L’Elephant Stripien dans le magasin de porcelaine du Rock’n’Roll

En 2003, un drôle de riff vient percuter ton tympan comme un putain d’uppercut vient te détruire le foie. L’évidence Rock’n’Roll vient de te marcher sur les pompes sans s’excuser et se permet en plus de t’engueuler. 

The White Stripes elephant

Les White Stripes viennent de signer Seven Nation Army et offrent l’étendard Rock, l’hymne générationnel que les rockeurs attendaient depuis le Smells Like Teen Spirit de Nirvana. Les WS s’assoient tranquille sur les marches du panthéon Rock et regardent dorénavant l’horizon sereinement.

Seven Nation Army

Une ligne de basse (En réalité un riff de gratte couplé à un octaver réglé à l’octave inférieur) qui fait vibrer les vitres de ta maison et les tréfonds d’un Rock qui comprend que son heure est enfin (re)venu.
Une batterie qui claque comme une gifle sur ta joue un jour de grand froid, qui tape avec la rigueur et l’autorité d’un coup de règle professoral sur les doigts.
Une voix aigüe et lointaine qui semble venir d’outre-tombe, qui résonne à tes oreilles comme la résurrection de ces seventies épiques et enfumées.
Un solo plaintif débordant d’écorchures et de stridences assumées, des notes souffrantes expulsées de la guitare de Jack White dans la douleur, la mise au monde délicate de quelque chose d’important.
Le souffle du Dieu Rock passant entre les cordes de sa guitare, bénissant les doigts rugueux de Jack et consacrant sa six cordes au sommet de l’Olympe .

C’est la pureté et la simplicité des grandes choses. L’évidence.
C’est planter sa flèche en plein milieu de la cible. Toucher le coeur.

Devenir l’hymne d’une génération, un moment dans l’histoire. Flotter au vent comme les étendards musicaux générationnels que sont les Satisfaction, Smoke on the water, Stairway to heaven, Highway to hell ou Smells Like Teen Spirit.

Rentrer dans la légende.

2003.
Elephant sort dans les bacs, deux ans après le superbe White blood cells.
A ce moment là, les Stripes ne sont plus des inconnus. White Blood Cells fut un véritable tremplin pour l’envol des ex-époux White, avec une reconnaissance critique, un véritable succès « Indy » et la puce à l’oreille de la major V2 records, filiale d’Universal.
Les méthodes d’enregistrement ( Le Toe Rag Studios de Londres, cette fois-ci, où l’on enregistre encore analogiquement) de Mister Jack ne changent pas d’un iota: Un vieux huit-pistes qui donne ce petit grain « craspec », des sessions d’enregistrement rapides, nerveuses; une urgence à coller le Rock’n’Roll sur bandes avant qu’il ne se fasse la malle et une patate « Détroit Style » comme seule la « Motor City » peut en envoyer.

Elephant est l’aboutissement, l’apothéose du Rock des bandes blanches. C’est les White Stripes au carré.
Tout y est plus grand, plus beau, plus fort.

Le son « Vintage » de l’album et la prod’ léchée du studio Anglais sort le groupe de la sécheresse assumée de leurs premiers opus et enrobe ce son si caractéristique, si Punk, d’un manteau de fourrure richement garni.
Le Blues Stripien bourdonne encore plus, la saturation y est étouffante, le son compressé comme la poitrine de Kate Upton dans son petit haut de maillot de bain.
Les solos suraigus te sautent à la gorge et griffent ta petite gueule jusqu’au sang. Jack réinvente le Blues, crée son propre Blues, crache des solos éraillés remplis d’échardes qui bousille tes oreilles et te file la gaule. La concupiscence de ce Punk salace lorgnant, l’oeil lubrique, sur le petit cul bien rond du Blues, le tenant par les couilles et l’obligeant à se faire une jolie crête de Keupon sur la tronche.

Un album riche, en mouvement, qui traverse avec une force tranquille les thèmes et les obsessions chers aux White. Blues, Rock, Punk, Folk, tout passe à la moulinette du groupe avec la même hargne et le même talent insolent.

Jack prouvera avec son Ball et Biscuit Blues violent, nerveux et tendu comme un string que les bases du Rock Stripien viennent d’être ébranlé (morceau de 7 minutes contrairement aux chansons courtes qui était la marque de fabrique du duo), lâchant un solo fou, balafré, interminable sur les oreilles fascinées des auditeurs.
La douce Megan sera obligé de venir elle-même adoucir ce déluge de décibels et de testostérone avec la balade éthérée In the cold,cold night et donner encore plus de matière à un album qui n’en manquait pourtant pas.

Elephant est la pierre angulaire des White Stripes, la finalité de leur Rock. L’album de la synthèse.
Une synthèse électrique surpuissante, alliant dans un même élan Rock, Blues et Punk comme ils allient le rouge, le noir et le blanc dans leur esthétique si caractéristique.
Le disque-somme d’un groupe qui s’est acharné à retrouver dans la simplicité, dans le dépouillement, la véritable essence du Rock, l’âme centenaire du Blues.
Un disque essentiel. un Rock qui sort la tête haute de son garage. Un album qui marque au fer rouge les 00’s ressuscitant l’âme d’un Rock que l’on croyait perdu à jamais dans les limbes d’un genre, égaré dans nos vieux souvenirs plein de bruits et de fumées…

Renaud ZBN

Elephant est sorti le 1er avril 2003 chez XL Recordings

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