Live Report : Pitchfork Music Festival 2017, à La Grande Halle de La Villette

Le plus gros événement musical de cet automne était bien évidemment le Pitchfork Music Festival à la Grande Halle de la Villette de Paris qui s’est déroulé du 2 au 4 novembre 2017. L’équipe de Benzine vous raconte ces trois journées riches en musiques.

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Depuis 2011, la franchise du plus grand média américain s’est installée à la Grande Halle de la Villette et même si la programmation est moins marquante que celle de Chicago, cela fait toujours aussi bien de se faire un plein de musique pendant trois journées.

La première journée se déroulait le 2 novembre, soit la veille du dernier jour de l’Avant-Garde, et au programme on avait donc Ethan Lipton & His Orchestra, Moses Sumney, This Is The Kit, Chassol, Rone, Ride, Kevin Morby et The National en guise de conclusion.

Ayant raté les prestations d’Ethan Lipton & His Orchestra et de Moses Sumney, j’étais bien en avance pour le set de This Is The Kit à 18h40. La plus parisienne des britanniques était bien contente d’être invitée par la grosse tête d’affiche de la journée qu’était The National et accompagné de ses musiciens dont la talentueuse Rozi Plain à la basse ainsi que Louise Thiolon aux percussions et aux chœurs entre autres. Rejointe par Halo Maud, Diane Sorel et Santi Masud sur deux morceaux, Kate Stables et son drôle de bonnet envoûte le public avec grâce et élégance en retranscrivant sur scène son très bon dernier album Moonshine Freeze. Un set placé sous le signe du folk, on ne pouvait pas rêver mieux.

Suite à cela, il était temps de basculer de l’autre côté de la halle à 19h20 pour assister au set de Chassol qui est de retour à la capitale. Avec l’aide de son batteur Mathieu Edward (finaliste de la 7ème édition de la Star Academy oui, oui…), le pianiste introduit son voyage musical à coup de chants d’oiseaux et retranscrit toute la magie de son dernier album ultra-créatif Big Sun en live accompagné d’images illustrant bien le trip musical de l’opus. On y voit un joueur de flûtes dans un cimetière, de deux jeunes qui nous balancent un freestyle de rap/dancehall bien mélodieux ou encore d’une ambiance de carnaval, le tout soutenu par les martèlements de batterie et de mélodies tantôt pianistiques tantôt synthétiques pour le plus grand bonheur du public. Retranscrire un album en images et en live n’est jamais chose aisée et pour le coup, on ne peut que saluer l’artiste martiniquais pour cette expérience incroyable.

Christophe Chassol

Il est maintenant 20h20 et l’heure est venue de changer de côté pour assister à la grande messe électronique en compagnie de notre Rone national qui a toujours de l’énergie à revendre. Accompagné de son batteur, le musicien nous a présenté en avant-première certains morceaux de son nouvel album Mirapolis (par ailleurs, la scène est décorée par une énorme toile qui représente la pochette de l’opus) la veille de sa sortie et, surprise, le public a énormément adhéré. On pensait atteindre le 7ème ciel mais ce n’est rien comparé au fait que Noga Erez fasse une intervention surprise pour interpréter leur collaboration Wave. Un moment d’extase jusqu’à ce que notre frenchy nous balance ses classiques Bye Bye Macadam et Parade en fin de set comme conclusion magistrale.

Maintenant, il est l’heure d’accueillir les légendes du shoegaze britannique des années 1990. Non je ne parle ni de My Bloody Valentine ni de Slowdive mais de Ride, le légendaire quatuor d’Oxford qui a effectué un come-back (pas très) fracassant avec leur nouvel album Weather Diaries en juin dernier. Andy Bell et Mark Gardener ainsi que ses autres compères sont chargés de nous transporter deux décennies en arrière en survolant leur répertoire allant de Nowhere à leur dernier album sans oublier leur morceau inédit Pulsar publié la veille et interprété pour la première fois pour son public conquis d’emblée et qui en redemande.

