Bonnie ‘Prince’ Billy, Bryce Dessner, Eighth Blackbird : When We Are Inhuman

Tel un oiseau sur la branche, notre compagnon de toujours, ce bon vieux Will Oldham, contemple la cruauté du monde et vante un possible salut dans l’inhumanité qui réside en toutes choses.

Bonnie 'Prince' Billy, Bryce Dessner, Eighth Blackbird When We Are Inhuman

Dans la foisonnante discographie de Will Oldham, il est parfois difficile de retrouver sa piste ; sans compter ses multiples collaborations avec pléthore de musiciens. Bonnie “Prince” Billy s’acoquine cette fois avec le guitariste de The NationalBryce Dessner, ainsi qu’avec Eight Blackbird, ensemble de musique contemporaine américain, dont la pianiste, Lisa Kaplan, réalise ici les arrangements pour trois titres.
Le final de l’album est une pièce de Julius Eastman, compositeur américain de la deuxième moitié du vingtième siècle, minimaliste et organique dans son style, qui nous emmène plus de seize minutes durant dans un morceau du plus pur style répétitif, spiraliste, où les six musiciens de l’ensemble Eight Blackbird prennent leur envol à cœur joie.

Pour ce qui est de la teneur générale de l’album, nous pouvons aisément convoquer les spectres de la folk américaine, si chère à Palace, pour un rapprochement avec les légitimes descendants de la seconde école de Vienne. Le résultat est saisissant. Dans l’impressionnisme des cordes, de la clarinette ou de la flûte, il y a tout le spectre évocateur d’un monde peuplé d’oiseaux. A la fois ces oiseaux cruels, et de proie, mais aussi ceux dont le vol reste symbole d’absolu et de liberté.

Le Eight Blackbird, dans chaque détail de son ornementation ornithologique, ne laisse rien au hasard ; comme si les oiseaux d’Olivier Messiaen avaient rejoint ceux d’Alfred Hitchcock. Usant d’une précision quasi méthodique, les musiciens de l’ensemble contemporain, sans verser dans la froideur du métronome, posent un calque d’une transparence absolue où Will Oldham à tout loisir de faire glisser sa voix, comme il sait le faire, pour nous conter de sombres histoires ; comme, par exemple, ces deux morceaux traditionnels américains que sont Down in the willow garden et Banks of red roses. Deux sordides murder ballads d’origine irlandaises qui nous font mieux comprendre cette Amérique foutraque dans laquelle le songwriter a grandi

Enfin, parmi d’autres titres que Bonnie “Prince” Billy pioche dans son répertoire inépuisable, la pièce maîtresse de l’album : One with the birds, est une pure orfèvrerie mélancolique où Bonnie nous évoque le monde “inhumain” des oiseaux qui peuplent son imaginaire : When we are inhuman we’re one with the birds. Ainsi Will Oldham semble avoir choisi son règne ; du coté d’un monde animal, végétal et minéral, où les oiseaux s’envolent dans la stridente schizophrénie des cordes.

Dionys Decrevel

Bonnie “Prince” Billy – Bryce Dessner – Eight Blackbird : When we are inhuman
Label : 37d03d
Date de sortie : 30 août 2019