque) fin de set.
On remarquera que, face à une fosse en ébullition, le duo central du groupe, Wes et Jack (le brillant guitariste), reste relativement distant, presque sur la défensive. Aucune arrogance de la part de ces jeunes Américains, mais plutôt une forme de prudence face au déferlement d’amour venant de leurs fans…
Le set, qui aura largement visité les deux albums (sept titres de chacun des deux, tous enchaînés quasiment sans pause) est bouclé en une heure, et se referme sur un Impressively Average qui a le mérite de le conclure sur un sentiment positif, et… explosif. Un seul morceau en rappel, nettement moins dur que ce qui a précédé, The Future is Our Way Out : peut-être pas le meilleur choix, parce qu’on y retrouve justement un peu trop d’échos du Moz, et qu’il confortera donc les détracteurs du groupe.

Conclusion : un concert meilleur que ce à quoi nous nous attendions, avec un chanteur réellement magnifique, qui cherche encore son style et doit s’éloigner de ses grands inspirateurs. Le troisième album devrait être celui où Brigitte Calls Me Baby affirme pleinement sa singularité. Après tout, Brigitte Bardot vient de disparaître, et Morrissey lui-même ne se sent pas très bien : il est temps pour BCMB de s’affranchir de tous ces mythes qu’il traîne derrière lui !
Héroïnes : ![]()
Brigitte Calls Me Baby : ![]()
Eric Debarnot
Photos : Laetitia Mavrel
Brigitte Calls Me Baby et Héroïnes au Trabendo (Paris)
Production :
Date : le mardi 31 mars 2026
Leurs derniers disques :
Brigitte Calls Me Baby – Irreversible
Label : ATO Records / PIAS
Date de parution : 13 mars 2026
Héroïnes – L’argent du cœur
Label : Héroïnes Records
Date de parution : 19 décembre 2025
