L’interview avec Jason Lytle de Grandaddy

La fin puis le retour de Grandaddy, la carrière solo, La vie à Modesto… Jason Lyle évoque tout cela dans la longue interview réalisée à l’occasion de la sortie de l’album Last Place.

Grandaddy jason lytle

On ne répètera pas ici tout le bien que l’on pense de Last Place, le dernier disque de Grandaddy, sorti il y a peu. Autant certains retours nous laissent parfois sur notre faim quand ils ne nous déçoivent pas carrément, Jason Lytle, lui, a su négocier cette renaissance avec un parfait équilibre entre respect du répertoire passé et micro-révolutions de poche dans le détail. C’est un monsieur charmant, disponible et attentif que nous rencontrons dans cet échange où il faut apprendre à décoder les petits indices glissés dans le non-dit.

Pourquoi avoir arrêté Grandaddy en 2006 et surtout pourquoi relancer le projet avec ce nouveau disque ?

Déjà pour commencer, j’en avais juste assez. C’était une décision somme toute assez naturelle. Nous avons eu notre belle période, où on a connu un épisode intense d’inspiration et puis c’est retombé. Cette décision d’arrêter était plutôt instinctive et j’avais vraiment besoin de faire un break. J’en étais arrivé à un stade où je ne supportais plus la musique, que ce soit en faire et en écouter. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je m’éloigne un peu de tout cela.
Pourquoi je suis revenu ? A vrai dire, je n’en sais rien. J’ai toujours fait de la musique dans des cercles très différents, sur des projets plus ou moins importants. J’ai fait de la musique pour la télé, j’ai aidé et produit d’autres groupes et au bout d’un moment, je me suis dit que j’avais pris assez de distance et de temps et qu’il était de réactiver Grandaddy. J’ai commencé à revoir mon passé d’une manière plus positive. Et puis, j’ai été surpris de voir la réaction du public, combien il restait passionnés par notre musique. Le public ne nous a pas oublié, on compte encore à leurs yeux et très franchement, j’en suis le premier surpris. C’est forcément très inspirant. Dans le fond, je crois bien qu’il y avait plein de raisons de le faire. On avait fait quelques concerts ensemble, on était toujours en contact sans brouille entre nous, toujours à faire les mêmes vieilles mauvaises blagues, des mecs cool quoi ! Et puis il faut être honnête, c’était aussi une belle opportunité pour nous de se faire un peu de fric, il n’y a rien de honteux à le dire si à côté de cela on rend les gens heureux avec un disque réussi.

C’était vraiment une surprise de voir qu’il y avait encore un public pour Grandaddy ?

Je n’attendais rien et je suis bien conscient d’avoir beaucoup de chance. J’aurai pu avoir une vie très différente. J’ai grandi dans un milieu où l’art avait peu d’importance. J’ai perdu mon temps à faire des boulots de merde. Je buvais trop, je prenais trop de drogue, je finissais souvent en prison. Ma vie aurait pu prendre une tout autre tournant, une voie bien plus dramatique et triste. Ça a été une chance pour moi que Grandaddy devienne ce que Grandaddy est devenu et que cela ait eu un écho dans le cœur des gens. Même si cela peut sembler simpliste, c’est quelque chose d’énorme qui m’a donné envie de continuer le truc.

Durant cette période sans Grandaddy, vous avez entamé une carrière solo avec deux albums pas si éloignés de Grandaddy finalement. Dans ce cas, pourquoi un disque de Grandaddy et qu’est-ce qui le différencie d’un de vos disques solo ?

Oui, c’est marrant car à chaque fois que je travaille su un nouveau disque, je crois bien que je cherche à recréer ou plutôt à retrouver cette sensation magique quand j’étais âgé de 8 ans et que j’écoutais des musiques que j’aimais.On retrouve ça sur tous les disques de Grandaddy. Pour mes disques en solo, j’étais plus à l’aise avec l’idée de parler de moi, moi et encore moi, à me plaindre sur tout et rien. Avec Grandaddy, j’essayais d’être plus mystérieux et distant. J’ai du repenser ma musique, ma manière de la faire sonner car inconsciemment ou non, je reconstituais le son de Grandaddy avec moins de distance dans mes textes. Quand j’ai commencé à travailler sur Last Place, j’ai dû retourner à l’école « Grandaddy » pour revenir au son authentique de Grandaddy.

