Nadia Daam décrit la condition d’une femme en pilote automatique dans la vie de tous les jours et qui suite à un licenciement, s’apprête à remettre en question son quotidien avec son fils et son compagnon. Et pour cela, elle décide de participer à la création d’un podcast sur des femmes disparues. Un projet que l’on découvre à travers la plume acerbe de Nadia Daam et la répartie hors pair de son personnage principal.

Blanche a trente ans et traverse une période difficile suite à un licenciement. Une occasion toute trouvée de remettre en question différentes parties de sa vie, à commencer par sa relation qui s’essouffle et qui a de moins de moins de sens avec son compagnon. Mais aussi un accouchement traumatique qui continue de la hanter ou encore une relation de dépendance à l’alcool qui a tendance à prendre pas mal de place dans sa vie de famille. Blanche est au bout et lorsqu’elle entre en contact avec une ancienne connaissance pour monter un podcast, elle se laisse volontiers porter par ce projet qui n’échappe pas pour autant à son regard cynique sur le monde. Un podcast sur des femmes disparues et qui n’ont plus donné signe de vie du jour au lendemain.
C’est à la faveur de ce nouveau projet qu’elle retourne chez ses parents dans sa ville natale, pour mener une première enquête pour le podcast. Une enquête sur une femme disparue que Blanche a connue puisque c’était sa professeure au lycée, ce qui l’intrigue d’autant plus. Elle ne le sait pas encore, mais ce nouveau projet ne va pas ralentir ses galères mais plutôt les multiplier.
Nadia Daam compose un portrait de personnage féminin qui envoie du bois, lucide au possible et avec un regard sur ses pairs qui ne manque pas de justesse. Blanche se moque et le lecteur se régale derrière les bons mots qui défilent. On distingue les thèmes que Nadia Daam a pu travailler dans ses écrits précédents comme les questions autour de la parentalité, le célibat des femmes et son statut dans la société ou encore la question des « alliés » chez les hommes qui n’en sont pas vraiment. L’autrice restitue très bien les nuances derrière les hommes qui se disent progressistes, derrière les hommes qui disent soutenir les féministes, mais qui ne sont pas à une contradiction près dans la vie de tous les jours.
Pour ce qui est de la maternité, l’écriture de l’autrice restitue bien une réalité parfois tue, comme dans cet extrait : « Avant aussi de découvrir qu’Orso ne me laisserait pas le temps de remplir ne serait- ce qu’une page de mon journal de gratitude, sur lequel je n’ai d’ailleurs jamais remis la main (peut-être a-t-il été avalé par le goulot de mon périnée distendu). Pendant que d’autres femmes teasent un projet d’envergure (une grossesse, un nouveau travail, un achat immobilier, un rééquilibrage alimentaire) avec la formule très alléchante qu’on affiche sur les réseaux « Something is cooking », c’est le désespoir qui cuisait à gros bouillons dans ma marmite. »
Blanche derrière cette singulière enquête découvre ce qui peut pousser une femme à disparaître, à mettre un coup d’arrêt aux relations avec les hommes qui l’entoure. Nadia Daam profite du parcours de son personnage pour déconstruire des idées reçues, donner de nouvelles perspectives à des femmes engluées dans des relations toxiques sans en avoir l’air. Les dialogues fusent et l’humour noir et le cynisme sont bien présents tout au long du roman. On retrouvait déjà ce ton plein d’ironie dans La gosse son livre précédent qui abordait la relation avec sa fille et qui était plus autobiographique.
Le passage à la fiction chez L’Iconoclaste est une réussite et Nadia Daam met en évidence des violences chez les hommes bien plus fines (et perfides) que celles que l’on s’imagine. Le compagnon de Blanche en est un excellent exemple et peut vite devenir une charge pour elle au quotidien.
D’un côté on sent que Des filles comme il faut est une histoire de sororité avec des femmes qui s’entraident et luttent chacun à leur niveau. Mais de l’autre, Blanche apporte de la nuance dans les combats qui ne sont pas toujours évidents à mener.
Elle est un personnage en pilote automatique dans sa vie de famille, une mère qui élève son fils Orso, qui continue à faire tourner le quotidien de sa famille avec son compagnon. Cette enquête qu’elle met en place va lui permettre au fil de l’histoire de poser des sentiments sur ce qu’elle traverse. Un mélange de colère et d’immense fatigue face à sa condition. Blanche doit assurer et l’a toujours fait, mais elle décide de remettre en question tout cela. Non elle n’est pas tout le temps une mère aimante qui travaille les questions féministes dans le meilleur des mondes. Elle est aussi pétrie de contradictions et le roman l’amène très bien.
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Sébastien PALEY
