[Live Report] Yak / The Schizophonics / Howlin’ Jaws aux Nuits de l’Alligator 2019

Les Nuits de l’Alligator 2019 réunissaient, ce lundi 18 février 2019 à la Maroquinerie de Paris : Yak, The Schizophonics et Howlin’ Jaws pour une soirée 100% Rock’n’Roll assez mémorable.

ak Maroquinerie 18 février 2019

Je ne savais pas en m’accoudant au bar de la Maroquinerie ce lundi 18 février pour siroter mon traditionnel verre de vin blanc que j’allais vivre l’une des meilleures soirées Rock’n’Roll de ces dernières années.

D’ailleurs, j’avais prévu de commencer cette chronique par une phrase du genre : « Je ne savais pas que l’alligator et le yak étaient potes au point que le premier invite le second à une nuit de fête ! ». Oui, un vrai jeu de mot bien pourri, parce que je n’avais a priori rien de spécial à déclarer à propos de cette « Nuit de l’Alligator », avec les turbulents Anglais de Yak qui célèbrent la sortie de leur second album, mais aussi les très excitants Schizophonics, qu’on décrit sur le Net comme « un croisement entre le MC5 et James Brown« , pas moins ! Bref, même si je connais assez peu les enregistrements des deux groupes, une soirée tentante quand on se sent, comme moi, en manque sévère – en ces tièdes années 10 – de musique qui décape les esgourdes. Par contre, la moyenne d’âge sensiblement plus élevée que d’habitude confirme que ce sont plutôt les « vieux » comme nous qui ont le goût de la musique forte et violente, ce qui certes rassure sur la capacité de notre génération à bien vieillir, mais inquiète quant à une sorte de « jazzification » du Rock qui bastonne, bientôt réservé au troisième âge.

20h : Howlin’ Jaws, de Paris

Howlin Jaws Maroquinerie 18 février 2019

Je craignais un peu l’exercice de style rockab’, et encore plus en voyant la contrebasse et les mèches gominées du trio. Et puis non, à la place, on a eu droit à 30 minutes d’un rock’n’roll certes traditionnel – on va dire millésimé 50’s, 60’s et même 70’s – joué avec virtuosité et intensité à la fois. Lucas Humbert, le guitariste, est particulièrement impressionnant et il soulève chaque morceau, ou presque (Oh Well, Stranger…), vers l’extase. Comme les compositions sont solides (la palme au bagarreur et bien nommé Beer, Liquor and Wine), le chanteur compétent et charismatique derrière sa contrebasse virevoltante, et le batteur très énervé, il y a rapidement une sensation de plaisir total qui envahit une Maro déjà bien remplie. Et la pression monte encore, de titre en titre, le set est de plus en plus énergique, tout en restant très élégant, très classe. Bon, Djivan Abkarian, le chanteur, a tendance – gag ! – à se repeigner un peu trop souvent, mais quand c’est la seule critique – amicale – que l’on formule à propos d’un set, on peut dire que l’excellence n’est pas loin. On finit par un medley réjouissant : tout le monde a la pêche après ça, la soirée est déjà réussie. Merci l’Alligator, merci Howlin’ Jaws !

20h55 : …sauf qu’on n’a encore rien vu… Parce qu’en quatre décennies de concerts plus ou moins extrêmes, je ne crois pas avoir déjà vu quelqu’un comme Pat Beers.

The Schizophonics Maroquinerie 18 février 2019

Imaginez Iggy Pop en 1969 avec une guitare et beaucoup, mais beaucoup plus énervé, et vous serez encore loin du compte. 35 minutes de rock made in Detroit – sauf que The Schizophonics… viennent de San Diego au XXIe siècle, ce qui est à proprement parler inconcevable. 35 minutes de chansons impeccables destroyées par une section rythmique furieuse, sur laquelle une guitare et une voix soul hystérique, en combustion permanente, viennent nous rappeler à l’ordre : le Rock, c’est ça et tout le reste n’est qu’une pâle imitation pour les timides et les frileux. 35 minutes de roulades, de grands écarts, de micro qu’il se prend dans les dents (ouille !), de retours qu’il se prend dans les reins (aie !)… à se demander comment il fait, Pat, pour survivre à chacun de ses sets. Et même pour tenir 35 minutes comme ça. En 1977, les punks allaient moins vite que lui, et ils ne pouvaient jouer que 20 minutes. Ce mec est un super héros, le croisement impossible entre un kangourou et un derviche tourneur. Et ça fait apparemment 10 ans que le groupe existe : on n’ose pas penser à l’état de ses rotules et de sa colonne vertébrale… Sans même parler du plus important quand même, de cette musique typiquement garage – guitare en fusion et sonorités soul, donc – mais avec un goût pour l’extrême qui évoque en effet la Fun House stoogienne ou les harangues enflammées du MC5. Bref, si les Schizophonics passent près de chez vous, allez-y de toute urgence, vous non plus n’aurez jamais vu un performer de ce calibre, avec en plus une excellente musique qui vous récurera les oreilles jusqu’au fond. En avant-dernier titre, Pat nous annonce un Something’s got to give qui nous offre l’extase destroy absolue. Après the Schizophonics, l’herbe ne repousse plus. Bonne chance à Yak : à 21h30, je n’arrive pas à imaginer comment ils vont faire pour passer après une telle tornade.4

