Tout est pardonné

aff film_6.jpgDécidément, les premiers films français réalisés par des femmes offrent de bonnes surprises ces temps derniers. Après le sensuel Naissance des pieuvres de Céline Sciamma, voici la proposition initiale de Mia Hansen-Love, juste 24 ans, ancienne critique aux Cahiers du cinéma. Et une fois encore, le coup d’essai est un coup de maître(sse).

Tout est pardonné commence en 1995 sous les meilleurs auspices avec une scène idyllique où Victor joue avec Pamela, sa fille dont c’est aujourd’hui l’anniversaire. Père attentionné et aimant, Victor vit avec Annette à  Vienne (Autriche) dont celle-ci est originaire. Au cours du repas qui suit dans la famille typique de la bourgeoise viennoise, on commence à  percevoir le mal-être de Victor, absent et mélancolique par instants, sur qui le monde extérieur paraît glisser. Leur retour à  Paris quelques semaines plus tard amorce la rupture, l’éclatement de la cellule familiale. De plus en plus distant et mal dans sa peau, Victor s’abîme dans l’oisiveté, la drogue dure et entretient une relation avec une jeune droguée.
Le dernier grand tiers du film se situe onze ans après et s’articule autour du couple père-fille en voie de reformation. Si tant est bien sûr que Pamela accepte sous l’exhortation de Martine, la soeur de Victor de revoir son père, cruellement absent, à  l’image brouillée par des souvenirs évanescents et l’influence négative d’une femme et mère blessée.

En dépit d’un sujet grave, parfois anxiogène – probablement causé par la vie cahotique de Victor – le long-métrage de Mia Hansen-Love dégage une sérénité et un calme inattendus. Nulle intention ici de choquer, y compris dans le filmage des shoots à  l’héroîne de Victor et ses amis. Il y a bien quelques cris et quelques larmes entre Victor et Annette mais même la séparation inéluctable est captée avec retenue et pudeur.
Une juste distance que le film maintient toujours dans la seconde partie, où l’enjeu des retrouvailles n’est nullement traduit en longs discours, en explications revanchardes. Ici le silence et l’attitude des corps en disent d’abord bien davantage et Tout est pardonné travaille sans cesse sur l’ellipse.
Le film est donc un portrait croisé d’un père et sa fille : le premier si dépressif, si absorbé par lui-même comme le qualifie Martine, qu’il en fout en l’air sa vie sur laquelle il ne semble plus avoir aucune prise et qu’il mettra dix ans à  se réconcilier avec lui et les autres; la seconde, devenue une belle jeune fille, gracieuse et transparente, chargée de creuser son propre chemin avec le poids d’une absence.

Film constamment solaire et lumineux, réussissant le parfait équilibre entre aspects noirs et moments de gaieté, revendiquant la coexistence de l’espoir et du désespoir, Tout est pardonné séduit par sa sensibilité et sa profondeur. Dans la manière de filmer la campagne corrézienne, ses rivières et ses sous-bois, on pense aussi au cinéma de Téchiné. Belle référence pour un premier film limpide et élégant, qui dispense une belle leçon de vie.

Patrick Braganti

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Drame français de Mia Hansen-Love – 1h45 – Sortie le 26 Septembre 2007
Avec Paul Blain, Constance Rousseau, Victoire Rousseau, Marie-Christine Friedrich