Rappelez-nous comment est né Grandaddy ?

Wow !!! Je dois rouvrir des portes dans mon esprit. Les tout débuts de Grandaddy, je pense que cela a commencé avec moi seul dans ma chambre d’adolescent avec un enregistreur 4 pistes à cassette. J’étais sur le point d’entamer une carrière de Skateboader professionnel mais je me suis méchamment blessé au genou. Tout s’est arrêté d’un coup pour moi. Cela a provoqué un vide immense dans ma vie car j’ai dû faire le deuil de cette carrière-là. Je jouais déjà un peu de la guitare, je tâtais un peu de la batterie. J’avais une fascination très simple et très innocente pour la musique. Avec cet arrêt du skateboard, j’ai connu un grand vide dans ma vie et j’ai trouvé une énergie nouvelle en créant de la musique. J’ai commencé à m’investir à fond dans la musique. Les techniques d’enregistrement m’ont passionnées. Pendant des années, j’ai fait des boulots alimentaires et j’ai mis de l’argent de côté tout en composant et enregistrant mes morceaux en parallèle. Je faisais ça à Modesto, la ville où j’ai grandi. J’ai rencontré Aaron Burtch, le batteur de ce qui n’était pas encore Grandaddy, il bossait dans le magasin du coin de fournitures pour skateboards. Par son entremise, j’ai rencontré Kevin Garcia, un bassiste. On a commencé comme cela et je garde ce souvenir étrange de cette fascination que je ressentais à l’écoute de ce que l’on produisait dans notre salle de répétition. On a joué dans des mariages, des soirées d’anniversaire et c’est comme cela que l’on a créé cette synergie dans le groupe. On a énormément bossé et, petit à petit, Grandaddy a grandi jusqu‘à qu’il devienne ce que tu connais aujourd’hui.

A l’écoute des disques de Grandaddy, j’ai toujours eu cette impression d’ambivalence, de crainte et d’attirance pour la technologie, d’attirance/répulsion pour la ville, de grands espaces et de nature qui apparaissent dans vos chansons. Vous reconnaissez-vous  dans ce résumé ?

Oui, je trouve ton analyse assez pertinente. Je ne correspond pas à l’image que l’on donne parfois de moi, je ne vis définitivement pas dans une grotte, je ne me cache pas dans une forêt. J’utilise énormément la technologie et des équipements très sophistiqués pour travailler sur mes disques. Je suis dingue de cette technologie numérique et de tous ces trucs digitaux. Bien sûr, je garde mes vieilleries analogiques. Après pour élargir notre conversation, je crois bien que le fil de ma vie, c’est de maintenir cet équilibre parce que c’est étrange mais je dois créer un objet artistique, faire cette chose qui sort directement de toi. Bien sûr, c’est vital pour toi  et puis surtout c’est la seule chose que je sache faire correctement.

Mais pour faire cela, il faut aller stimuler sa curiosité dans ce rapport aux autres ; il faut parler avec les gens, voyager, rencontrer de nouvelles personnes, prendre des avions, des taxis, se confronter aux autres en somme. J’oublie parfois combien cette partie du boulot est compliquée à appréhender car quoique je fasse, je m’implique toujours à fond avec toute ma confiance en moi et dans ce que je fais. Le problème c’est qu’au fur et à mesure mon énergie s’éteint et je ressens assez vite le besoin de partir à la campagne pour me ressourcer, me prendre une vraie bouffée d’air pur. La nature a chez moi vraiment cette capacité à m’apaiser et à ramener l’équilibre.

 Grandaddy

On vous connait pour votre caractère perfectionniste. Avec le recul, si vous pouviez, que diriez-vous au jeune Jason Lytle des débuts de Grandaddy ?

La question est difficile… La première idée qui me vient instinctivement, car je suis tout le temps très angoissé par rapport à tout car à chaque fois que je m’installe à une table pour composer, ce que je souhaite c’est de trouver la chanson parfaite. Trouver un crescendo, revenir dessus, travailler le moindre détail pour qu’à la fin, tout le travail ne transparaisse pas et que cela ressemble à une aventure fluide pour l’auditeur. J’ai perdu beaucoup de temps à essayer d’anticiper ce truc. Je dirai sans doute à mon double plus jeune : « Passe pas tout ton temps à t’inquiéter autant » mais en même temps, je pense que cela fait partie de ma manière de créer. Sans doute que si je m’inquiétais moins, mes chansons perdraient au change et je n’aurai pas les mêmes résultats au final. Je ne sais pas vraiment, c’est une question difficile.