22h00 : … sauf que Yak, eh bien, ils ont une martingale imparable : un public bien plus jeune, et plus féminin, qui va porter le groupe à bouts de bras et lui faire un triomphe.

ak Maroquinerie 18 février 2019

Troisième trio guitare / basse / batterie de la soirée, troisième claque : décidément l’Alligator a eu la dent creuse quand il a pondu la programmation de ce soir. Bon, peut-être une claque un peu moins assourdissante que celle des Schizophonics, mais un beau, beau moment de puissance live quand même. Il n’est pas évident de cataloguer la musique de Yak, ce qui est évidemment une bonne chose, mais si l’on essaie, on peut parler de heavy blues led zeppelinien, de transe mancunienne à la Stone Roses, de grunge déstructuré ou de psychédélisme expérimental et électronique… Ce qui ne fait évidemment aucun sens, surtout sur album où l’aspect assez déconstruit des chansons déroute un peu : sur scène, par contre, l’incroyable énergie du groupe, et en particulier de sa section rythmique surpuissante, a un impact sidérant sur le public. Après une intro sous forme de bidouillages électroniques, il suffit de deux minutes de Heavens Above pour que la Maro bascule dans la frénésie : pogo général, crowd surfing, c’est parti pour cinquante minutes très, très agitées.

Oliver Henry Burslem, vêtu de manière improbable d’une sorte de pyjama de satin blanc, pieds nus, à une allure d’ange avec ses boucles blondes et son grand sourire chaleureux : on comprend facilement la haute densité de jeunes femmes dans la salle ! Décontracté, un peu ironique, il sait néanmoins faire monter la tension d’un solo de guitare rageur, ou en poussant sa voix jusqu’au cri, et surtout en encourageant les slammers : « Good behaviour, good behaviour ! ». Une vraie graine de star, si ce n’était les passages assez malaisants où la musique de Yak se ralentit, s’essaie à des mélodies difficilement discernables, vire à la psalmodie pas toujours très inspirée. Bref, le set de Yak aura un profil de montagnes russes, avec des décollages hystériques magnifiques – qui justifient l’excellente réputation scénique du groupe – et des creux passablement creux, où la tension retombe, et où certains s’ennuient (moi, par exemple), pendant que les autres en profitent pour recharger les batteries avant le prochain pogo infernal.

A la fin, Oliver organise le chaos dans un mosh pit furieux, puis fait une longue promenade sur les mains de ses fans – un crowd surfing dont il me semble bien que certaines fans ont profité pour l’embrasser. Les instruments à peine posés à la fin de Hungry Heart, voilà Oliver qui descend dans la salle, une guitare acoustique à la main, nous annonçant qu’on va poursuivre ça dehors ! Sympa… sauf que l’étroitesse de l’escalier par rapport au nombre de personnes dans la salle fait que, le temps que j’arrive dehors, le set acoustique dans la cour intérieure de la Maro se termine…

Pas grave ! J’ai le sentiment ce soir d’avoir vécu trois concerts parfaits, chacun dans leur genre : énergie et virtuosité avec Howlin’ Jaws, folie furieuse avec The Schizophonics, et puissance de feu avec Yak. Trois facettes du Rock bruyant et violent dans tous ses états. Trois raisons de continuer à y croire. »

Texte et photos : Eric Debarnot

Les musiciens de Howlin’ Jaws :
Djivan Abkarian – chant, contrebasse, basse
Baptiste Léon – batterie, chant
Lucas Humbert – guitare, chant

La setlist du concert de Howlin’ Jaws :
Three Days (Burning House EP – 2018)
She’s Gone (Burning House EP – 2018)
Oh Well (Burning House EP – 2018)
No Thanks
Beer, Liquor and Wine
Stranger
Medley

Les musiciens de Schizophonics sur scène :
Pat Beers – voice, guitar
Lety Beers – drums
Blake Dean – bass guitar

Les musiciens de Yak sur scène :
Oliver Henry Burslem – lead vocals, guitar
Vincent Davies – bass
Elliot Rawson – drums

La setlist du concert de Yak :
Heavens Above (single – 2016)
White Male Carnivore (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)
Bellyache (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)
Layin’ it on the Line (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)
Pay Off vs. The Struggle (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)
Words Fail Me (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)
Use Somebody (Alas Salvation – 2016)
Harbour the Feeling (Alas Salvation – 2016)
Pursuit of Momentary Happiness (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)
Fried (Pursuit of Momentary Happiness – 2019)
Alas Salvation (Alas Salvation – 2016)
Hungry Heart (Alas Salvation – 2016)

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