Les transalpins d’Antarte, entre dream pop et post-rock lyrique

Le Rock italien traverse peu les frontières. On se rue donc sur « Isole » du groupe de Bologne Antarte, entre ivresse Post-Rock et peur des cimes.

antarte

Le Rock italien a eu ses heures de gloire dans les années 80 et au début de la décennie 90 avec des groupes comme Litfiba. On peine à leur trouver des successeurs depuis. Pourtant, la langue italienne est par excellence un idiome musical.  A quoi explique-t-on alors le peu de productions que nous propose l’Italie ? N’y aurait-il que des Eros Ramazotti là-bas ? La malédiction Riccardo Cocciante frapperait-elle encore ? Ou plus sérieusement, L’Europe du Rock  n’existerait-elle pas encore ? Car on a bien entendu dire que par exemple côté Metal, l’Italie avait peu à envier aux autres pays.

Le collectif Antarte vient de Bologne et on peut bien le dire, au début, on craint un peu le pire à l’écoute de l’ouverture d’Isole, un disque qui semble plagier allègrement sur le Sigur Ros des débuts et un Rock FM un peu indigeste.

Comme tous les disques passionnants, Isole est un disque qui se gagne d’écoute en écoute et se révèle finalement bien plus complexe qu’il n’y paraît. Allant aussi bien du côté d’une Dream Pop faussement éthérée que d’un Post-Rock épique, les italiens proposent une aventure au long cours.

Il faudra s’attarder sur la beauté et la justesse des arrangements, en particulier un Piano utilisé tout en délicatesse. On fera un peu les bégueules en trouvant parfois quelques facilités avec des références trop fortement appuyées, sans doute des erreurs de jeunesse que rides et persévérance sauront venir taire.

On leur conseillera sans doute aussi d’aller plus perturber leurs climats aériens, de se laisser plonger dans les nuages noirs des tempêtes.

Antarte évite les pièges d’un Post-Rock trop facile, vous savez ces envolées lyriques et brumeuses et sait privilégier une tension permanente sous-jacente. Les italiens ont un sens de l’économie dans les effets et savent comme Harold Budd par exemple discerner l’indicible. On retrouve chez eux aussi un peu de l’électricité maîtrisée que l’on aime chez Steven Wilson. On ne s’attardera pas sur les quelques petits mouvements paresseux, les approximations d’un disque parfois maladroit qui le rend d’autant plus touchant.

Isole se donne du temps et installe ses paysages intérieurs le temps de longues complaintes qui déjouent les prévisions. La météorologie des compositions sait jouer avec le vent et les marées.

Pour autant, il sera question ici d’une belle promesse d’errance intérieure. On ne boudera donc pas un plaisir simple et on laissera le temps à un groupe encore jeune de se débarrasser de quelques facilités pour enfin affirmer pleinement une personnalité singulière.

Greg Bod

Antarte – Isole
Label : Megaphone / Differ-Ant
Sortie : 16 mars 2018

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