De toutes les chansons que vous avez écrites avec ou sans Grandaddy, quelle sera celle qui restera selon vous ?

Ouh la la, (Rires) Le truc quand tu as écrit autant de chansons, ce qui fait que l’on continue finalement, c’est que l’on cherche à écrire LA chanson ULTIME. En toute modestie et honnêtement, je crois bien que j’ai seulement des moments, des moments très brefs dans quelques chansons. Si je devais distinguer une de mes chansons qui me donne sur toute la durée du titre des vrais frissons, je crois bien que je ne pourrai pas car elle n’existe pas encore. Je suis obsédé par l’idée d’atteindre la chanson parfaite. Elle existe sûrement pour d’autres musiciens mais dans mon cas, je n’ai que quelques rares moments dans certaines de mes chansons.

En quoi votre rapport à la composition a-t-il évolué avec les années ?

J’ai connu une période où j’avais peu confiance en moi et plus particulièrement concernant mes capacités techniques. Il y a ce moment aux alentours de 1995-96 où j’ai essayé de faire une musique largement au-dessus de mes capacités techniques. S’il y a un truc intéressant que j’ai appris de ma pratique du skateboard, c’est que si tu essaies d’aller au-delà de ton niveau et de tes capacités sans connaître les fondamentaux, sans maîtriser les bases, tu peux te casser la gueule,  et ça fait très mal en général. C’est pas quelque chose que l’on peut mépriser, tu dois être capable d’entendre un message plus profond, j’ai appris à savoir entendre ce message-là, je pense. J’ai appris aussi à m’écouter. Parfois, je me réveille au milieu de la nuit et d’entendre cette musique comme sortie d’un rêve ou jouée par un fantôme. Je comprends combien cette mélodie est importante, que je dois l’enregistrer sur mon téléphone pour ne pas la perdre et la capturer. Parfois les idées viennent comme cela et je sais les saisir, parfois je comprends qu’elles ne sont pas importantes et je les laisse filer. Cela m’a pris des années à apprendre à écouter et entendre, à distinguer ce qui a de la valeur de ce qui n’en a pas.

Quand on évoque Grandaddy, on parle à coup sûr de The Software slump. Un disque encore d’actualité aujourd’hui. Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce disque ?

C’était juste le chaos, un chaos total, j’étais super excité car on avait de l’argent pour produire le disque, du super équipement. Le plus incroyable avec ce disque, c’est qu’on l’a enregistré dans ce studio, un tout petit espace à des heures bizarres. On sentait bien que quelque chose de super excitant était sur le point de naitre. Quand j’étais plus jeune, j’écoutais du Heavy Metal et du Punk, j’adorais faire du Skate, me bastonner Je me faisais un peu chier dans ma petite ville, je ne restais jamais bien longtemps sur le même boulot. A l’époque de The Software Slump, j’étais encore un peu rebelle donc là, comme pour le reste de ma vie, je me rebellais contre les attentes de cet album. J’avais encore beaucoup d’arrogance. Je voulais faire des morceaux avec des éléments Pop, faciles à écouter. Ça ne m’intéressait pas du tout de suivre les règles que l’on cherchait à nous imposer, de donner exactement aux gens ce qu’ils pouvaient attendre de nous. Et puis il y a avait aussi tous ces instruments et le studio qui ont stimulé notre excitation et on sentait un avenir passionnant se profiler pour le groupe.

Comment recrée-t-on une dynamique de créativité au sein d’un groupe des années après une séparation ?

