Vies déposées : Tom-Louis Teboul raconte le peuple de la rue

Tom-Louis Teboul raconte la rue. Ses personnages à la marge. Leurs vies déposées sur l’asphalte comme le genou à terre que l’on met quand plus rien n’est possible. Ce premier roman raconte le peuple de la rue. Celui qu’on a du mal à regarder droit dans les yeux. Un récit saisissant.


© Astrid di Crollalanza

Il y a Ernst et Jul Blondel. Les inséparables de la rue. Et puis il y a Ilmiya. La courageuse. La jeune fille parmi les sans domicile. La compagne d’infortune de ces deux-là. Même si l’on comprend vite qu’il n’y a pas vraiment de compagnon de route dans ce monde. A chacun ses emmerdes. La vie est assez difficile comme ça ! Vies déposées raconte le quotidien de trois SDF. Au jour le jour. Comme si l’un d’eux avait tenu un journal de bord. On vit avec eux. Boit avec eux. Baise avec eux. On ressent le froid et la puanteur. Tom-Louis Teboul, à seulement 30 ans, donne à voir les souffrances de toute une vie. C’est prodigieux et saisissant.

Impossible de ne pas penser que l’engagement de l’auteur au sein du mouvement Emmaüs n’est pas l’élément déclencheur de ce roman coup de poing. Tom-Louis Teboul n’épargne rien à son lecteur. Il enjolive encore moins. La bière colle aux chaussures. La transpiration entre dans les narines. L’odeur des flatulences, des renvois et de l’alcool imbibe pour longtemps nos esprits. Aussi engourdis que ceux des protagonistes au fil de la lecture. Une odyssée littéraire qui fait mal et qui blesse. Parce qu’elle nous met fasse à nos manquements et contradictions. Que faisons-nous face à la pauvreté du monde ? Regardons-nous le peuple de la rue comme nous regardons les autres passants ?

Non ! On baisse encore un peu plus la tête. On regarde le bout de nos chaussures. Pour ne pas voir l’inhumanité en action. Pour ne pas regarder en face notre lâcheté. Grâce à Tom-Louis Teboul, Ernst, Jul Blondel et Ilmiya ont des visages. Des prénoms. Une vie comme tout un chacun. Une vie minuscule et à terre. L’action se déroule à Paris. Mais c’est le récit du monde. D’une société qui ne veut pas voir cette misère humaine.

« La crise, le chômage, le racisme, l’ennui, la gloire promise, le sexe, la peur de la mort, l’opinion publique déferlaient comme une vague que Jul reçut en pleine gueule… »

Circulez ! Y’a rien à voir ? Au contraire, il y a ces victimes de la vie assis sur le trottoir toute la journée. Ces sans domicile fixe, comme on dit pudiquement. Ces clochards, comme on devrait dire plus justement. Ces claudicants, ces hommes blessés, ces éclopés de la vie. Tom-Louis Teboul redonne vie à ces âmes mortes. Il y a du romanesque et du souffle dans cette épopée moderne. C’est juste, profond et violent. La vie, quoi !

Delphine Blanchard

Vies déposées
Roman français de de Tom-Louis Teboul
Éditeur  : Le Seuil
336 pages, 19 €
Parution : mars 2018

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