Ride

Après ce retour en arrière plutôt agréable, l’heure est venue d’assister à mon dernier concert de la journée avec Kevin Morby qui débutait à 22h15. Inutile de retracer le parcours plus qu’honorable de l’ex-bassiste de Woods qui gravit échelon sur échelon à chacune de ses sorties avec le dernier album City Music paru en juin dernier. Accompagné de la prodige Meg Duffy alias Hand Habits, qui a publié un des meilleurs albums indie folk US cette année du nom de Wildly Idle (Humbly Before The Void) et de deux autres musiciens, le dandy de l’indie folk avec son costard noir et ses notes de musique blanches nous régalait en enchaînant tube sur tube avec comme sommets Harlem River, Crybaby ou encore Aboard My Train sans oublier le morceau éponyme de son dernier album. De quoi bien clôturer ma première journée au Pitchfork et désolé, je n’ai pas pu assister au set de la grosse tête d’affiche qu’était  The National car je n’aurai pas eu de transports en commun sinon.

C’est reparti pour une seconde journée avec au programme HMLTD, Cigarettes After Sex, Tommy Genesis, Sylvan Esso, Andy Shauf, Isaac Delusion, Rejjie Snow, Kamasi Washington, Polo & Pan mais aussi le grand retour de Jungle (dont on attend toujours leur nouvel album avec impatience).

Ayant loupé le concert de HMLTD, je me trouvais directement au set de Cigarettes After Sex qui est à coup sûr la révélation dream-pop américaine de 2017. Le groupe de Brooklyn mené par la voix androgyne de Greg Gonzalez se voit la responsabilité de faire planer son public en retranscrivant l’ambiance onirique et éthérée de leur album en live. Résultat des courses, ils ont respecté leur cahier des charges mais on aurait préféré un live moins trop parfait, moins trop sage et plus risqué. Avec toute la qualité de ce set qui comprenait également la reprise de REO Speedwagon qu’est Keep On Loving You, il en devient malheureusement oubliable par moments.

Sans compter que le set suivant allait réveiller pas mal d’entre nous avec la rappeuse Tommy Genesis. Pour le premier concert de rap du festival, on avait plus qu’hâte de savoir ce que la canadienne avait dans le ventre. Le rendez-vous était fixé à 18h45 et très vite, la jeune demoiselle ainsi que sa DJ faisait tout son possible pour attirer son public à base de bangers trap avec des grosses basses comme Execute et Tommy entre autres et en a profité pour se faufiler dans la fosse, ce qui fut très brave et courageux de sa part et mérite tous mes applaudissements. Seulement voilà, quelques morceaux sont brutalement interrompus et on sentait que malgré tout cela, l’Indo-canadienne n’était pas très à l’aise mais a tout fait rattraper ces légers défauts avec la tuerie que fut They Cum They Go. Au final, son set a fait l’effet d’un verre à moitié vide mais ce n’est pas la faute de la rappeuse si elle a été propulsée trop rapidement à la lumière.

Il est 19h15 et il est temps de retraverser la salle pour retrouver Sylvan Esso. Le superduo de Durham composé de la chanteuse Amelia Meath et du producteur Nick Sanborn commençait avec les hostilités avec le tube qui les a révélés au grand public qu’était Hey Mami. Malgré un dérapage de la part du producteur, ils ont dû recommencer pour rattraper leur petite erreur et leur mission s’est avérée réussie tant ils auront tous les deux réussi à faire bouger son public à travers des morceaux électro-pop décapants et très efficaces en revisitant leurs deux albums allant de Die Young à Coffee en passant par Radio et Just Dancing sans oublier ses effets de lumière qui font le travail. Résultat, ça claque !

Après avoir fait danser la foule, cette dernière est partie pour se prendre une bonne dose de folk baroque et mélancolique de la part d’Andy Shauf qui a pas mal cartonné avec son album The Party l’année dernière. Cela faisait plaisir de faire à nouveau connaissance avec son ambiance de cabaret plutôt nonchalante et planante tant le bonhomme avec sa casquette vissée et sa guitare était à son aise mais sur la longue, l’ennui pointe le bout de son nez et son répertoire était trop homogène et manquait de distinction. Aurait-on attendu mieux de sa part ? Je pense bien.