Pour Last Place, mon intention de départ, c’était de produire le disque exactement de la même manière que les anciens. Je travaillais sur des démos des chansons, je les ai envoyé ensuite aux autres membres du groupe qui les écoutaient, principalement à Aaron Burtch, le batteur pour qu’il s’habitue à l’ambiance générale des titres. Après, on calait des temps d’enregistrement en studio pour enregistrer uniquement les parties de batterie sur des bandes analogiques pour obtenir un son plus ample. Ensuite, j’embarquais tous les fichiers pour bosser dessus dans mon coin comme j’ai toujours travaillé. J’ai tranquillement bossé dessus pendant un an et demi, paisiblement même je dirai. Ce qui a été génial sur ce coup-là, c’est qu’il y avait zéro pression, personne pour m’imposer des deadlines. Cela m’a permis d’avoir un temps de réflexion pour me remettre dans ma place de membre de Grandaddy. Je pense aussi que cela m’a permis de me confronter à mes capacités techniques afin d’obtenir un meilleur son pour le groupe. Techniquement, je trouve que c’est un bel enregistrement. Après je ne sais pas, j’essaye de ne pas trop y penser, je voulais faire un disque que les fans de Grandaddy puissent aimer.

On avait déjà un sentiment de renaissance ou plutôt de quelqu’un qui se reconstruisait à l’écoute de vos disques solo. On a l’impression que cette renaissance devait passer par un changement d’environnement. Vous avez d’ailleurs quitté Modesto pour le Montana. Pourquoi ce choix ?

Ce qui m’a maintenu à Modesto du temps de Grandaddy, c’était justement l’existence du groupe. C’est la ville où j’ai grandi, je l’ai quitté plusieurs fois quand j’étais plus jeune.. Ce n’est pas une ville très palpitante, culturellement ça bouge pas beaucoup. Forcément quand tu vis dans un trou perdu, cela t’incite à aller voir ailleurs où tu sais qu’il se passe tellement de choses passionnantes. C’était assez déprimant mais on était tout le temps sur les routes avec Grandaddy, en tournée. On passait finalement très peu de temps à Modesto, c’est pour cela qu’on se satisfaisait de la situation. Dès que le groupe s’est séparé, il m’a semblé évident qu’il était temps de partir. C’est là que je suis parti dans le Montana. J’avais toujours rêvé de vivre dans les montagnes. Dès que j’avais une seconde à moi, j’avais l’habitude de prendre ma toile de tente pour me trouver un coin paumé en Californie. C’était le bon moment pour changer de vie, je suis parti dans le Montana et j’y ai vécu huit ans. Je me suis installé à Portland, en parallèle de cela, dans ma vie privée, il y a eu pas mal de bouleversements, ma séparation avec ma compagne. C’est à peu près là que j’ai commencé à travailler sur le disque, j’ai fini par retourner à Modesto, enregistrer le disque là-bas. C’était pour moi une belle façon de boucler la boucle et de finir cette aventure en quelque sorte.

Quel regard portez-vous sur l’industrie du disque d’aujourd’hui ?

Je ne sais pas, la musique mainstream d’aujourd’hui est plutôt merdique. Je me fous pas mal de l’industrie du disque. J’ai mon manager qui me donne les informations dont j’ai besoin sur tout ça. Bien sûr, j’écoute toujours de la musique mais je porte pas beaucoup d’attention à l’industrie du disque. On peut pas vraiment dire que cela me fascine.

On vous voit collaborant avec des artistes émergents, je pense à Kramies Windt en particulier. Cela vous apporte quoi ces collaborations ?

J’aime bien travailler avec Kramies parce qu’il fait peu de morceaux et qui les travaille en profondeur, j’adore sa voix, en plus c’est un garçon charmant. Il me laisse une totale liberté avec sa musique et ça c’est génial car c’est très généreux. Lui et moi, on se connaît depuis très longtemps. J’adore travailler avec d’autres artistes mais le truc, c’est que je n’aime pas passer trop de temps à l’intérieur. Je trouve que je passe déjà trop de temps enfermé en travaillant sur mes propres projets. C’est pour cela que quand je ne suis pas pris par mes propres projets, je privilégie la possibilité d’être à l’extérieur, à profiter des grands espaces.

Kramies est un musicien du Colorado, proche de Jason Lytle. Il est auteur d’une belle série d’albums entre Folk et Dream Pop. On se rappelle de sa collaboration récente avec Manuel Ferrer de A Singer Must Die. Il a travaillé à de nombreuses reprises avec le leader de Grandaddy. On trouve d’ailleurs quelques influences du musicien de Modesto dans la musique de Kramies Windt.

