L’atelier d’écriture, de Chefdeville

ecriture.jpgPousser l’autobiographie dans ses derniers retranchements, tel semble être le credo de Chefdeville. L’atelier d’écriture : sa vie, sa deuxième oeuvre. C’est presque un journal de bord, un peu cynique, très réaliste, très drôle, et très désespéré aussi.

Il est toujours étonnant de lire un ouvrage ayant pour décor les établissements scolaires, mais écrit par une personne non enseignante : un point de vue extérieur, donc, »un autre regard ». Et s’apercevoir malgré ça de l’extrême acuité de ce regard. Chefdeville a tout compris de son immersion en terre scolaire contemporaine : les enjeux, les difficultés, les rapports sociaux, humains, les dialogues sans communication, la bombe à  retardement qu’est l’école d’aujourd’hui. Et il le raconte de manière comique mais pas moqueuse, avec juste la petite dose de mauvaise foi qui fait le sel de ses rencontres avec les élèves.

Car s’il n’est pas prof, le personnage est écrivain, auteur d’un polar complètement oublié de l’histoire de la littérature hexagonale, sauf pour un fan qui, dans le cadre de projets avec le Conseil Général d’un département, demande à  Mister Chefdeville d’animer un atelier d’écriture auprès de classes »difficiles ». Et pour cause : une 4ème SEGPA de ZEP pratiquement ascolaire, des élèves se destinant aux métiers d’artisanat qui se foutent de savoir rédiger et filmer une nouvelle, et des classes prétendues plus aisées mais tout aussi inquiétantes. Bref panormama d’une future France qui ne rassure pas, et l’auteur comme témoin impuissant d’un monde qu’il exècre au départ et qui l’attriste au final.

Plus que le constat amer mais pas ultra-pessimiste non plus d’une école à  la dérive mais dont la faute revient à  un peu tout le monde – et pas uniquement à  l’Education Nationale, le roman quasi-documentaire se veut surtout une succession très intense et vraiment poilante de scènes-vérités volées à  un quotidien assez tragi-comique, l’avalanche de dialogues et de sentiments nous avale violemment, et nous laisse finalement pantois, avec des larmes de rire au coin des yeux. C’est enfin une très belle tentative de faire le point sur soi-même, avec toute l’intelligence et le recul de l’écrivain qui s’autonanalyse parfaitement :le mec un peu paumé, assez aigri, et qui débarque dans des situations encore plus paumées et composées de personnages tout aussi aigris !

Tant qu’à  tirer la sonnette d’alarme sur la France de demain, autant la tirer avec le sourire, c’est tout de suite plus parlant.

Jean-François Lahorgue

4_5.gif

L’atelier d’écriture, de Chefdeville
Editions du Dilettante
256 pages, 17 €¬
Parution : janvier 2009

1 thoughts on “L’atelier d’écriture, de Chefdeville

  1. CHEFDEVILLE ou chef de file ?
    Oui aussi place dans une famille de jeans,il l’évoque loyalement.
    Sait utiliser à merveille le vocabulaire des looks, le vocabulaire des malentendus qui traversent de part en part, différents univers :
    Celui de l’édition – des écrivains – de la sous-traitance – bien vu
    celui de l’Educ Nat : vaisseau sombrant dans les torpilles gouv.. et des luttes fratricides politiciennes…
    celui des mondes « Ã©duc- culture – bénévolat »…
    CHEFDEVILLE se pose, réel… d’abord, merci !
    Saisissant son statut, son rôle, celui des autres…PILE, en plein dans le mille, Emile
    MERCI BRAVO LIVRE CONSOLATEUR confirmant mes propres expériences et les analyses qu’on a le devoir d’en tirer… jusqu’au bout…
    MERCI BERTILLE

Comments are closed.