“We are” : Lucidvox nous envoûte avec leur musique pour l’âme

Le premier album d’un groupe russe, basé à Moscou appelé Lucidvox. Mystique, shamanique, envoûtante, hallucinante et hypnotique, une musique tribale qui transcende les frontières et parle directement à l’âme.

Lucidvox
Photo : Anastasia-Lebedeva

Les voilà…

Fondé en 2013, Lucidvox – 4 filles russes vivant à Moscou, Alina (voix/flûte), Nadezhda (batterie), Galla (guitare) et Anna (basse) – s’était fait remarquer en bien, voire en très bien grâce à ses quelques EPs et à ses sorties scéniques – en Russie mais aussi au Ment festival de Ljubjana (2018) ou à la Tallinn Music week (2017). Une réputation qu’il fallait assoir et exporter. C’est fait, grâce à leur premier album, le bien nommé We are. We are, pour dire qu’Alina, Nadezhda, Galla et Anna existent. Qu’elles ont trouvé une identité – selon leur dires –, qu’elles sont là et qu’il va falloir compter avec elles et, espérons-le, sur elles !

Une musique russe qui transcende les frontières

Lucidvox - We Are

Que We are, l’album d’un groupe Russe soit sorti sur le très bon et original label Glitterbeat – qui compte dans son écurie pas mal de groupes africains – n’est pas si surprenant ni paradoxal. Glitterbeat cherche à promouvoir une musique qui transcende les genres et préjugés culturels, qui à la fois s’inscrit dans un monde global et s’enracine dans des traditions locales. Exactement ce que fait Lucidvox – à croire que les unes étaient faites pour les autres. Une musique chantée en russe – parce qu’Alina, Nadezhda, Galla et Anna sont russes et qu’elles ne pouvaient pas chanter dans une langue qui n’est pas la leur – et qui prend ses racines dans le folklore et la culture russe – qu’Alina, Nadezhda, Galla et Anna sont russes, oui, et que parler de son pays et de sa culture rend leur musique plus intéressante. Mais une musique qui en sublime les traditions, les rend accessibles au-delà de leur pays de naissance. Une musique qui en transcende les frontières. Une musique bien plus qu’intéressante. Envoûtante. Hallucinante – au sens premier du terme.

Tellurique, tribale et mystique

Si We are produit un tel effet, c’est parce que c’est un album d’une force et d’une énergie mystique qui parle directement à notre âme. La musique de Lucidvox est tellurique, massive, tribale. Des guitares la plupart du temps tordues à souhait. Une basse et une batterie métronomiques, qui assurent un rythme diaboliquement répétitif. A laquelle s’ajoute la voix d’Alina, qu’on imagine en grande prêtresse, en shamane. Alina qui nous envoûte avec ses vocalises incantatoires – mais toujours mélodieuses. Une voix cristalline, aérienne, souvent nimbée d’échos qui semble tenir les rênes du groupe qui est lancé au galop derrière elle. C’est vraiment l’impression que laisse l’écoute de We are. Une cavalcade effrénée. Des vagues soniques qui reviennent sans arrête, sans relâche qui vous maintiennent sous pression tout le disque. Une musique qui n’apparaît pas de prime abord faite pour le plaisir à ceux qui écoutent mais qui parce que celles qui l’ont composée en avait envie. Mais si on ressort de l’album épuisé, saoulé, on est aussi totalement converti. Lucidvox produit une musique réellement hypnotique.

Délire et plaisir pervers

Cela commence dès la première piste, le relativement calme My Little Star – voix et guitare jouent à cache-cache, s’ensorcelant mutuellement avant que la batterie et la basse ne viennent troubler le jeu et lui donner la sonorité qui sera celle de l’album. Un jeu qui se calme finalement vers la fin du morceau. Vaporeux. Un son de corne. On a l’impression que la nuit tombe sur une clairière pleine de brumes électriques. Mais le répit est bref. Les deux secondes qui séparent la fin de My Little Star du début de Knife – l’un des singles de l’album – sont très très très courtes. Et l’avalanche arrive. Knife, un morceau dur, violent qui ne fait pas dans la dentelle – “Crucify me and feed me to the beast/I don’t repent, I don’t care”. Et c’est Amok, le bien nommé, particulièrement incantatoire. Un morceau pas vraiment doux mais le son se fait moins brutal, peut-être pour laisser la place à la voix. Avant d’entrer dans un tunnel : You Are, Body et Sever, trois morceaux envoûtants, répétitifs, mais épuisants. La cavalcade. Basse et batterie atteignent probablement un sommet de matraquage avec Sever. Mais il y a toujours la voix. Cette voix … comme un baume apaisant. Puis c’est Runaway, presque pop, aérien avec ses trompettes qui enrobent la basse et la batterie. Un petit trio presque jazz. Un petit répit. Avant le déboulé final. Around et Sirin. Il faut mettre le volume au maximum, ne pas croire à la flûte d’Alina, se laisser emporter par les guitares distordues et grinçantes et la rythmique plus shamanico-mystiques que jamais. Un délire et un plaisir pervers.

Alain Marciano

Lucidvox – We Are
Label :  Glitterbeat / Modulor
Date de parution : 23 Octobre 2020

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