Hard Rock Live Cleveland 2014 : le retour du Blue Öyster Cult

2020 est l’année du grand retour du Blue Öyster Cult, avec une combinaison de rééditions, de parution d’enregistrements live et d’un nouvel album, le premier en 20 ans, et d’une tournée passant par la France : si le Covid a englouti nos espoirs de concerts, préparons-nous à la sortie de l’album, prévue pour octobre, en revoyant le Hard Rock Live Cleveland, sorti en début d’année.

BÖC
D.R.

BÖC, le rock dur intelligent…

N’hésitons pas à le répéter, surtout parce que tellement peu de gens s’en sont rendu compte : le Blue Öyster Cult fut l’un des tous meilleurs groupes de “rock dur” (hard rock, heavy metal, etc.) de tous les temps. L’un des seuls à avoir de grandes chansons « pop » – influencées par les grands groupes sixties, Beach Boys en tête -, une vraie intelligence derrière les concepts “mis en scène” dans les chansons et les albums, un guitariste soliste hors pair (DonaldBuck Dharma’ Roeser), un chanteur à la précision et au phrasé redoutables (Eric Bloom), et même des “side kicks” au talent hors du commun (Allen Lanier, ami de Patti Smith, d’une intelligence brillante ; Albert Bouchard, l’un des rares batteurs qui soit aussi un grand compositeur).

Si le dernier “grand” album de la Secte de l’Huître Bleue date quand même de… 1988 (Imaginos), les voir sur scène trente ans plus tard jouer – devant un public de quadra et quinquagénaires placides, savourant leurs bières fraîches – quelques-uns de leurs “classiques” est un immense bonheur.

Hard_Rock_Live_Cleveland_2014_LiveOhio !

On est donc cette fois dans l’Ohio en 2014, et Bloom et Roeser ont bien vieilli depuis le dernier film « live » du groupe, l’explosif A Long Days’s Night datant de 2002. Bien sûr, le BÖC a abandonné depuis longtemps le décorum S.F. / occultisme qui rendait quand même leurs live shows hallucinants. Bien sûr, visuellement, on est plus du côté de la paire de sexagénaires souriants, qui s’appuient désormais sur une bande de musiciens (relativement) plus jeunes et qui s’amusent, que de celui de killers bardés de cuir venus terrifier la planète en brandissant les spectres d’idéologies perverses et menaçantes.

Après un démarrage pépère, qui fait un peu peur (Od’d on Life Itself), le public restant assis et sans grandes réactions, le grandiose The Red and the Black permet d’y voir plus clair : la voix d’Eric Bloom reste magnifique, même si elle a perdu un chouïa de sa puissance, et si sa présence scénique est clairement plus discrète. L’âge – et la barbe – ont par contre gratifié Buck Dharma d’un look plus viril qu’il ait jamais eu… Trois guitares – en comptant celle, fluo, du remplaçant de l’irremplaçable Allen Lanier, Richie Castellano – et une basse alignées, on est en territoire familier, on frissonne à nouveau.

Malheureusement, entre un Golden Age of Leather qui souffre de vocaux pas encore au point, un Burnin for You, qui est décidément une superbe chanson pour une interprétation sans grande âme, et un Career of Evil qui passe trop vite, on a encore un peu de mal à accrocher. Pire, avec Shooting Shark (également un texte de la grande Patti Smith), on s’aventure dans cette période dangereuse où le BÖC n’avait plus la grâce (Revolution by Night). Bloom est aux synthés, et le morceau, très Middle of the Road, frôle les 10 minutes et semble interminable. The Vigil corrige le tir mais nous rappelle que Mirrors était décidément un album mineur, le premier faux pas du groupe : pas un mauvais titre, mais le groupe lui-même semble avoir du mal à s’y intéresser.

Pourquoi et comment le BÖC fut grand…

Heureusement ME262, puissant et ramassé, nous rappelle pourquoi et comment le groupe fut grand. Le public se lève enfin, on passe enfin aux choses sérieuses… Bucks Boogie est depuis les débuts du groupe l’occasion de la grande démonstration de virtuosité de Buck Dharma, toujours fidèle à sa « guitare gruyère ». Black Blade, plus heavy, permet à Eric Bloom de confirmer sa présence vocale et à Kasim Sulton (ex-Utopia !) de nous offrir une belle partie de basse, avant le décollage final sur des synthés un peu ringardisés. Est-ce mon imagination, ou bien est-ce que néanmoins, le groupe joue moins vite qu’autrefois ?

Last days of May (« based on a true story ! ») est l’une des grandes chansons qui a enchanté nos années 70 : dans une très longue version, elle va s’avérer LE festival de guitare : Richie rattrape l’impression mitigée du début avec une superbe intervention fiévreuse, et semble vouloir voler la vedette à son boss, avant que, inévitablement, Buck Dharma ne démontre la suprématie de son jeu, plus complexe, plus profond et donc plus émotionnel. Une accélération inattendue qui fait se lever toute la salle, avant le final à la mélodie bouleversante… Qui nous rappelle combien le Blue Öyster Cult est grand.

Introduction traditionnellement spectaculaire et humoristique (« Is it LeBron James ? »), solo de basse et solo de batterie – trop longs, comme toujours – et lyrics en japonais – trop courts… Godzilla rules ! Une petite digression en solo de Buck Dharma pour faire la transition avec le sublime (et là on pèse nos mots) Don’t Fear the Reaper dans une version impeccable – malgré un soupçon de claviers envahissants : riff immortel, vocaux parfaits, solo classique de Buck Dharma, son plus beau peut-être ? C’est la fin du set principal. « B.O.C. ! B.O.C. ! » clame le public de l’Ohio, qui sait, comme nous que le meilleur reste encore à venir…

“B.Ö.C ! B.Ö.C. !”

Harvester of Eyes et son assemblage riff – rythmique – vocaux (Bloom au top) qui décolle littéralement à la verticale. Le choix ensuite de I love the night, malgré sa splendeur mélodique, surprend un peu aussi tardivement dans le set. Est-ce la confirmation que les « années metal » sont bien loin derrière, et que le Blue Öyster Cult soigne plutôt son image de groupe à grandes compositions mélodiques classiques ? Hot Rails to Hell remet les pendules à l’heure, même s’il est chanté par Richie, qui en casse une corde ! Un grand riff, même si la chanson a, logiquement, perdu sa noirceur effrayante de 1973. Un final puissant, qui ouvre la voie au classique des classiques : Cities on Flame, sans doute le titre de la carrière où le BÖC a été le plus proche du hard rock classique. Absolument parfait, si l’on prend la précaution d’oublier le chant original d’Albert Bouchard, forcené comme on ne peut plus l’être quand on a l’âge qu’on maintenant Bloom et Buck Dharma, est-ce utile de le préciser ?…

Délectable, surtout dans sa deuxième partie, voilà un concert qui nous fera encore patienter un peu en attendant de découvrir enfin The Symbol Remains, le 9 octobre prochain.

Eric Debarnot

Blue Öyster Cult – Hard Rock Live Cleveland 2014
Enregistrement live (en CD, DVD et Bluray Disc)
Label : Frontiers
Date de sortie : 24 janvier 2020

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