Wheobe – A Strained Ocean : avis de tempête dans le Jura

Entre distorsions déchaînées et mélodies planantes, le trio français navigue entre Radiohead et Godspeed You! Black Emperor. Un océan sonore où chaque vague vous emporte un peu plus loin, sans jamais vous lâcher.

Wheobe Tara Ozem 2
Photo : Tara Ozem

C’est loin de la mer, le Jura… Et pourtant, c’est bien sur un océan déchaîné que nous embarque Wheobe pour leur premier album. Accrochez-vous bien, car entre deux accalmies, les vagues grossissent et explosent en un déluge de distorsions. Ce n’est pas de la franche « bourrinade » non plus, et même avec un line-up rock très classique, l’architecture de leurs morceaux est très sophistiquée. La formation guitare-basse-batterie apporte une certaine familiarité dans le son qui vous apprivoise, et vous permet de vous laisser emporter sans être effrayé quand les morceaux décollent et tourbillonnent.

A Strained OceanConstruit en trois parties (« the inside », « the outside » et « the dialogue« ), l’album peut être vu comme une réflexion sur notre capacité à contrôler nos vies contre vents et marées » dans une quête illusoire de navigation paisible. Cette démarche réfléchie n’empêche pas la musique d’être directe et de frapper juste.

Fangs, par exemple, commence dans une ambiance presque méridionale, avec des effets sur la voix et les guitares qui rappellent Radiohead. Petit à petit, les guitares se font plus puissantes, la voix plus aérienne, et le morceau monte dans une spirale psychédélique. L’expérience dure 7 minutes et 7 secondes, mais l’évolution se fait très naturellement sans aucune impression de longueur. D’autant que Wheobe ne manque pas d’inspiration, et que chaque musicien développe une large gamme d’expressions.

Ça tombe d’autant mieux que c’est le morceau le plus court de cette partie ! Me And The Tide s’étend lui sur plus de 9 minutes, mais avec une telle tension, que l’on voudrait que le morceau ne s’arrête jamais. Les guitares et la voix hurlent, le rythme s’accélère dans une course effrénée, qui s’achève aussi naturellement qu’une tempête se termine. Avec ces envolées dignes de Godspeed You! Black Emperor, les jeunes Français montrent qu’ils savent non seulement faire décoller un morceau, mais aussi le terminer ou rebondir. Car il y a encore la dernière partie à dérouler ! Commençant de manière plus planante et aérienne, le dernier volet prend vite un tournant bruitiste pour refaire le plein d’énergie et finir par deux morceaux épiques, chacun dans des styles très riches.

Alors que la musique développe un univers très imagé, la pochette ne pouvait pas être en reste. Elle est réalisée par Nele Veilhan-Goemans, avec qui ils avaient déjà collaboré sur leur précédent EP, et qui avait donné lieu à une performance intéressante filmée pendant laquelle le groupe jouait le disque alors que la peintre réalisait une version agrandie de la toile. Ses peintures sont aussi visibles dans les vidéos qui illustrent Sore et le morceau titre de l’album.

Déjà auteur de plusieurs EP, avec A Strained Ocean, Wheobe livre un album ambitieux et réussi qui confirme leur talent de songwriters.

Jean-Christophe Gé

Wheobe – Strained Ocean
Label : Wheobe Production
Date de parution : 3 avril 2026

Wheobe est en tournée française :

Tournée Wheobe

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