La Disparition de Josef Mengele – Olivier Guez

Olivier Guez explique, par le menu, comment Josef Mengele, le « boucher d’Auschwitz » a échappé à tous les radars et comment il est mort, en 1979, sans jamais avoir été inquiété. Saisissant !


(© Jean-François Paga)

Il y a des livres qui arrivent dans votre vie à point nommé. Celui d’Olivier Guez ne pouvait pas tomber mieux dans mes lectures de la rentrée littéraire. À l’aune d’un tour d’Europe de l’Est cet été, je suis passée par la Pologne. Inévitablement, je suis allée à Auschwitz-Birkenau. Trois heures et trente minutes de visite guidée pour saisir l’enfer et l’inhumanité… à travers le camp de concentration (Auschwitz), puis le camp d’extermination (Birkenau). Trois heures et trente minutes pesantes, effrayantes, effarantes. À la sortie, une sidération. Une incompréhension. Une tristesse incommensurable. Comment ? Pourquoi ? Et puis cette question autour du « boucher d’Auschwitz »… Durant la visite, nous avons stationné de longues minutes devant le block 10, lieu des plus effroyables expériences soi-disant scientifiques du docteur Josef Mengele.

Apprendre à l’occasion de cette visite du camp que le tortionnaire n’avait jamais été inquiété… Être sidérée par cette nouvelle. Quoi ? Pas de procès ? Pas d’arrestation ? Pas de jugement pour ces actes barbares ? À la tristesse, voir s’ajouter le malaise, l’incompréhension et la sensation d’une injustice la plus totale. Se demander pourquoi… Et puis entendre au retour de l’été qu’un livre paraissait en cette rentrée littéraire. Vouloir à tout prix le lire. Pour comprendre enfin. Ou, du moins, essayer…

Voilà comment je me suis retrouvée il y a quelques jours à lire compulsivement cet ouvrage. En avoir la nausée parfois. Mais faire des allers-retours entre mes souvenirs récents du camp et le récit d’Olivier Guez. Une écriture puissante et saisissante pour raconter l’inexplicable. L’auteur remonte le temps et la trace du médecin SS qui a pris la fuite en 1949. D’abord vers l’Argentine, puis la Bolivie et le Brésil. Le bourreau d’Auschwitz a trouvé refuge jusqu’à sa mort en Amérique latine. Enterré sous une fausse identité.

La force du livre de l’écrivain et journaliste Olivier Guez réside dans la précision des faits. Mais aussi et surtout dans le portrait qu’il fait de Mengele. Horrible personnage de bout en bout. Qui jusqu’au face-à-face avec son fils, ne consent « qu’avoir fait son devoir patriotique » à Auschwitz. Cette scène avec le fils (qui a changé de nom pour celui de son épouse) est l’une des plus fortes du livre. Les propos rapportés serrent les tripes. La violence de Mengele dans ses rapports aux autres est sous-jacente. Voir grossir au fil des pages l’ego surdimensionné d’un misérable barbare. Le portrait du docteur se dessine peu à peu. Tyran jusqu’à la fin. Très bien entouré et protégé par une armée d’amis SS dont le cœur bat encore son plein, en souterrain, bien après la fin de la guerre.

Se souvenir à nouveau du long couloir traversé cet été à Auschwitz… Celui où sont accrochées toutes les photos des déportés. Le regard froid. Le visage émacié. Les têtes tondues. Ressentir le froid du couloir alors même qu’il faisait ce jour-là très chaud dehors. Mais les cœurs et les esprits étaient congelés. Toutes les questions qui me taraudaient ont trouvé leurs réponses grâce à La Disparition de Josef Mengele. Et se dire que ce passé récent est encore bien trop souvent bafoué par un certain présent. Qu’il ne faudrait pas donner trop de voix aux négationnistes qui pullulent encore…

Delphine Blanchard

La Disparition de Josef Mengele
Roman français d’Olivier Guez
Date de parution : 16 août 2017
Éditions Grasset
240 pages, 18,50 €

 

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