Jon Hopkins – Music for Psychedelic Therapy : une expérience sonore et sensorielle

Avec Music for Psychedelic Therapy, Jon Hopkins abandonne les dancefloors pour l’Équateur, les beats pour le son des oiseaux et la respiration du monde. Un album qui fait disparaître le monde. Personnel. Purifiant. Mystique.

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©KEVIN LAKE – FUTURE MUSIC MAGAZINE.

Jon Hopkins n’est ni un nouveau venu ni un inconnu sur la scène électro mondiale. Même si ce Music for Psychedelic Therapy n’est que son 6e album studio en 20 ans, son travail a été déjà remarqué : son 5e album, Singularity, a été finaliste pour les Grammy awards de 2019 pour le meilleur album dance et electro ; le 4e, Immunity, a été aussi finaliste du le Mercury Prize de 2013, ce qui a été aussi le cas en 2011 pour Diamond Mine, une collaboration avec King Creosote et un album qui a accumulé les éloges et récompenses. Comme le fameux Viva la Vida de Coldplay — succès planétaire en 2008, et Grammy award pour le meilleur album rock en 2009 —auquel Jon Hokins a collaboré en tant que clavier et producteur. Producteur, en effet, Hopkins l’a aussi été en particulier avec Brian Eno. En effet, ni un nouveau venu, ni un inconnu.

Jon-Hopkins-Music-For-Psychedelic-TherapyEvidemment, Jon Hopkins doit une telle reconnaissance à la richesse de la musique qu’il propose, une électro subtile et variée, rythmée par des basses qui pulsent et faite d’une multiplication d’effets, de couches sonores qui s’entassent et s’entremêlent et contribuent à faire de ses albums des expériences musicales particulièrement intéressantes. Une sorte d’electro de club mais qui plane autour de boucles ou plutôt de spirales qui absorbent l’auditeur dans des transes, des descentes ou des montées, infernales. Une musique de club spirituelle, si tant est que cela ait du sens. Car Jon Hopkins a su aussi composer des albums ou des titres très méditatifs—voir le bien nommé Meditations. Et c’est dans un nouveau voyage méditatif, spirituel, un véritable trip qu’il nous embarque avec ce Music for Psychedelic Therapy.

Il faut dire que l’album a été composé dans des conditions particulières. Invité à passer quelques nuits dans une grotte au fond de l’Amazonie équatorienne, un trou de 60 mètres de profondeur, un noir absolu et une expérience “terrifiante” de l’aveu même de Jon Hopkins. C’est dans ce contexte qu’il a commencé à jouer quelques sons, les laissant résonner sur les mur de la grotte. Sa musique, à laquelle répond la musique de la nature, voilà ce qu’il a enregistré et qu’il a commencé à travailler après la sortie de Singularity.

À ajouter à cette expérience, et qui fait aussi entièrement partie de la composition de l’album, il y a la collaboration avec Rosalind Watts, psychologue et responsable des essais cliniques menés à l’Imperial College de Londres autour de l’utilisation de la psilocybine, du LSD et de la ketamine dans le traitement de la dépression. Au cours de ces essais, et parti intégrante de l’album figure aussi la rencontre avec l’américain East Forrest qui de son côté a utilisé l’expérience pour sortir Music for Mushrooms et Ram Dass—Dr. Richard Alpert, psychologue de Harvard et pionnier des recherches sur le LSD et la psilocybine avec Timothy Leary… Le morceau Sit Around the Fire est d’ailleurs construit autour d’un discours de Ram Dass, de 1975, et enregistré avec East Forrest.

Tout ça permet de vraiment comprendre l’album et la musique composée ici par Jon Hopkins et qu’il est impossible de décrire. Quelque chose d’unique dans la discographie de l’artiste— “I’ve never made anything that feels so personal before” écrit-il sur son site — qu’il nous invite à partager. Une expérience, donc. Sous une pochette qui ressemble à un test de Rorschach en couleur, une longue nappe à la fois synthétique et parfaitement naturelle puisqu’on y entend les oiseaux, les échos de l’environnement dans lequel a été plongé Hopkins en Equateur. Une plongée d’une heure dans le monde. Une sorte de retour aux sources. Une série de morceaux uniformes, homogènes, entiers, doux et, on s’en doute, méditatifs. Une musique “plate”, puisque sans beat aucuns. Une longue nappe lancinante, évanescente, qui vous enveloppe doucement. Purifiant.

Alain Marciano

Jon Hopkins – Music For Psychedelic Therapy
Label : Domino
Date de parution : 12 novembre 2021

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