[Live Review] Tom Smith et Iskander Moon à l’Alhambra (Paris) : les yeux grands fermés

Vingt ans après The Back Room, la voix la plus magnétique du post-punk britannique se présentait seul, ou presque, face à son public parisien, pour défendre un premier album solo aussi beau qu’injustement discret. L’Alhambra, en configuration assise, était le cadre idéal pour une soirée entre fascination et émotion.

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Tom Smith à l’Alhambra – Photo : Robert Gil

En décembre dernier, Tom Smith, la VOIX d’Editors, a sorti un album solo superbe, There Is Nothing In The Dark That Isn’t There In The Light, qui n’a peut-être pas recueilli le succès qu’il méritait, étant donné la qualité des chansons qui le composaient. Mais, pour nous qui avons chéri ce disque oscillant entre intimisme déchirant et (inévitables) élans lyriques, le passage de Tom en format duo « électro-acoustique » dans la jolie petite salle de l’Alhambra – en format assis avec places numérotées pour le coup – était l’un des événements immanquables du mois d’avril.

2026 04 10 Iskander Moon Alhambra RG (1)Un peu de confusion a régné durant la journée sur la présence ou non d’une première partie, annoncée, puis annulée, puis ayant finalement lieu, mais plus tôt que les horaires initialement communiqués… La conséquence en étant que tout le monde n’est pas encore arrivé quand le Belge Iskander Moon débute son set solo – au piano et à la guitare – à 19h30. C’est évidemment dommage pour l’artiste, qui ne mérite pas d’être gêné par l’arrivée des retardataires forçant des rangs entiers de spectateurs à se lever, mais c’est surtout dommage pour eux – les retardataires, car ils auront manqué, au moins en partie, un très joli concert de 30 minutes : Iskander Moens (de son vrai nom) nous offre des chansons mélodieuses, pop plutôt que folk en fait, qu’il chante d’une voix réellement originale, avec de plus un enthousiasme et une fantaisie qui rajoutent un petit quelque chose de précieux. Un ami belge nous expliquera ensuite qu’Iskander est un copain de Maarten et Jinte, de Balthazar : d’excellentes références pour un jeune musicien qui vient de publier un premier album, Salt Moon City, et qui nous racontait qu’il avait dû annuler une date prévue à Paris, faute de billets vendus… et que ce concert est donc une sorte, sinon de revanche, mais au moins de récompense un peu inattendue pour lui. Une très belle découverte, et une preuve de plus que la scène belge est d’une richesse enviable !

20h20 : Tom Smith est là, arborant une sorte de coupe « mulet » qui ne l’avantage pas (les fans amoureux-ses seront sans doute frustré(e)s par ce look surprenant !). Il va s’accompagner d’une simple guitare acoustique, mais il y a à ses côtés un musicien qui va assurer un boulot fantastique à la guitare acoustique, à la guitare électrique et au piano : il s’agit de Nick Willes, qui officie comme musicien additionnel sur les tournées d’Editors, et qui conférera à plusieurs chansons une profondeur musicale inespérée.

2026 04 10 Tom Smith Alhambra RG (2)Les deux hommes attaquent par les trois premiers titres de l’album, Deep Dive, How Many Times, et Endings Are Breaking My Heart, enchaînés dans l’ordre du disque, et qui rassurent immédiatement ceux qui auraient eu la moindre inquiétude : le chant de Tom est magnifique, et on se dit qu’il pourrait nous chanter les pages jaunes de l’annuaire parisien que nous serions accrochés à la moindre syllabe. Pas de risque d’ennui ce soir, on va osciller entre fascination et émotion, en fonction de ce que chacune des chansons évoque pour nous, de manière intime. On a vu que le set est prévu pour durer presque deux heures, on se doute bien que, n’ayant qu’un seul album solo à interpréter, Tom va piocher dans le songbook d’Editors, ce qu’il fait rapidement. Il commence par des extraits des albums plus récents du groupe (In Dreams, – le très moyen – The Weight of Your Love, Violence), et il faut admettre que, sans exception, les versions proposées dévoilent la beauté de titres qu’on avait sans doute un peu négligés au moment de leur parution : Ocean of Night, joué vers la fin du set, lui, sera par exemple une véritable révélation…

Si nous avions un très petit reproche à faire à Tom, c’est qu’il n’ait pas ajouté au milieu de son set quelques commentaires, remarques, petites histoires, qui font le sel d’une prestation solo, surtout dans un cadre intimiste comme celui de l’Alhambra : cela aurait ajouté un petit quelque chose « d’humain » qui aurait été bienvenu. Mais on nous répondra que la musique se suffisait par elle-même, ce qui n’est pas faux !

C’est à partir du très « springsteenien » Northern Line, avec une belle partie de piano de Willes, que le concert va monter clairement d’un cran. An End Has a Start nous met littéralement les larmes aux yeux, Blood et Munich nous rappellent la claque qu’avait été The Back Room en 2005 (vingt ans déjà !). Quant à la version proposée – dénudée, à l’os – de Papillon, c’est la démonstration qu’une véritable grande chanson tient debout toute seule, sans les synthés ni la rythmique puissante de la version originale. Grand, très grand : la confirmation que le song book d’Editors relèvera le défi du passage du temps, ce que beaucoup de groupes « post punks » ne pourront jamais prétendre !

2026 04 10 Tom Smith Alhambra RG (7)Nick quitte la scène, nous laissant avec « la partie acoustique » du set (une « joke » de Tom), et là, surprise, Tom paie un hommage au maître Dylan, avec une belle version de It Ain’t Me, Babe. Ce qui offre à Tom l’opportunité de nous faire une deuxième « joke », présentant ensuite la chanson comme une reprise d’un titre célèbre de Timothée Chalamet ! Bon, nous aurons quelques secondes d’inquiétude quand même en remarquant qu’une bonne moitié du public ne rira pas : qu’est-ce que ça veut dire ? Que les gens présents ne connaissent pas Dylan, ou simplement que leur niveau d’anglais est insuffisant ?

Tom enchaîne avec une nouveauté qui devait figurer sur le prochain Editors, prévu pour le dernier trimestre de 2026 (et Tom nous avoue que le choix de la tracklist finale est un problème – tiens, voilà le genre d’anecdotes intéressantes qu’on aime entendre !). La chanson est très accrocheuse dès la première écoute : une bonne nouvelle. Nick revient alors pour deux grosses sucreries en conclusion, la « gorgeous » Lights of New York City, assez « comédie musicale », et, bien entendu, le grand tube d’Editors, Smokers Outside the Hospital Doors, avec un peu d’harmonica pour l’enrichir.

Et c’est fini, pas de rappel, mais on n’en a pas réellement besoin après un peu plus d’une heure cinquante d’une telle fête pour les oreilles et pour le cœur. Un véritable cadeau de la part de Tom Smith que cette soirée à écouter les yeux grands fermés, pour oublier pendant une paire d’heures que le monde autour de nous va très mal.

Merci, Tom !

Iskander Moon :
Tom Smith :

Eric Debarnot
Photos de Robert Gil

Tom Smith et Iskander Moon à l’Alhambra (Paris)
Production : Live Nation
Date : le vendredi 10 avril 2026

Leurs derniers disques :

There is NothingTom SmithThere Is Nothing In The Dark That Isn’t There In The Light
Label : Play It Again Sam / [PIAS]
Date de parution : 5 décembre 2025

 

 

 

 

 

2026 04 10 Iskander Moon Alhambra AlbumIskander MoonSalt Moon City
Label : [PIAS]
Date de parution : 20 février 2026

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