Revenons à Last Place. On a tout d’abord l’impression de retrouver Grandaddy là où on l’avait laissé  puis à force d’écoute, on prend conscience de détails nouveaux…

Oui, à vrai dire, j’ai souvent lu dans la presse que l’on m’accusait de ne pas être assez novateur, de ne pas chercher à me renouveler, de ne pas faire grandir ma musique. C’est vrai que j’ai ma manière bien à moi, une façon dont j’aime faire les choses. Il y a tellement de manière pour enregistrer un disque, tellement de directions possibles à prendre, tellement de grilles d’accord, de samples, il faut savoir se limiter. Depuis mes débuts, j’ai toujours une ligne de travail bien établie. Bien sûr, c’est plus intéressant pour moi de m’imposer des petits challenges mais je crois que quand tu travailles le son, tu dois avoir une véritable réflexion dessus. Toute décision prise qui vient impacter le son doit avoir une bonne raison. On ne crée pas pour impressionner ou se la raconter ou se la jouer avec ses compétences techniques. L’idée  c’est de trouver le bon équilibre entre un minimum de difficulté et de changement pour que cela reste stimulant et intéressant mais sans perdre l’auditeur, il faut qu’il y retrouve quelque chose de familier.

Au fur et à mesure des écoutes, on passe de cette impression d’un disque très spontané à la découverte d’une foultitude de petits détails.

C’est très encourageant de t’entendre dire cela. C’est vrai que ce disque est construit par un empilement de couches, comme plusieurs strates superposées. Ce que j’essaie de faire sur Last Place, c’est de recréer cette impression de vie, le quotidien banal, la beauté de vivre. La sensation de vivre. J’essaie de rendre hommage à ces petits moments de la vie à travers tous ces morceaux. Je fais ma musique pour des gens qui souhaitent vraiment entendre la musique et qui sauront en découvrir les arrière-cours, les détails et les non-dits. C’est ce genre d’album qui me touche vraiment chez d’autres artistes.

Vous dites par exemple d’Evermore que c’est un titre dans lequel vous vouliez travailler sur la notion de répétition. D’où est venu ce titre ?

Je ne sais pas vraiment mais je crois que c’est plus le résumé de plusieurs  moments de vie, d’une sensation ressentie. Cela remonte à une expérience vécue il y a déjà de nombreuses années. A l’époque, je vivais encore dans le Montana. Un jour, je randonnais sur les sentiers de montagnes et des paroles me sont apparues devant les yeux. Quand il a  fallu les mettre en musique, je me suis vite retrouvé obsédé par les accords pour ce titre. Je créais ces accords avec ce son très artificiel, très synthétique. J’arrêtais pas de retravailler le texte qui racontait mon enfance à Modesto, des coins importants pour moi. C’est bizarre pour moi car rien ne prédestinait Evermore à devenir un titre du répertoire de Grandaddy. Je ne savais pas vraiment comment le prendre et le mettre en forme. C’est la première chose qui est venue mais je ne savais trop qu’en faire. C’était très compliqué de travailler dessus car c’est un morceau qui a un potentiel énorme, basé sur la rythmique qui peut s’emballer mais qui peut aussi piéger l’ensemble et rendre le tout plat et ennuyeux. On a bossé comme des dingues sur ce titre pour obtenir ce résultat.

A chacune des sorties d’un disque de Grandaddy, vous disiez que le futur était imprévisible. Comment voyez-vous le futur de Grandaddy ?

On est au début d’un nouveau chapitre, très excitant mais aussi chaotique. Je ne peux rien prédire, ça peut être un vrai désastre ou une belle aventure. Seule la vie nous dira si c’était une bonne décision. Le plus excitant dans tout cela, c’est de pouvoir jouer devant un public qui ne nous connaît pas encore, de jouer car je crois que le groupe n’a jamais été aussi bon qu’aujourd’hui et ça, ça me rend heureux. Espérons juste que je resterai sain d’esprit.

Propos recueillis par Greg Bog – mars 2017

One thought on “L’interview avec Jason Lytle de Grandaddy

  1. Les interviews qu’on peut lire sur des blogs ou des webzines sont rarement aussi fouillées, fleuves et intéressantes que celle-ci. Chapeau !

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