5+5 = les disques préférés de Lucien Bruguière (Lucien & The Kimono Orchestra)

Lucien Bruguière s’offre une escapade sans son Kimono Orchestra avec un premier album solo enregistré uniquement au piano… Et sinon Lucien, c’est quoi tes disques préférés ?

LUCIEN

Piano matinée est un disque aussi varié que délicat inspiré par son grand-père, pianiste, qui dû renoncer à sa carrière à cause de la Seconde Guerre mondiale. Un album composé d’inédits et de morceaux du Kimono Orchestra, tout plein d’intimité qui flirte à la fois avec la musique contemporaine ou classique et le jazz.

Dans la foulée, on a demandé à Lucien de nous ressortir cinq albums qu’il écoute en ce moment et cinq autres issus de son panthéon personnel.

5 disques du moment :

Beck – Hyperspace 

À quelques exceptions près, Beck m’en touche à priori une sans faire bouger l’autre. En bon gogo, c’est le visuel qui m’a attiré mais la musique m’a tout de suite embarqué. J’y ai retrouvé certaines vibes que j’aime à la Toro y Moi. J’ai bien aimé la démarche, réussie selon moi, du blanc bec qui essaie d’intérioriser des codes hip hop de L.A. J’ai appris par la suite sans surprise que c’était produit par l’infatigable Pharrell Williams.

Daniel Lopatin – Uncut Gems OST –

Je suis le travail de Oneohtrix Point Never aka Daniel Lopatin depuis ses débuts. C’est un des plus grands défricheurs de sons actuel. Il a une patte très reconnaissable mais parvient toujours à me surprendre et à fixer de nouvelles frontières. Il a trouvé sa place auprès des frères Safdie, et j’ai l’impression que ça le transcende. J’ai eu la chance de voir le film en avant-première, j’étais assis à côté d’un des Daft Punk, je suis resté pétrifié comme un con pendant toute la séance.

Big Conspiracy – J Hus 

Les rappeurs anglais sont aux américains ce que sont les belges pour nous autres français : ils chantent dans la même langue, ils font la même chose, mais leur sauce est inexplicablement plus fraîche, plus ambitieuse et plus classe. Je suis tombé dessus via une playlist de potes sur Spotify, et suis remonté jusqu’à l’album, qui m’a soufflé. Les prods sont éclectiques et monstrueusement puissantes, les flows sont incisifs, c’est un gros album.

Zbigniew Preisner – Lost and Love OST –

J’ai découvert l’honorable Zbigniew avec la musique de Tu Ne Tueras Point de Kieslowski. En diggant, je suis tombé sur la BO de ce film Hong-Kongais. Elle n’a pas grand chose de spécial en vérité, sinon le fait d’avoir un très beau thème et d’être particulièrement agréable à écouter pour se reposer l’esprit. De la bonne BO qui fait voyager.

Kanye West – Jesus Is King 

On peut questionner l’authenticité de la foi de cet homme – que je trouve un peu préfabriquée, à l’américaine – mais certainement pas nier que ça lui a donné une inspiration incroyable pour cet album. Je trouve assez jouissif qu’un mec qui soit dans sa position d’icône pop se permette depuis quelques temps des sorties aussi hors format, là où il pourrait être aspiré comme tant d’autres par la machine à tubes. Il l’a parfois été, mais sa « rédemption » musicale est à la hauteur.

5 disques pour toujours :

Pink Floyd – Dark Side of The Moon 

J’ai toujours clamé que ça serait le disque que j’emporterais sur une île déserte, et je crois que ça n’a pas changé depuis mon jeune âge où j’ai découvert avec stupeur et consternation ce disque. Je ne m’explique toujours pas comment ce miracle s’est produit. Comme une poignée de brittons qui besognaient tranquillement à Abbey Road la journée et rentraient le soir chez eux boire la soupe avec maman et les enfants, ont pu accoucher de ça ?

Ennio Morricone – Le Clan des Sicilliens OST 

Le morceau qui résume toute la nostalgie du cinéma des années 60-70 en Italie et en France. Que dire de plus ? J’ai frissonné sur beaucoup de BO… de Francis Lai à François de Roubaix en passant par Stelvio Cipriani, y’a du niveau ! Mais celle-ci surpasse le reste et restera pour moi le premier frisson.

Pearl Jam – Ten

Mon amour de la grosse guitare est une partie plus discrète de mes revendications musicales, mais il faut savoir que je suis à l’origine un grand fan de hard, de métal et de grunge. Je voue d’ailleurs un culte un peu débile à Metallica, mais pour l’heure, j’ai choisi de mettre ici un album qui, au-delà de sa grande qualité musicale, m’évoque la nostalgie des années 90. En écoutant l’album je fantasme le Seattle de l’époque, avec des chevelus en veste en daim oversize. Façon Singles, un film avec une apparition de… Eddie Vedder.

Serge Gainsbourg – Melody Nelson 

Impossible de ne pas citer le grand Serge ici. Il est mon premier souvenir musical et ne m’a pas quitté depuis. Melody Nelson est probablement son sommet, mais ce que j’admire le plus chez lui c’est sa capacité à s’approprier les textures musicales de chaque époque – les yéyés, le rock, le reggae, les boites à rythme – pour les transcender et en faire un objet on ne peut plus personnel.

Glenn Gould – Les Variations Goldberg de JS Bach

Allez, pour finir, Jean Seb le patron absolu. Je lis en ce moment les chroniques de son épouse Anna Magdalena. C’est touchant car on y découvre le maître dans la trivialité du quotidien, avec ses problèmes de fric et ses querelles avec les collègues. Il n’est plus un buste de marbre froid devant lequel trembler, mais un bon père de famille luthérien qui, entre la poire et le fromage, te claque quand même une petite Passion Selon Saint-Mathieu. Et puis, rendons aussi hommage à l’interprète, avec cette punchline : « Dieu a eu la chance d’avoir Bach, Bach la chance d’avoir Glenn Gould ».

Lucien & The Kimono Orchestra – Piano matinée
Cracki Records – 31 janvier 2020