A la tête d’un label (Lollipop Records), cofondateur du magasin de disques – café culturel marseillais Lollipop Music Store et musicien, Stéphane Signoret signe avec « One Way Or Another » son premier roman. Ce court texte est une plongée dans l’univers culturel du New-York des années 70.

Amoureux fou de Big Apple, Stéphane Signoret a rédigé une sorte d’autobiographie rêvée, voire fantasmée. L’écrivain, à travers Tom, qui a tout de son alter-ego, devient un protagoniste du bouillonnement musical qui électrifie le New York seventies. Alors que la mégalopole actuelle a perdu son âme, en un triste reflet de la fermeture du CBGB en 2006, le personnage principal, agressé et laissé pour mort, se réveille en 1974 dans le Manhattan « de Taxi Driver : sale, pauvre, tagué, glauque… Les SDF pullulaient à chaque recoin, des restes de poubelles voltigeaient partout, polluant l’air ambiant ». Commence alors une aventure incroyable qui, au fil de rencontres d’artistes mythiques alors inconnus, va mener le protagoniste sur la scène du club situé n°315, Bowery. C’est parti pour un concert hors du temps donné en compagnie de Richard Hell et Jerry Nolan sous le nom de… The Strokes, proposé par un Tom taquin à ses compagnons dubitatifs : « Je ne vois pas un groupe s’appelant The Strokes rencontrer du succès ».
Après avoir logé au Chelsea Hotel, trouvé deux tableaux de Basquiat, vécu dans Alphabet City en compagnie d’un chat drogué, il rencontre les futures légendes du rock, allant jusqu’à se faire draguer par Debbie Harry – tu ne te refuses rien, Stéphane, même prendre le titre de l’un de ses morceaux pour nommer ton texte ! ! Il croise aussi Robert de Niro en plein tournage… pour son plus grand plaisir : « Tom était envoûté par la lumière si caractéristique des films new-yorkais des années 70 et 80… par la luminosité pâle jaune-orangée, brumeuse, chaude, moite de Panique à Needle Street, Mean streets ou Cruising ». Le lecteur perçoit la jouissance de l’écrivain à se livrer au name dropping, comme pour réveiller le passé des limbes où il s’endort.
Si le style fluide rend la lecture aisée, les nombreux traits d’humour la font jouissive. Ainsi Tom, qui dans sa « vraie » vie reprenait des classiques de ses idoles, brille-t-il en s’attribuant des chansons qui n’existent pas encore… ce qui provoque la colère de Johnny Thunders qui s’étonne d’avoir entendu « Born to Lose » : « J’ai écrit quasiment la même. Je l’ai proposée à David et Sylvain des Dolls, qui n’en ont pas voulu. Pas assez glam pour eux ! Putain comment c’est possible ? ».
« One Way Or Another », enrichi de photos en noir et blanc et de flyers d’époque, est la visite guidée d’une ville et d’une époque, accompagnée de chansons inscrites dans le patrimoine du rock.
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Christophe Grès