Après un set un peu trop reposant, c’est au tour d’Isaac Delusion qui s’est fait remarquer il y a cinq ans dans ce même festival alors qu’ils n’étaient pas encore connus. Et depuis, le groupe parisien en a fait du chemin avec deux excellents albums dont le dernier Rust & Gold paru en avril dernier. Avec un nouveau line-up, le groupe nous concocte une setlist solide et carré aussi bien atmosphérique que dansant en interprétant la majorité du nouvel album sans oublier certains classiques comme leur cultissime Midnight Sun. On sera enchanté par les versions d’Isabella, Cajun ou encore le funky How Much (You Want Her) sans oublier le dernier morceau Distance complètement impressionnant et hypnotisant de A à Z. Donc ouais, les nouveaux chouchous du label Microqlima ont encore une fois assuré le show.


Rejjie Snow

Il est 21h35 et il est temps d’assister au second concert rap du festival avec la révélation irlandaise du nom de Rejjie Snow. On est d’abord surpris que son DJ ose commencer le set sur Macarena de Damso (même si je trouverais que ce serait hilarant que le MC reprenne le morceau mais bon…) mais au final, le rappeur prend les choses en main et fait bouger son public avec sa prestance remarquable et technique à travers des hymnes affirmés comme D.R.U.G.S. avant de descendre dans la foule. A travers ces treize morceaux qu’il interprète de façon efficace, le bonhomme nous a prouvé qu’il pourrait incarner le futur du rap made in UK.

A peine son dernier morceau très dynamique Keep Your Head Up s’achève, voilà que retentissent les notes de saxophone de Kamasi Washington à l’autre bout de la halle. C’est justement lui qui suivra accompagné de son live band et qui va signer LE meilleur concert de la journée. Avec son jazz cosmique teinté de soul et de funk, le saxophoniste collaborateur de Kendrick Lamar, Thundercat ou encore de Flying Lotus fera danser toute la halle, de la foule aux gens rescapés au VIP Room et des quartiers Greenroom. Riche en improvisation musicale, on sent que lui et son groupe s’éclatent et nous offrent chacun des solos d’anthologie avec leurs instruments respectifs. Tout simplement LA grosse claque du festival ! Suite à cela, ma seconde journée s’est achevée mais reste totalement satisfaisante.


Run The Jewels

Et c’est avec un pincement au cœur que je dois entamer ma troisième et dernière journée au Pitchfork Festival avec au programme Sigrid, Sônge, Tom Misch, Loyle Carner, Jacques, BADBADNOTGOOD, Princess Nokia, Run The Jewels, The Blaze, Bicep, The Black Madonna et Talaboman qui clôture le festival.

En loupant les premiers sets de Sigrid et de Sônge, j’étais à l’heure pour le troisième concert de la journée qu’était celui de Tom Misch qui s’est déroulé à 18h40. Le guitariste londonien est accompagné de sa sœur Laura au saxophone mais également d’un violoniste, d’un claviériste, d’un batteur, d’un guitariste et d’un bassiste fait pleuvoir des morceaux chill et à la cool qui ont de quoi faire penser au label Roche Musique (FKJ, Darius…). Rendant également au regretté J Dilla, la foule est conquise par ses compositions terriblement smooth comme Colours Of Freedom et I Wish sans oublier ses improvisations instrumentales terriblement funky. On regrette simplement qu’il n’ait pas interprété son tube Crazy Dreams avec Loyle Carner.

D’ailleurs, en parlant de ce dernier, il était programmé juste après celui de Tom Misch et on s’imaginait que ce dernier allait le rejoindre pour interpréter ce morceau. Bah désolé de casser l’ambiance, il n’en sera rien car la révélation hip-hop britannique est plutôt préoccupée à occuper la scène et en ambiançant sa foule qui vient bouger la tête à travers ses tubes boom-bap 90’s de son premier album Yesterday’s Gone avec The Isle Of Arran comme parfaite introduction mais aussi la chanson d’amour Damselfly (ou on aurait aimé que Tom Misch vienne le rejoindre mais non…) ou encore Sun of Jean, No CD et Stars & Shards. L’éternel supporter du Liverpool n’hésite pas à crier des « Fuck Brexit » ou fait rapper son DJ Rebel Kleef qui, lui, se débrouille à merveille. Un set plus calibré et plus maîtrisé que celui de la FNAC Live et le natif de South London a fait son show de façon impeccable.


