[Ciné Classiques] Les Valseuses de Bertrand Blier : Tout envoyer valser !

1974. Depardieu – Dewaere – Blier. Les Valseuses tombent comme une couille dans le potage de la ménagère giscardienne et éclaboussent d’un potage beaucoup trop épicé une France endormie qui n’en demandait pas tant. Deux monstres sont lâchés sur les écrans de l’hexagone. Le cinéma Français ne pourra plus jamais faire sans eux.

En ces temps d’ennui mortel, de confinement stérile et de confection de gras de bide bien calé au fond de notre canapé; si nous allions jeter un oeil du côté de la paillardise made in France, de la pellicule “Badass” et libertaire, du film décontracté du gland, avec un film-phare des 70’s.
Sommet d’irrévérence et de mauvais goût assumé, Les Valseuses sortent en 1974 et font un énorme carton dans les salles Françaises.

La recette paraît simple : Des dialogues salés, de la chair fraîche et du cul !
On est en France que Diable !! On sait déjà depuis Le Moyenâgeux Gargantua de Rabelais, le goût prononcé des Français pour la truculence et la blague en dessous de la ceinture. Mais c’est pas tout.

Il y a, malgré les répliques cinglantes et cet amour libre post-68, l’odeur du désenchantement. la sensation qu’une époque se termine…Et qu’une autre commence.

Une époque où l’on regardera grandir ces mômes. Où l’on suivra du coin de l’oeil l’évolution de ces Gavroches d’une révolution manquée. Pas ces petits bourgeois bien coiffés, fils de dentiste et Maoïste de soirée qui ont fait Mai 68 en pantalons à pinces et mocassins à gland. Non. Mais la vrai fleur du pavé, la mauvaise herbe, la racaille, ceux qui SONT 68 !
Ce film choque fondamentalement le bourgeois de l’époque. Il s’était habitué, le bourgeois, à ce beatnik bien gentil, qui ne se rebelle plus, qui ne manifeste plus. Qui reste gentiment assis par terre, dans sa petite communauté, à fumer de la pelouse qui fait rire et faire des fromages de chèvre inbouffables. Il fait plus peur le chevelu ! Terminé l’enragé des 60’s, place au résigné, à l’exilé (dans son Larzac) des 70’s.

La place est donc libre. c’est d’autres contestataires qui vont prendre la place. Moins sympathiques. Moins souriants. Moins utopiques. A l’image de la nouvelle époque en train de germer : Plus réalistes, plus durs, plus capitalistes.

On change d’époque ! On change de représentants… Et quels représentants !!

En effet, il a de quoi se faire dessus le gentil père de famille quand il voit débarquer sur son écran de cinoche, les immenses carcasses de Dewaere et Depardieu.
Pas franchement des gueules de jeunes premiers, nos lascars !
Éclatant aux yeux effarés du bourgeois pré-Giscardien en jouant au rugby, hilares, avec le sac à main d’ Ursulla, se faisant courser par quelques pseudo- justiciers néo-banlieusards qui feraient passer Charles Bronson pour Matthieu Delormeau, et en cabotinant magnifiquement dans des scènes tantôt jubilatoires, tantôt dramatiques mais toujours provocantes.
Ces deux “gueules cassées” si particulières resteront le choc de cette année 1974, malgré le dégoût qu’ils provoqueront sur cette France figée et bien pensante (qui ne leur pardonnera jamais vraiment). Ces deux acteurs “monstrueux” ,par leurs choix risqués et judicieux et leur immense talent de comédien deviendront, à la force du poignet (grâce aussi à ce film) deux légendes immortelles de notre cinéma hexagonal.

C’est bien le film d’une époque comme disent les critiques sans imagination. Mais c’est encore plus que ça ! C’est le triste croisement de deux moments d’histoire. C’est le film de la fin d’une époque, d’une époque bénie où le rêve, le désir d’une société meilleure n’était pas encore mort; et celui d’une époque, où les pieds redescendent piteusement sur terre, où l’on a compris que rien ne changerai et que cette saloperie d’Histoire n’est, hélas, qu’un éternel recommencement. D’où ce désenchantement qui baigne le film du début à la fin. D’où cette tristesse qui baigne chaque plan. D’où cette mélancolie profonde dans les yeux de nos héros.

La lente agonie du Flower power s’amorce déjà en 1974. Ce film se trouve au confluent de ces deux périodes, entre cet optimisme béat où l’on croyait que la musique, les fleurs et la libération sexuelle allaient changer le monde, et le réalisme brutal des premières crises économiques, du chômage naissant, des ghettos en construction et des loulous en cuir qui expliquaient aux Hippies à grands coups de pompes dans la gueule, que les fleurs ne poussent pas sur le béton.

Les Valseuses n’est que la pierre angulaire, la passerelle en images de l’enfance d’une époque, à son âge adulte.

Renaud ZBN