Achille – Iris

Avec Iris, Donia Berriri, alias Achille, propose un premier album sans faiblesse, avec un ton singulier et des textes absolument magnifiques.

achille

Albin De La Simone, interrogé il y a peu pour une interview à paraître, cherchait avec moi quelques pistes qui viendraient expliquer le pourquoi du succès de son précédent disque Un Homme. Sans doute était-ce dû à cette volonté de venir simplifier le propos et de ne pas forcer quelque chose qui ne venait pas. A l’écoute d’Iris et du projet Achille menée par Donia Berriri, poétesse croisée ici et là, aux côté de Nosfell ou encore de Camelia Jordana, j’avais encore en tête ces mots d’Albin De La Simone. C’est tellement juste ce raisonnement, on a l’impression que Donia Berriri a compris avant même d’avoir commencé une « carrière » ce besoin de concision. On trouve d’ailleurs une parentalité entre les morceaux d’Iris et ceux du monsieur cité plus haut pour ce chant doux et lettré, pour cette mélancolie héritée de la Bossa Nova. Mais l’école de la dame, c’est celle d’une reconstruction entamée par exemple par Katell sur son dernier disque, Elegie. On pensera aussi à l’exotisme de Niobe. Il ne faudrait pas oublier ces textes forts et parfois complexes, cet Apatride qui n’a pas besoin d’étendard ou de porte-drapeaux.

Achille – IrisIl y a une énergie venue de la musique contemporaine mais aussi du Jazz comme sur le perturbé Il et Elle mais le fil d’Ariane de ce disque c’est d’abord le piano et ses déclinaisons à l’infini comme ce duo avec Nosfell, J’oublie, tout en sensualité et en onirisme. Ce qui est fort sur ce disque, c’est d’à la fois tenter de nouvelles pistes et aussi de ne pas délaisser une certaine idée de la musique du passé. Le cœur en berne ressemble à un rendez-vous entre Françoise Hardy et Cora Vaucaire.  Il y a aura bien sûr des titres plus immédiats comme ce Paris, une autre vision de la capitale infidèle, lointaine cousine des mots d’un Daniel Darc et véritable déclaration d’amour à des rues traversées sans être vues. Iris, sur Au pied de mon figuier, assume pleinement un lyrisme modeste à peine dit , de suite abandonné. On retrouve chez la dame cette même appétence pour le non-dit, pour les masques de peau de ceux que l’on entend chez Barbara Carlotti. Comme l’on parle de Barbara, on se laisse aller à un petit geste de paresse car sur J’ai fui, remonte à la surface la Barbara de Prévert mais aussi l’ombre de la dame en noire. On aura bien du mal à résister à cet appel, celui de suivre la jeune femme qui marche sous la pluie. C’est dans ce dépouillement-là, accompagnée seulement d’un piano qu’Achille est la plus solaire. Il n’est sans doute pas de plus risqué projet que d’être raffiné car le danger qui pointe le bout de son ombre c’est l’évanescence ou l’inoffensivité des sensations. Ici, c’est tout le contraire, les mots sont un superbe écrin pour une musique caractérielle et souvent ombrageuse.  Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas tous les jours que l’on découvre un univers aussi ambitieux et aussi riche dès un premier disque, une artiste qui tutoie Debussy dans le titre final et louvoie avec les émotions. Iris ou un disque qui sait allier concision, simplicité et richesse. On n’a beau avoir bien cherché, on n’a pas trouvé de talon à cet Achille mais beaucoup de talent.

Greg Bod

Achille – Iris
Label :  Le Furieux / L’Autre Distribution
Sortie le 3 mars 2017

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