Loyle Carner

Il est 20h10 et c’est l’heure du trublion de la musique électronique à la française qu’est Jacques. Et plus barge que lui, personne ne peut faire mieux. Avec sa coupe de cheveux légendaire, il sort le grand jeu quand il s’agit de jouer les excentriques en faisant venir tous les drapeaux du monde. Que ce soit à la guitare, aux synthés, avec son bocal d’eau ( ?), son escabeau ( ??), sa grille de fer ( ???), sa balle de ping-pong ( ????), il tapait sur tout ce qui bouge pour nous offrir des rythmiques hypnotiques ce qui montre toute sa créativité (et sa folie aussi).

Après le mindfuck improbable musical que nous a offert notre frenchy imprévisible, il est temps de traverser l’autre côté pour être à l’heure pour le quatuor canadien BADBADNOTGOOD. L’année dernière, le groupe de hip-hop/jazz instrumental nous a gratifiés d’un très bon album intitulé IV et voilà qu’ils nous impressionnent devant tant de technique avec ses compositions instrumentaux où l’on a pu reconnaître Lavender (le fameux morceau avec Snoop Dogg et Kaytranada qui a pu bénéficier d’un clip où Snoop a tiré sur le faux Trump, une controverse qui a fait couler beaucoup d’encre… ou pas) mais aussi Speaking Gently.

Maintenant qu’on a été hypnotisé par un set propre et technique, l’heure est venue de se prendre un bon set de hip-hop féminin avec la nouvelle sensation nommée Princess Nokia. Introduit par du Slipknot et du Sum 41 par son DJ, la rappeuse féministe de Harlem (qui est prête à te rentrer dedans si tu lui fais des remarques sexistes et racistes) défendait son dernier projet 1992 et l’a fait avec classe et distinction malgré ses grognements incessantes et son backing track bien trop présent. Beaucoup ont bougé sur ses tubes Tomboy entre autres et moi aussi.

22h45 et après avoir joué au blind-test de Radio Nova par Sophie Marchand (et après avoir remporté le gros lot parce que ma culture musicale n’avait pas de limites…), c’était l’heure de se prendre une bonne grosse branlée avec le retour de Run The Jewels. Comme il y a deux ans, El-P et Killer Mike électrisaient la foule avec des hymnes bien efficaces pour pogoter ou pour bouger dans tous les sens. En survolant avec classe toute leur répertoire de R.A.P. Music à leur récent RTJ3 en 17 morceaux, le duo de hip-hop nous a mis une fois de plus d’accord sans oublier leur magique rappel sur Angel Duster et ce moment marquant où El-P prêche la bonne parole en livrant un message sur le respect entre festivaliers et ordonnant aux messieurs de garder leurs mains en l’air et non sur les derrières de ces demoiselles. Donc oui, ils sont venus casser des bouches mais n’ont pas gardé leur humanité pour autant.

Je n’ai pas pu assister aux sets de The Blaze, Bicep et encore moins celui de Talaboman mais pour faire court, cette nouvelle édition du Pitchfork Music Festival a été riche en émotions et en musique et fut la plus décontractée et la plus humaine qui soit. Le festival qui a attiré plus de 80% d’étrangers continue de nous prouver que la musique indépendante bat son plein en plein Paris. Et rien que pour ça, mieux vaut remercier non seulement Ryan Schreiber, créateur de Pitchfork, mais aussi les organisateurs (La Cadence, Super !, Greenroom et même le Cashless…) pour cette édition plus que mémorable et à l’année prochaine !

Texte Florian SONI BENGA
Photos : Vincent Arbelet et Alban Gendrot

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